Sénégal: Ziguinchor / Litiges fonciers dans la commune de Niaguis - Kantène «assis sur une poudrière», s'oppose au lotissement

Kanténe est assis sur une poudrière ; et pour preuve, la tension est vive depuis quelques jours entre populations de la zone pour la plupart des planteurs et agriculteurs et les populations de Mandina-Mancagne qui réclament la paternité des terres de cette zone. Et comme si cela ne suffisait pas, l'affectation de 25 ha à la SDE (actuel SEN'EAU) pour une coopérative d'habitat risque de mettre de l'huile au feu dans cette zone où les populations de Kantène, localité de la commune de Niaguis, sonnent la mobilisation, défient le chef de village de Mandina-Mancagne et la mairie de Niaguis et disent niet aux opérations de lotissement. Les germes d'un conflit prennent de plus en plus forme à Kantène.

De l'électricité dans l'air à Kantène, localité de la commune de Niaguis située à la lisière de Ziguinchor. Les populations de cette zone, pour la plupart des planteurs et agriculteurs, un millier d'âmes environs, s'opposent à l'érection d'un projet d'habitation d'une coopérative de la SDE (actuelle SEN'EAU) sur 25 ha. Pas question de céder leurs terres, lancent les populations de Kantène mobilisées, hier, en Assemblée générale dans la zone. Leur porte-parole, Paul Ntamé explique : «Nous ne connaissons ni la clé de répartition ni les dessous du dédommagement ; d'où le refus catégorique du lotissement venant de la commune de Niaguis. Nous n'accepterons jamais de déguerpir cette population pour amener une autre... C'est à ce niveau que nous déplorons cette situation», peste M. Ntamé.

Et de préciser : «Nous sommes en train de nous mobiliser pour bloquer tous les travaux qu'ils sont en train d'entreprendre dans notre site. Tant qu'il n'y a pas de discussions sincères, tant qu'il n'y a pas de dialogue sincère entre les deux parties, jusqu'à l'aboutissement de consensus, ce qui est sûr et certain, nous continuerons à camper sur notre position de refus catégorique. Dans ces 25 ha, il y a 13 ha qui seront attribués à la SDE et les 12 ha aux impactés, à la population ; mais en réalité, ils veulent attribuer les 12 ha à la population de Mandina-Mancagne qui n'est pas impactée. Et ça, nous ne pouvons l'accepter», martèle-t-il.

Le porte-parole accuse au premier plan le chef de village de Mandina-Mancagne, Richard Badiette. «La première personne qui est responsable dans cette histoire, c'est d'abord le chef de village de Mandina Mancagne qui dit que nous qui sommes-là ne sommes pas de autochtones ; donc ces terres appartiennent à leurs arrières grand- parents. Nous avons vécu ici pendant 40 ans dans la souffrance. Et, avec la crise casamançaise, il a fallu la bravoure des hommes pour élaguer ces domaines-là ; nous avons perdu les membres de nos familles ici, certains ont sauté sur des mines... », lancet-il. Avant de préciser : «nous ne refusons pas le lotissement, si ça vient de l'Etat, mais pas de la mairie», lâche-t-il.

ACCUSE, MANDINA-MANCAGNE RETABLIT SA VERITE DES FAITS

Joint par nos soins, le chef de village de Mandina-Mancagne, Richard Badiette, sonne la réplique et s'interroge. «Depuis quand ces populations qui se disent habitants de Mandina habitent-ils dans cette zone ? Je crois qu'il faut rétablir la vérité. Et ça, nous en avons le devoir», déclare le notable qui poursuit en ces termes : «Ils sont venus occuper ces terres de manière anarchique, d'une manière illégale. Ils doivent habiter comme tout le monde ; mais qu'ils sachent que ce ne sont pas leurs terres. J'ai tenu une réunion pour leur faire comprendre qu'on ne fera pas une deuxième Néma 2 (du nom d'un quartier de de la commune de Ziguinchor qui n'est pas loti) à Mandina. La zone a besoin d'être aména gée. Je suis attristé de les entendre dire qu'elles sont de Mandina. Elles (ces populations de Kantène) ne peuvent pas se réclamer de Mandina. Elles étaient juste venues cultiver. Elles ont trouvé Mandina depuis une centaine d'années. Qu'on soit de bonne foi. La mairie qui octroie 25 ha à des agents de la SDE, alors pourquoi s'offusquer de cela quand on sait que cela permettra également de désenclaver la zone et de réaliser des services sociaux de base», s'offusque-t-il. M. Badiette exclut tout relan etniciste dans cette affaire. «Nous avons déjà assez souffert, nous n'allons pas glisser dans leur terrain pour désorienter les choses et parler d'ethnie. Nous sommes dans un pays de lois, de droit», martèle-t-il.

Avant d'ajouter : «Il y aura bel et bien lotissement. On ne peut pas refuser des projets ; on ne peut pas refuser le développement», précise M. Badiette qui accuse ces mêmes populations qui refusent le lotissement de morceler les terres là-bas. La situation reste très délétère dans la zone où la tension est latente. Dalleurs, il y a quelques jours, il a fallu l'intervention des Forces de l'ordre sur place pour permettre d'enclencher des opérations de recensement pour le lotissement. Des populations de Kantène qui refusent catégoriquement les opérations de lotissement qu'elles jugent nébuleuses.

Plus de: Sud Quotidien

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