Sénégal: Marion Madelenat, auteure, comédienne-conteuse - «La rencontre avec l'autre est une grande richesse»

interview

Avec déjà de l'expérience dans le milieu artistique et culturelle, Marion Madelénat est une jeune artiste française. Auteure, comédienne-conteuse et intervenante de théâtre, elle sera en tournée au Sénégal au mois de juin.

Quel a été votre premier contact avec le théâtre ?

Je pratique le théâtre depuis l'âge de 13 ans. Je me suis formée de part et d'autre avec différents professionnels. Le quatrième art est ma passion. C'est mon rêve depuis l'enfance d'être comédienne. J'ai commencé à écrire pour le théâtre vers l'âge de 19 ans à la suite du décès brutal de mon père. Cela fait six ans que je voyage en tant qu'artiste et que j'interviens dans le réseau de la Francophonie particulièrement en Afrique et en Asie. Je suis déjà intervenue en Chine, en Tunisie, en Inde, au Soudan, au Vietnam, au Togo, au Maroc, au Bénin et prochainement au Sénégal. Puis la tournée se poursuivra dans d'autres pays africains et ailleurs, selon les opportunités qui me seront présentées. J'aime voyager d'un pays à un autre, rencontrer de nouvelles personnes, partager, échanger, découvrir de nouveaux horizons et de nouvelles cultures. Je ne cesse d'apprendre et d'évoluer dans ce sens. Intervenir dans le réseau de la Francophonie est une porte d'accès vers la diversité et la rencontre avec l'autre qui est pour moi une grande richesse. Certes, je suis de nationalité française, mais je me décrirai plutôt comme une artiste citoyenne du monde.

Du 14 au 18 juin, vous serez à Saint-Louis, puis à Dakar (Sénégal) où vous allez vous produire en spectacle, conter mais aussi animer des ateliers de théâtre. Parlez-nous de votre univers artistique ?

Avec la disparition de mon père, ce fut une évidence pour moi d'écrire sur mes expériences de vie tragiques et heureuses afin de partager avec le public mes questionnements ainsi que ma vision du monde. C'est ma manière de contribuer dans le monde et de le faire évoluer. Je le conçois comme ma mission de vie. C'est alors qu'est née, en 2015, ma toute première pièce : «L'Expérience de mon Existence». C'est en solo que je vais jouer à l'Institut français de Saint-Louis et dans d'autres structures culturelles à Dakar. Cette pièce a la particularité d'être unique puisqu'il s'agit de mon histoire : je suis cette personne qui a vécu cette expérience, je l'ai écrite et j'en suis l'interprète. Mon univers artistique se révèle être un mélange autobiographique, à la fois spirituel et interculturel. Je suis fascinée par la spiritualité. Je dis d'ailleurs que j'ai une vision spirituelle du monde non dans le sens religieux, car je n'appartiens pas à une religion. Pour moi, nous sommes tous frères et sœurs. Nous sommes tous des êtres humains et avant tout des êtres spirituels qui sont venus vivre une expérience sur la terre. J'ai développé dans mon univers artistique comme dans ma vie aussi, une passion depuis quelques années pour l'inter-culturalité. C'est pour moi un enrichissement humain et artistique qui dépasse les frontières. D'ailleurs, la notion telle que «frontière», n'existe plus depuis que je voyage, car je me sens partout chez moi.

Quels thèmes développez-vous dans vos récits, vos spectacles ?

Avec mon spectacle «L'Expérience de mon Existence», j'aborde plusieurs thèmes. Le premier acte aborde la thématique du deuil : les étapes par lesquels je suis passée lorsque mon père est mort. Puis le deuxième acte est celui de la Renaissance et le troisième de la femme que je suis devenue est bien plus que cela. Je parle de ma vision spirituelle du monde, de mes émotions, de mon amour pour la vie. J'utilise aussi comme outil les contes africains qui abordent des thèmes comme l'humanité, l'estime de soi, sur l'environnement aussi. Les spectacles que j'écris, que ce soit à l'étranger ou en France, abordent souvent les mêmes aspects, c'est-à-dire déconstruire les préjugés. Par exemple, la pièce que j'ai montée «Pyaar (l'amour sans frontières en hindi)», en Inde, jouée par les étudiants du département de français de Goa en plusieurs langues : français, québécois, un peu d'anglais et un peu en hindi nous rappellent ceci, peu importe la caste, le statut social que nous ayons, cela ne devrait pas empêcher l'amour et le mariage entre deux personnes.

Pareil pour le spectacle «Accepter l'autre» que j'ai joué avec mes amies marocaines au Maroc. L'un des personnages, la mère en l'occurrence, était raciste, car son fils s'était marié avec une Européenne. Avec les enfants au Togo, j'ai écrit un petit spectacle et joué avec eux «Deux Étrangères à Afangnan Aloenou Gbaguidito» (français / Mina togolais et un peu d'anglais). Un petit spectacle interculturel et autobiographique sur la rencontre entre trois cultures. En l'occurrence : Logan Sandridge, bénévole sur le chantier participatif humanitaire et artistique, d'origine américaine ; les enfants d'origine togolaise et moi en tant qu'artiste d'origine française. Récemment, au mois de mars, j'étais au Bénin, et j'ai réalisé une performance : « À quand un monde meilleur pour la femme ? » en tant que comédienne-conteuse avec une artiste plasticienne béninoise sur la thématique des violences faites aux femmes, particulièrement sur la violence conjugale. Un thème malheureusement d'actualité qui est universel. Pour moi, l'art a son rôle à jouer. Le théâtre, l'art comme je le conçois, est un outil. Un vecteur de changements, qui est là pour faire évoluer la société et les mœurs. C'est le rôle d'un artiste. Mais pas dans le sens de sauver le monde, car comme le disait si bien Gandhi : «Je ne peux pas changer le monde, mais je peux me changer moi-même.» Tout commence par soi. Le dernier spectacle que j'ai créé l'année dernière en France avec Koffi Fadjo, artiste musicien d'origine béninoise, se nomme «Africa mon amour». Il est important pour moi, avec ce nouveau spectacle, que je puisse parler de mon amour pour le continent africain et du regard positif que j'en porte pour faire évoluer les clichés qui sont tellement ancrés encore aujourd'hui.

Qu'est-ce que cela vous fait d'être au Sénégal ? Est-ce la première fois ?

Oui, tout à fait, c'est la première fois que je viens au Sénégal. Je suis impatiente d'arriver. Ce sera une nouvelle expérience pour moi. En 2019, j'avais le projet de venir au Sénégal, à Saint-Louis, pour une résidence artistique afin de travailler sur la thématique de l'immigration, des migrants avec un artiste sénégalais Abou Guèye. Puis pour plusieurs raisons, le projet n'a pas vu le jour. Ce n'était sans doute pas le moment. Aujourd'hui, c'est le moment pour moi de venir au Sénégal. Je suis ravie et j'ai hâte de pouvoir bientôt découvrir le pays, rencontrer et partager avec le public, la population et les artistes. Agrandir et développer mon réseau artistique notamment via mon adresse mail : marion.madelenat@gmail.com. Mais aussi en profiter pour visiter et faire un peu de tourisme, car j'ai entendu dire que le Sénégal est un magnifique pays !

À quoi le public peut-il s'attendre ?

En tant qu'artiste, je sème des graines. Je peux dire que j'offre un moment à l'écoute de soi, dans l'instant présent, dans la bienveillance et la sincérité. Un moment de partage unique puisque je me mets à nu pas au sens propre, mais au sens figuré, c'est-à-dire : je me dévoile, je parle de mon ressenti. Mes spectacles peuvent faire ressurgir des émotions et faire écho à chacun puisque les thématiques que j'aborde dans mes spectacles sont universelles.

Plus de: Le Soleil

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X