Tchad: Répression d'une manifestation pacifique - Tous les ingrédients de la dictature sont réunis

Vue aérienne de la capitale tchadienne, Ndjamena, le 9 mai 2021.
analyse

La vague contestataire de la coalition Wakit Tama ("l'heure est arrivée", en arabe local du Tchad) a encore charrié les militants de l'opposition dans les rues de Ndjamena, samedi dernier, pour des manifestations contre le Conseil militaire de Transition (CMT) mis en place au lendemain de la disparition aussi brusque qu'énigmatique de l'ancien président Idriss Deby Itno.

Ces manifestations d'abord interdites puis tolérées in extremis, ont été très vite étouffées dans l'œuf, par des éléments de la police munis de gaz lacrymogènes et pour certains d'entre eux, d'armes à feu, qui n'ont pas lésiné sur leurs moyens répressifs pour disperser les regroupements épars constatés très tôt dans les quartiers de Ndjamena réputés acquis à la cause de l'opposition politique et de la société civile.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a eu plus d'agents des forces de l'ordre et de grenades lacrymogènes que de manifestants, le 8 mai dernier, dans la capitale tchadienne et dans d'autres villes du pays, à cause non seulement de la peur, du reste, justifiée que suscite l'important dispositif sécuritaire mis en place par les autorités de la Transition, mais aussi du retrait tacite de l'UNDR de Saleh Kebzabo et du PLP de Mahamat Ahmat Alhabo de la coalition depuis que ces derniers qui étaient les plus gros pourvoyeurs de troupes du mouvement, ont décidé de participer au gouvernement formé par le Premier ministre Albert Pahimi Padacké.

De ce conglomérat donc de partis politiques et d'associations de la société civile qui fait du retour à l'ordre constitutionnel, son cheval de bataille, il ne reste plus, pour ainsi dire, que la portion congrue qui compte désormais sur le parti "Les Transformateurs" de Succès Masra et sur la Ligue tchadienne des droits de l'Homme présidée par l'avocat Max Loalngar, pour faire bouger les lignes apparemment très rigides du CMT.

C'est la politique du chèque et du choc qui sera visiblement perpétuée

On comprend donc pourquoi la manifestation du samedi dernier a fait flop, au grand bonheur du Général Mahamat Idriss Deby qui cherche encore ses marques dans le nouveau rôle qui est le sien, surtout que la rébellion armée, à ce qu'on sache, n'a pas encore tiré sa dernière cartouche.

En tout état de cause, la faible mobilisation constatée lors de cette dernière marche, est un bien mauvais signe pour la suite des événements en cours au Tchad. Car, les nouvelles autorités qui ont mal à leur légitimité, pourraient profiter de ce rapport de forces qui, pour le moment, leur est favorable, pour muscler davantage le discours et la répression à l'encontre de tous ceux qui tenteraient de s'opposer à leur dessein : celui de mettre le pays sous coupe réglée, comme l'avait fait Idriss Deby Itno, trente ans durant.

Si l'on en juge par le discours agressif et la cacophonie communicationnelle du gouvernement Padacké, on peut dire que les portes de l'enfer ne se refermeront pas pour les Tchadiens, du moins aussi longtemps que la transition militaire continuera à déployer dans les rues quasiment désertées de Ndjamena, des dizaines de Toyota bourrées d'hommes armés visiblement prêts à appuyer sur la gâchette au moindre débordement.

En moins d'un mois d'exercice du pouvoir, le nouveau régime a déjà montré, à ceux qui en doutent encore, de quoi il est capable en matière de répression et de violation de droits individuels et collectifs, et la dizaine de morts ainsi que les centaines de blessés et de prisonniers pourraient même être anecdotiques si la communauté internationale et le marionnettiste Emmanuel Macron ne crient pas rapidement haro sur le baudet.

Il y va avant tout de l'intérêt du Tchad, qui court un risque énorme d'implosion en tant qu'Etat avec ces dirigeants de pacotille qui pensent pouvoir tenir le pays en laisse, en étouffant le mécontentement social et en muselant les opinions dissidentes par la violence, comme savait le faire Idriss Deby Itno.

Malheureusement, avec la composition du nouveau gouvernement, tout indique qu'on en prend le chemin avec la priorité donnée à la sécurité au détriment des libertés individuelles, l'intégration à l'équipe de tous ceux qui avaient quitté le père avec fracas et des bleus à l'âme, l'appel du pied fait à ceux, civils comme militaires, qui peuvent prétendre à une place sur le podium des plus fidèles à l'ancien président, et enfin, l'invitation à la mangeoire de ceux qui, il n'y a pas longtemps, bêlaient avec les agneaux et qui ont donné leur accord pour composer avec les loups au nom de leurs intérêts individuels et égoïstes.

C'est cette politique du chèque et du choc dont Idriss Deby était friand, qui sera visiblement perpétuée, et il en sera ainsi tant que la puissance tutélaire qu'est la France, va continuer à abreuver les Tchadiens de discours condescendants et paternalistes du genre, « La France ne laissera personne remettre en cause ni menacer la stabilité et l'intégrité du Tchad ».

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