Ethiopie: Privés d'internet depuis des mois, les Tigréens de Mekelle sont désespérés

À Mekelle, la capitale provinciale, les habitants se disent coupés du monde.

Les employés de la Homesweetland School impriment, perforent du papier, vendent des livres et de la musique. Des activités annexes pour survivre. Les cours sont suspendus à cause du Covid et son cybercafé, réputé comme le plus rapide de la ville, ne fonctionne plus depuis le début du conflit. Mule Nandesta, l'un des responsables.

« Internet s'est arrêté partout en même temps. Aujourd'hui, on a beaucoup de factures impayées. Heureusement, le propriétaire ne nous expulse pas. Nous recevons toujours un peu d'argent grâce à nos cours d'anglais en ligne sur Youtube car des gens hors du Tigré regardent notre chaîne. »

Sans internet, le Tigré est en quelques sortes coupé du monde. Mohamed Awul, 27 ans, accuse le gouvernement. « C'est une décision politique qui viole les droits humains. Le pouvoir nous coupe parce qu'il n'aime pas les Tigréens. L'accès à internet est un droit et on nous l'a pris. On veut nous maintenir dans l'ignorance. C'est une sorte de châtiment. »

Depuis environ une semaine, quelques endroits de la ville ont récupéré du réseau. Fasil, 20 ans, a pu se connecter pour la première fois depuis six mois, en allant dans un hôtel. « Tous les messages sont arrivés en même temps. Je me suis demandé comment c'était possible d'en recevoir autant. Ça m'a fait du bien, et en même temps j'avais raté tellement de choses. J'essayais d'apprendre sur le net, de suivre des cours en ligne pour changer ma vie, mais tout est coupé. On se sent très mal à cause de ça. On se met à détester nos vies. »

Pour éviter d'être envahis par des gens cherchant désespérément du réseau, des hôtels changent désormais chaque jour le mot de passe de leur wifi réservé aux clients.

■ Une déclaration choc

Le chef de l'Église orthodoxe du pays a dénoncé vendredi 7 mai un génocide des Tigréens. Alors que le conflit dure depuis novembre, le patriarche Abune Mathias a accusé le pouvoir éthiopien de vouloir détruire le peuple tigréen. Lui-même originaire du Tigré, le religieux s'est exprimé dans une vidéo enregistrée il y a un mois par un humanitaire américain qui a pu sortir le document du pays avant de le diffuser. Abune Mathias y explique avoir plusieurs fois tenté de parler, mais que le pouvoir l'avait censuré.

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