Sénégal: Sédhiou / Exigences de formation et d'employabilité des jeunes toujours actuelles - L'offre de formation modique et l'assiette d'insertion étroite !

La masse juvénile en chômage et/ou à la recherche d'emploi s'accroit à un rythme effréné dans la région de Sédhiou. Certains disposent de diplômes professionnels, d'autres des titres académiques et le plus grand nombre a abandonné les classes avant le Baccalauréat général. L'exploitation des motos-taxis Jakarta occupe beaucoup de jeunes garçons. Toutefois, l'annonce d'une nouvelle politique de promotion de l'emploi des jeunes redonne goût et espoir à la population. L'offre de formation et d'insertion professionnelle s'imposent comme unique voie de sortie de crise, en réponse à l'oisiveté et à la pauvreté grandissante dans la capitale du Pakao.

La recherche de l'emploi est une préoccupation majeure donnant lieu à un profond malaise chez la plupart des jeunes de la région de Sédhiou. Nombreux sont en effet ceux qui disposent de diplômes ou ayant poussé les études universitaires sans avoir accès à une offre de formation certificative ou d'insertion professionnelle. Abdoul Malick Diallo, un jeune de 29 ans habitant le quartier Kabeum de Sédhiou, diplôme de Banque, Finances et Assurance en main, déclare : «après les études secondaires, j'ai décidé de faire une formation en Banque, Finances et Assurance. Mais voilà plus de cinq ans que je cherche désespérément de l'emploi. Je suis marié depuis deux ans et pour éviter de verser dans l'oisiveté, j'ai ouvert un kiosque de transfert d'argent qui n'est pas aussi rentable que je le souhaite», confie-t-il.

Son cousin Amadou Oury Diallo ne s'en plaint pas moins avec ses nombreux diplômes en main. «Moi je suis titulaire d'une Licence en Transports et Logistique. J'ai toujours excellé dans ce domaine depuis ma tendre enfance. Ainsi, après le Baccalauréat général, je n'ai pas du tout hésité à suivre la formation à Dakar et ceci grâce au soutien de mon oncle et de Mamady Kouyaté originaire de Sédhiou et Directeur général de cet institut supérieur. Après mes stages dans des usines de cimenterie et au Port Autonome de Dakar, je n'ai plus d'espoir», se désole Amadou Oury Diallo. A présent, nous confie-t-il, il envisage ouvrir une station de lavage de voitures à ciel ouvert. Quant à Ndèye Binta Sarr, elle a décidé de faire le petit commerce pour subvenir à ses besoins élémentaires. «Durant ce mois béni de Ramadan, je vends du café et du pain en bordure de la route pour proposer aux passants des ruptures. Je suis titulaire d'un Master, célibataire et mère d'une fille.» A Sédhiou commune, chef-lieu de région comme dans le reste des collectivités territoriales de la région, à Bounkiling et Goudomp notamment, nombreux sont les jeunes, filles comme garçons, à disposer de diplômes académiques et d'autres plus rares à avoir subi une formation certificative à prétendre désespérément à un emploi décent. L'exploitation des mototaxis «Jakarta» s'offre à beaucoup d'entre eux comme ultime recours à la survie.

ABSENCE D'ESPRIT D'ENTREPRISE ET D'INITIATIVES LOCALES

Dans ce contexte de précarité sociale et économique marqué par le faible flux d'absorption dans la fonction publique et l'emploi salarié, l'on constate que dans la région de Sédhiou, très peu de jeunes songent à développer leur propre entreprise, fut-elle modique. L'absence de confiance en soi, l'expression d'un complexe d'un intellectuel égaré qui fuit le regard provocateur (des jeunes filles) sont hélas entre autres facteurs qui les assignent en errance sans jamais tenter d'explorer les domaines de l'agriculture ou de l'élevage ; même si c'est bien cela qu'ils ont subi comme filière de formation. En revanche, quelques-uns, fussent-ils des migrants de retour à leur foyer, ont tenté de promouvoir des activités génératrices de revenus, notamment dans le domaine de l'agriculture et de l'élevage.

A Sédhiou, Cissao Dramé, qui est rentré d'Italie, est un modèle de success story assez illustratif en agri-élevage, confirme Mouhamadou Touré, le chef du Service départemental de l'Elevage et des Productions animales. A titre d'exemple, beaucoup de ménages de Sédhiou importent des fruits et légumes de Dakar, Ziguinchor ou de Kolda, alors que la région dispose de plus de cours d'eau et de bas-fonds propices au maraîchage. Bien des jeunes ont récusé ces activités agricoles et horticoles qu'ils exercent pourtant dans les Niayes ou à l'étranger. Certains analystes et sociologues pensent que certains métiers sont interprétés et dictés par les pesanteurs culturelles locales. Les Domaines Agricoles Communautaires (DAC) de Sédhiou avaient suscité beaucoup d'espoir, mais peinent à assouvir la forte demande.

LES PERSPECTIVES DE FORMATION ET D'INSERTION PROFESSIONNELLE RASSURANTES

Jusqu'à un passé très récent, la région de Sédhiou ne disposait que d'un seul centre de formation. Du fait de sa spécificité d'alors, avec plus de propension à accueillir les filles que les garçons, il n'avait que quelques pensionnaires. Mais depuis bientôt une décennie, cet établissement est devenu un Centre de Formation Professionnelle (CFP), avec plusieurs filières. A côté, se trouve le Centre de Perfectionnement des Artisans Ruraux de Sédhiou (CPAR/S) bien appuyé par l'Etat du Sénégal et des partenaires comme le projet ACEFOP (Accès Equitable à la Formation Professionnelle). Ici, les maîtres artisans et leurs apprenants bénéficient de l'apprentissage rénové en vue de leur mise à niveau et d'une qualification certificative. Le centre est même doté d'une Unité Mobile de Formation (UMF) qui sillonne la région en proposant des opportunités de formation aux jeunes, filles comme garçons. D'autres unités de formation sont en cours de construction notamment dans le département de Bounkiling. A cela s'ajoute la relance des recrutements au niveau des Domaines Agricoles Communautaires de Séfa pour 400 jeunes dont 80% qui seront issus de la région de Sédhiou, selon nos informations. Par ailleurs, des projets et programmes comme APTE/Sénégal, 3FPT s'activent dans la sensibilisation et l'orientation en vue de l'insertion des jeunes. Sous forme de plateforme, ils travaillent en synergie pour offrir aux populations de la région de Sédhiou des opportunités d'emploi ; mais jusqu'ici, la cadence reste faible et son succès dépend de la capacité à former les jeunes et de les encadrer à s'insérer dans le monde professionnel.

Moussa DRAME

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