Rwanda: Reprise du procès de Paul Rusesabagina

Depuis le 17 février, Paul Rusesabagina est jugé pour neuf chefs d'accusation dont celui de "terrorisme". Le patron de l'"Hôtel Rwanda" refuse de comparaître. Sa famille reste préoccupée.

Paul Rusesabagina n'a "pas donné d'ordres aux combattants rebelles" qui sont accusés d'attaques sur des civils en 2018, c'est du moins ce qu'a récemment déclaré Herman Nsengimana, un ancien commandant rebelle, membre du Front de libération nationale, qui serait le bras armé du Mouvement rwandais pour le changement démocratique, fondé en 2017 par Paul Rusesabagina.

Cette version des faits est conforme avec les dires de la famille du héros d'Hôtel Rwanda qui ne cesse de clamer son innocence, comme le rappelle sa fille, Carine Kanimba. "Nous avons été très surpris la semaine dernière par la bravoure d'un des accusés, Herman Nsengimana, qui a déclaré au juge que Paul Rusesabagina n'avait joué aucun rôle et n'était pas impliqué dans les activités terroristes présumées. Malheureusement, son témoignage n'a pas été correctement consigné. Et le pouvoir judiciaire rwandais a maintenant cessé de diffuser le procès en anglais, ce qui signifie que le public international ne peut plus suivre le procès", s'inquiète Mme Kanimba.

Ce procès, la famille et les proches du prévenu le qualifient d'injuste.

A Kigali, l'avocat Gatete Nyiringabo considère pourtant que Paul Rusesabagina est traité correctement par la justice rwandaise. "Si on voulait l'éliminer on ne l'aurait pas présenté devant les médias. Quand il apparaît au tribunal, c'est visible, on le voit, il est en bonne santé, il n'a pas l'air de quelqu'un qui est ligoté ou battu ou torturé. Il a même déclaré lui qu'il est bien traité en prison. Toute la situation de Rusesabagina est tellement transparente que les gens peuvent dirent ce qu'ils veulent mais ce qui serait important c'est qu'ils viennent suivre le procès qui se passe en direct", confie l'avocat .

L'opposant rwandais Paul Rusesabagina enlevé ?

Le procès suscite néanmoins de nombreuses réactions. Les Etats-Unis, qui ont décerné à Paul Rusesabagina la médaille présidentielle de la liberté en 2005, ont demandé dès l'ouverture du procès au mois de février à ce que la procédure soit équitable.

De son côté, le Parlement européen réclame la libération du prévenu et la Belgique a fait part de son inquiétude par rapport au sort qui lui est réservé par la justice rwandaise.

Pour Carine Kanimba, le président rwandais Paul Kagame a pris ombrage du succès de son père.

"La seule et unique raison pour laquelle Paul Kagame en veut à mon père c'est parce qu'il est jaloux depuis la sortie d'Hôtel Rwanda. Depuis que mon père a été invité deux fois à la Maison blanche alors que lui n'a même pas été invité une fois au cours de ces années-là", confie la jeune femme.

Le procès de 21 suspects terroristes faisant partie du MRCD-FLN, impliquant des acteurs clés dont Paul Rusesabagina, a donc repris ce jeudi matin (06-05-21) à 8h30 à Kigali.

Ni Paul Rusesabagina ni ses avocats n'ont participé aux audiences depuis le 25 mars car ils remettent en cause l'objectivité du tribunal.

Plus de: DW

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