Ile Maurice: Éducation - Le retour de l'ancien calendrier scolaire réclamé

Le débat sur le retour à l'ancien calendrier scolaire de janvier à novembre est relancé, notamment après les intempéries et les annulations d'épreuves qui ont suivi. D'emblée, Sooryadanand Meetooa, président de l'Education Officers Union, rappelle que, l'année dernière, plusieurs syndicats s'étaient exprimés pour le maintien du calendrier scolaire. «Les conditions climatiques du mois de mars ne sont pas favorables à la tenue d'examens. Les conditions climatiques qui prévalent à Maurice vont main dans la main avec le calendrier scolaire précédent», fait-il ressortir.

Il ajoute que lorsque les autorités ont évoqué le changement du calendrier l'année dernière, il en avait proposé un, étalé sur deux ans. Mais sa proposition n'a pas été retenue. «Il n'est pas trop tard. On peut toujours travailler sur un calendrier scolaire qui débuterait comme prévu à la mi-juin, et qui permettrait la tenue des examens secondaires importants tels que le National Certificate of Education (NCE) et ceux de Cambridge pendant les mois normaux, à savoir octobre et novembre 2022», suggère-t-il.

Revoir la marge de manœuvre

Pour Sooryadanand Meetooa, un retour à la normale ne sera qu'à l'avantage des élèves. À cette fin, il préconise une rencontre élargie entre les différentes parties prenantes, dont les parents et les Student Unions. «Il ne faut pas oublier, par exemple, les parents qui travaillent dans le secteur privé et qui n'ont pas de congés pour rester avec leurs enfants lorsqu'il y a des inondations. Ou encore l'état d'esprit des enfants dont la maison subit des dégâts conséquents en raison des grosses pluies, mais qui, eux, doivent faire leurs révisions et prendre part aux examens», renchérit-il.

Yugeshwur Kisto, président de la Government Secondary School Teachers' Union, est aussi d'avis qu'il faut se demander si ce changement concorde avec notre réalité climatique, ou encore si les examens décisifs peuvent être à la merci des intempéries, comme on en a été témoin. «D'autre part, il faudra porter une réflexion assidue sur la période à laquelle seront distribués les résultats du Higher School Certificate et le temps requis par les élèves pour postuler dans différentes universités, surtout les institutions étrangères», souligne-t-il. Ce qui lui fait dire qu'une analyse de toute la situation s'impose. En d'autres mots, tenir compte des résultats et conséquences du changement de calendrier scolaire et jauger la recevabilité et la validité d'une telle action.

Preetam Mohitram, président de l'Association des recteurs et assistants recteurs des collèges d'État, confirme le souhait d'un retour de l'ancien calendrier scolaire. Si pour les examens de Cambridge il faut une préparation de deux ans, tel n'est pas nécessairement le cas pour les autres classes.

«Pour les Grades 7 et 8, il y a des évaluations en interne. Pour les examens du NCE, il faut se demander si on a besoin de trois ans ou des semaines de travail. On peut faire ces examens en décembre 2022. Plus on retarde la scolarité des enfants, plus ils sont angoissés. Ils décrochent. D'ailleurs, des élèves talentueux abandonnent l'école pour travailler.» Il indique, dans la foulée, qu'il est temps qu'on ait une marge de manœuvre pour les examens internationaux. «Le Mauritius Examinations Syndicate mène déjà les examens de NCE. Sans vouloir sous-estimer l'importance des épreuves du School Certificate, force est de constater que celui-ci a perdu sa valeur depuis un moment. Il s'agit, tout simplement, d'un moyen pour accéder aux Grades 12 et 13, et éventuellement prendre part aux examens du HSC», constate-t-il.

L'option de deux trimestres

Même son de cloche de Bhoseparsad Jhugdamby, président de l'Union of Private Secondary Education Employees. Toutefois, la question qui se pose, c'est comment rattraper les six mois de retard accumulés ces deux années. «L'enseignement est devenu une corvée de nos jours. D'une part, si on poursuit avec le nouveau système, celui-ci va perdurer. D'autre part, on n'a pas le temps de revenir sur ces mois perdus.»

Dans le milieu éducatif, on estime également que c'est en raison de l'inflexibilité des examens de Cambridge que le ministère de l'Éducation a, l'année dernière, jugé qu'il n'y avait pas d'autre choix que de modifier le calendrier scolaire. «Cependant, c'est injuste et disproportionné de pénaliser tout un système en raison d'une cuvée», fulmine-t-on.

«De ce fait, exceptionnellement, cette année-ci les élèves peuvent prendre part aux examens internationaux après deux trimestres uniquement, avec la possibilité de reprendre ces examens en mai/juin 2022. Conséquemment, les autres cuvées qui suivront ne seront pas pénalisées», explique-t-on. Cette option est pourrait être envisagée parce que dans la plupart des cas, les élèves terminent le cursus scolaire au deuxième trimestre alors que le troisième est consacré à la révision principalement. «Quant aux autres grades qui ne sont pas concernés par des examens importants, peut-être que leur cursus pourrait être étendu en décembre et/ou en début de l'année prochaine. Tout est réalisable.»

Les effets négatifs exposés

Dans une lettre envoyée au ministère de l'Éducation, Nishal Joyram, enseignant, a fait un plaidoyer en faveur du retour à l'ancien calendrier scolaire. «Le changement du calendrier scolaire était et reste un acte irréfléchi aux conséquences lourdes. Des conséquences qui pèsent malencontreusement sur les épaules de nos enfants», déplore-t-il.

«Hormis le stress habituel des examens, vous leur infligez un stress additionnel qui pèse lourd sur leur santé mentale et qui pourrait occasionner des troubles psychiques. Impuissants, ils doivent se plier aux caprices de la nature pendant la période des examens.» Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Nishal Joyram fait part de ses craintes au ministère sur le calendrier scolaire. En juin dernier, il a tenté de faire comprendre «que ce calendrier est inadapté au système mauricien», et a également proposé des solutions.

Plusieurs points sont à prendre en considération dans sa lettre. Premièrement, l'enseignant observe «qu'un long trimestre n'augmente pas nécessairement la productivité». «Il ne faut pas confondre entre la qualité et la quantité ! La fatigue mentale s'installe après sept semaines, selon certains pédagogues et psychologues, d'où certains systèmes éducatifs proposent deux semaines d'interruption après sept semaines de travail», explique-t-il dans la lettre.

«Je tiens à préciser ici que cette prédiction s'est avérée juste. Les résultats du deuxième trimestre ont été catastrophiques. La fatigue s'est bien fait sentir et il y a eu un relâchement général», peut-on lire. Nishal Joyram évoque aussi le trafic routier qui est fluidifié lors des vacances du troisième trimestre. «Novembre et décembre sont deux mois très intenses en activités économiques. Les commerces et l'industrie touristique tournent sur les chapeaux de roues, ce qui implique un flot de trafic bien plus intense. Les vacances scolaires permettent de fluidifier ce trafic.» Plus loin, il ajoute que lors de ces vacances scolaires, les petits commerces emploient les élèves et cela leur permet d'aider leurs familles à arrondir les fins de mois.

Plus de: L'Express

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