Ile Maurice: Maya Nundloll-André - «Aussi longtemps que Maurice apparaîtra sur la liste noire de l'UE, il sera difficile de rétablir notre crédibilité»

interview

Vous êtes l'ambassadrice du Chartered Insurance Institute (CII) UK à Maurice ; expliquez-nous votre rôle.

Le CII a un but très précis : celui de renforcer la confiance publique dans le secteur de l'assurance, notamment à travers l'éducation et surtout la promotion des codes d'éthique. On m'a offert le rôle de goodwill ambassador à la suite d'une entrevue avec les représentants du CII UK grâce à mes compétences professionnelles et universitaires. Mon rôle consiste avant tout à promouvoir la vision de l'institution et à attirer davantage de professionnels dans ce domaine et même celui de la réassurance. En exploitant la connaissance du marché africain à travers nos ambassadeurs, nous développons des solutions plus adaptées pour chaque région.

Comment en êtes-vous arrivée là en termes de «career path» ?

J'ai commencé ma carrière comme underwriter/souscripteur d'assurance générale dans la plus grande société d'assurance à Maurice, avant de travailler pour une compagnie allemande, Munich Re. J'ai pu desservir des assureurs de plusieurs pays d'Afrique comme gestionnaire de portefeuille de réassurance.

J'ai aussi représenté l'Afrique au sein d'un réseau international. C'est en faisant mes travaux de recherches et en recueillant des informations sur la performance dans notre région que j'ai noté qu'il existait certaines faiblesses dans le domaine de l'assurance.

Passionnée dans le domaine, je me suis investie sérieusement dans les études pour obtenir mon Fellowship de l'institut. Et pour complémenter mes connaissances, j'ai entamé un Mastère en Droit des assurances à l'Université de Londres, que j'ai obtenu en 2018. Ces diplômes en poche et mes années d'expérience m'ont permis d'obtenir le Chartered Status du CII. En d'autres mots, j'étais reconnue comme une professionnelle de haut niveau.

Je me retrouve donc aujourd'hui chez Reinsurance Solutions, courtiers de réassurance, où je suis responsable de placements de différents types de risques à travers le monde.

Ce qui m'a le plus frappée au fil de ma carrière, c'est ce manque de compréhension de l'importance du secteur de l'assurance, qui pourtant joue un rôle crucial dans la croissance durable d'une économie.

J'aimerais voir davantage de jeunes dans ce domaine - par choix et non par faute d'opportunité - car c'est un métier passionnant permettant de participer à la recherche de solutions viables pour l'économie mondiale.

Quel regard jetez-vous sur l'évolution des secteurs de l'assurance et de la réassurance à Maurice ?

L'assurance générale et non vie a connu une croissance remarquable durant ces dernières années. On constate également une plus grande demande pour certains produits considérés niches, telles que la responsabilité civile professionnelle du dirigeant, la responsabilité civile décennale, et cyber, entre autres.

Le secteur de l'assurance évolue en fonction de la situation économique. Les investissements publics dans les infrastructures, une croissance mondiale favorable et les bonnes performances du secteur des services ont été les moteurs de l'expansion dans les années qui ont précédé la pandémie. Mais aujourd'hui, les données changent. Les perspectives positives deviennent moins positives.

De nombreux clients qui ont renouvelé leurs assurances auraient demandé des facilités de crédit pour le paiement des primes, des réductions de prix ou n'auraient pas renouvelé des garanties complémentaires afin de limiter leur budget d'assurance.

En réaction aux impacts de la pandémie, les assureurs et réassureurs exigent de voir insérer de nouvelles exclusions relatives au Covid-19 ou aux pertes d'exploitation sans dommage dans les contrats d'assurance ou au risque cyber. Le défi aujourd'hui pour les principaux assureurs est de maintenir leur niveau d'activité face à la concurrence et aux appels d'offres.

Mais malgré les signes de durcissement du marché mondial de la réassurance, le marché local reste très compétitif. L'innovation dans l'industrie reste limitée sauf pour une ou deux grosses boîtes connues sur le marché.

En dépit du Covid-19, les assureurs demeurent confiants. Mais dans cette mission, l'industrie a besoin du soutien du gouvernement et des régulateurs du marché.

Votre métier vous permet aussi de cerner la situation financière et économique du pays. Comment la liste noire de l'Union européenne (UE) joue-t-elle contre nous à l'internationale ? Comment sortir de cette impasse ?

Nous étions déjà témoins d'un durcissement des conditions de réassurance sur le marché mondial depuis un, deux ans avant cette pandémie. Alors que notre île subissait l'impact économique du Covid-19, son inscription sur la liste noire de l'UE a accentué ce contexte néfaste.

Une situation qui a des répercussions chez les réassureurs. De plus, la capacité pour notre marché est amoindrie et des clauses de renouvellement viennent restreindre les couvertures. À présent, certaines directives empêchent des réassureurs de déployer de la capacité pour des lignes spécialisées telles que la responsabilité civile des dirigeants d'entreprise ou professionnelle, ou pour des fonds d'investissement.

Ce défi engage la réputation du pays pour les investissements en Afrique ou en Inde. Si la pandémie introduit un degré d'incertitude pour les investisseurs, ceux ayant toujours une appétence au risque pourraient être attirés par d'autres juridictions. Aussi longtemps que Maurice apparaîtra sur cette liste, il nous sera difficile de rétablir notre crédibilité en tant que centre financier offshore.

Secteurs public et privé doivent travailler en étroite collaboration pour remédier à ces lacunes et adopter une culture de gestion des risques. Pour cela, nous devons nous concentrer sur le besoin de nous conformer aux dispositions légales.

Plus de: L'Express

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