Tchad: Les manifestants aboient, le CMT passe

analyse

C'est un weekend agité qu'ont vécu de nouveau les Tchadiens. De nouvelles courses-poursuites ont eu lieu entre manifestants et forces de l'ordre, particulièrement à Ndjamena, Moundou et Doba.

Les croquants tchadiens continuent donc de défier les autorités de la Transition et étaient sortis timidement samedi dernier à l'appel de Wakit Tamma, une coalition de partis d'opposition et d'organisations de la société civile.

Des manifestations qui ont fait long feu, dispersées qu'elles ont été en moins d'une heure par l'important dispositif de sécurité bien visible dans les rues des principales villes tchadiennes dès l'aube. Une répression qui a fait au total une dizaine de blessés et une cinquantaine d'arrestations.

D'ailleurs, les protestataires auront eu à peine le temps de se rassembler et de brandir leurs pancartes avec les habituels messages du genre «Non à l'ingérence française », « Non au coup d'Etat militaire » « Non à la confiscation clanique du pouvoir » que des tirs à balles réelles, des grenades lacrymogènes et des coups de matraque ont rapidement eu raison de leur témérité.

Témérité, parce que les manifestations précédentes avaient été plus violemment réprimées, avec à la clé des pertes en vies humaines et une centaine de personnes interpellées. C'est clair, pour asseoir leur pouvoir, Déby fils et les généraux du CMT n'y vont pas du dos de la cuillère pour réprimer l'opposition politique et mater la rébellion.

C'est ainsi que les manifestations de samedi dernier étaient interdites malgré le bémol du ministre de la Sécurité qui avait exprimé « la bonne volonté » du gouvernement à l'égard des marches pacifiques.

En vérité, l'annonce de cette « bonne volonté » a été faite pour contenter la communauté internationale, en particulier la France dont le président avait nuancé son soutien aux nouvelles autorités tchadiennes en appelant à « une transition pacifique, démocratique et inclusive » et non à un plan de succession dynastique. Mais où sont la paix, la démocratie et l'inclusion quand les opposants ne peuvent pas manifester même pacifiquement et que sur un gouvernement de 40 membres, le parti au pouvoir accapare plus de ¾ des postes, et les plus stratégiques ? Le plan de succession dynastique que le président français dit ne pas soutenir est pourtant bien en marche. Par l'usure, Mahamat Idriss Déby est en train de gagner la guerre de la confiscation du pouvoir avec la complicité du quarteron de généraux qui forment le CMT et les courtisans agglutinés à l'appareil du Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti au pouvoir.

Au demeurant, est-ce un hasard de calendrier si après que le calme est revenu rapidement à Ndjamena suite à la répression des manifestations de samedi, dimanche matin, le chef d'état-major des armées est rentré ostensiblement dans la capitale à la tête de ses troupes qui, dit-on, auraient infligé une défaite décisive aux rebelles du FACT ? Et si les timides manifestations vite dispersées et ce retour triomphal des troupes du front étaient des parties d'un tout : celui d'un pouvoir de Transition qui veut montrer à qui veut s'en apercevoir qu'il stabilise de plus en plus le Tchad à ses frontières et dans les quartiers frondeurs, fiefs de l'opposition ?

En tout cas, si la tendance se poursuit, Déby fils pourra se prévaloir de ces victoires pour troquer son treillis de général 4 étoiles contre le costume cravate d'un président « démocratiquement » élu. Ainsi va l'Afrique des pouvoirs claniques !

Plus de: L'Observateur Paalga

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