Burkina Faso: Le prix de l'engagement

Il n'y a pas eu de trêve. Le mois sacré du Ramadan a été particulièrement éprouvant sur le plan sécuritaire au Burkina Faso. Les deux dernières semaines ont été très sanglantes, au point d'ébranler la confiance des citoyens quant à la capacité des autorités à protéger véritablement les populations, à en juger par les nombreuses réactions.

L'embuscade du 21 avril 2021 à Yirgou, les attaques quelques jours plus tard de Yatakou 2 et sur l'axe Fada-Pama où trois Occidentaux ont péri et plus récemment celles des hameaux de culture de Kodyel dans la province de la Komondjari ayant fait une trentaine de victimes, attestent que la situation sécuritaire reste très erratique, oscillant entre des accalmies relatives et des développements meurtriers.

Quand une attaque est perpétrée, l'on se demande pourquoi telle ou telle localité est visée. Pourquoi donc Kodyel? Selon certaines sources, ce village paye, à l'image d'autres de la région de l'Est, de l'engagement de sa population à éradiquer le terrorisme en collaboration avec les Forces de défense et de sécurité (FDS). Rompant ainsi l'omerta qui lui valait, en retour, d'être épargnée par les affres des Individus armés non identifiés (IANI).

Si « la mobilisation générale » et populaire contre le terrorisme lancée par le président du Faso à travers le recrutement de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) dans les zones en proie aux attaques, a été saluée, force est de constater qu'aujourd'hui les conséquences de probables « erreurs de casting » dans la mise en œuvre de l'initiative sont en train de faire surface dans certaines zones. Sur le terrain, une nette confusion qui n'est pas sans rappeler le cas des milices communautaires du Centre du Mali, s'observe dans certaines localités entre les VDP et des IANI.

C'est dire que les effets secondaires de la « potion » VDP sont palpables à certains endroits et la donne sécuritaire s'y trouve encore plus complexe.

Au constat, le pays fait de moins en moins face à des « assaillants » venus de l'autre côté des frontières. Les dérives et exactions répréhensibles pendantes combinées à l'apathie de l'appareil judiciaire nourrissent localement le cycle des attaques ciblées aussi bien au Sahel, au Nord qu'au Centre-Nord. Plus de 200 volontaires sont tombés sur le champ d'honneur selon certaines ONG et cela est plus qu'interpellateur.

Sans attendre la crise des vocations, il y a lieu d'assumer, sans faux fuyant, les insuffisances opérationnelles d'une initiative salvatrice et d'apporter les correctifs nécessaires à une plus grande efficacité des VDP. Toute autre tentative de mise à l'index de responsables politico-militaires ou civils serait, non seulement contre-productive, mais aussi préjudiciable à l'union sacrée contre l'hydre terroriste. Aussi une urgente clarification s'impose-t-elle vis-à-vis des VDP engagés dans la défense du territoire. De qui répondent-ils ? Entre les initiatives locales de négociations avec les IANI, prescrivant la tempérance des jeunes gens et des FDS aux côtés desquels ces derniers se battent et un retour véritable de la paix, il y a bien loin de la coupe aux lèvres.

Oui au retour de la quiétude mais veillons à ce que tous les acteurs jouent franc-jeu.

Plus de: Sidwaya

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