Afrique: Variant indien - Cinq questions au médecin épidémiologiste, Mohamed Amine Berraho

Rabat — Le médecin épidémiologiste, Professeur d'enseignement supérieur en épidémiologie clinique et membre du comité chargé de la stratégie de vaccination anti-Covid, Mohamed Amine Berraho, répond aux questions de la MAP au sujet du variant indien de la covid-19.

1- Le variant indien est-il plus contagieux et plus mortel que les autres variants ?

Le variant indien est caractérisé par une double mutation : la première qui caractérise le variant sud-africain, marqué par une accélération et surtout par un échappement vaccinal et la deuxième, celle qui caractérise le variant brésilien et californien, connu pour sa grande transmission et une vitesse plus rapide de propagation de l'épidémie.

Au vu de ces caractéristiques et des mutations présentes dans ce variant, on peut penser qu'il aurait une capacité à diffuser plus rapidement et donc une vitesse d'accélération de l'épidémie plus importante.

Il faut être prudent, car jusqu'à présent nous n'avons que les résultats de l'analyse virologique. Concernant la situation épidémiologique, nous n'avons jusqu'à présent pas assez de données scientifiques sur le terrain pour pouvoir mesurer cette vitesse là qu'on pense être plus rapide sans toutefois savoir à quel degré, surtout que la situation en Inde est caractérisée par la prédominance du variant britannique, le variant indien n'étant présent que dans certaines régions du pays, à savoir l'est, le nord et l'ouest.

Par ailleurs, une lecture de la situation en Inde pourrait nous induire en erreur, étant donné que cette accélération à cette vitesse pourrait nous laisser déduire que cela est principalement ou totalement lié au nouveau variant. Or, cela est faux puisque la situation épidémiologique est caractérisée par la prédominance du variant britannique et étant donné que l'accélération de la pandémie en Inde ne peut être expliquée au seul variant, mais est plutôt liée au grand rassemblement, à des activités culturelles ou religieuses avec une précipitation à lever précocement les mesures mises en place et à autoriser les rassemblements de masse par millions, outre l'excès de confiance des décideurs à l'encontre de l'avis des scientifiques.

2- Les tests PCR détectent-ils facilement ce variant ?

Oui, la détection de ce variant se fait facilement par le test PCR.

3- Présente-t-il les mêmes symptômes que les autres variants ?

Les données scientifiques publiées à partir des données de l'Inde ne rapportent pas de changement dans le profil de morbidité de la covid-19 avec le variant indien comparé au virus initial.

Si le variant indien semble potentiellement plus contagieux que les autres souches, il entraîne les mêmes symptômes de la covid-19, connus jusqu'à maintenant.

4- Les vaccins actuels sont-ils efficaces contre ce nouveau variant ?

Le variant indien présente une mutation sud-africaine qui entraîne un échappement vaccinal, ce qui nous pousse à penser que cette mutation pourrait potentiellement rendre ce variant plus résistant aux anticorps, qu'ils soient acquis par la vaccination ou par une infection antérieure au coronavirus.

Potentiellement, ce variant entraînerait un échappement vaccinal mais pas pour tous les vaccins.

Le variant sud-africain, par exemple, entraîne un échappement vaccinal pour le vaccin AstraZeneca.

Pour les autres, il n'y a pas encore de données scientifiques même s'il ne s'agit pas d'un échappement vaccinal total, mais d'une réduction de l'efficacité.

Il est, toutefois, un peu tôt pour pouvoir trancher là-dessus. Il faut patienter pour avoir plus de données validées scientifiquement qui pourraient nous éclairer si ce variant entraîne un échappement vaccinal, pour quel type de vaccin et avec quel degré.

5- Quelles sont les mesures à prendre pour prévenir la propagation du variant indien ?

Ce variant n'a pas changé de mode de transmission, il a changé la vitesse de contagion, donc les mesures restent les mêmes pour les autres variants et pour le coronavirus en général.

Les meures individuelles et les mesures collectives, à savoir le port du masque, la réduction de la densité dans les lieux publics et les moyens de transport, le lavage régulier des mains et la distanciation physique doivent être maintenues.

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