Cote d'Ivoire: Coupure d'électricité - Le barrage de Kossou en baisse de production

Vendredi 7 mai. Kossou, chef-lieu de sous-préfecture situé à une quarantaine de kilomètre de Yamoussoukro, la capitale politique ivoirienne.

Il est six heures. Comme c'est le cas depuis quelques semaines, l'électricité est encore une fois interrompue ce jour. Aucun appareil ne fonctionne. Deux heures plus tard, les populations sortent progressivement de leur maison pour prendre de l'air sous les arbres pour certains. Du fait de la chaleur ambiante. D'autres, pour vaquer à leurs occupations.

Même si la ville de Kossou dispose d'un barrage hydroélectrique, elle n'est pas épargnée par les coupures intempestives d'électricité qui causent des dommages dans tout le pays. La ville vit au quotidien le même calvaire que toutes les localités de la Côte d'Ivoire. Nous y sommes pour voir l'impact des coupures d'électricité sur les habitants et leurs activités.

En effet, selon des témoignages concordants, les coupures d'électricité sont fréquentes à Kossou. « Depuis près d'un mois, nous vivons un véritable calvaire du fait des coupures intempestives de d'électricité. Chaque jour, à partir de 6 heures du matin, nous sommes privés d'électricité jusqu'au soir et quelquefois même jusqu'au lendemain. Cela est difficile. Nous ne pouvons pas conserver nos produits », se lamente Kombe Clovis, tenancier de maquis.

Dans la même veine, le chef adjoint du village de Kossou, Kouadio Emmanuel, témoigne que ces coupures perturbent leur quotidien. Il confie que la chaleur ambiante est insupportable lorsque le soleil darde ses rayons toute la journée sur la ville. Surtout en cette période de saison sèche. Selon lui, toute la population est stressée au quotidien à l'idée de passer des nuits sans électricité.

Dans les services publics, les difficultés sont palpables. A la gendarmerie, à la sous-préfecture, etc., il est difficile de travailler, selon des témoignages. La population qui vient se faire établir un document administratif est obligée d'attendre, espérant le rétablissement de l'électricité.

Il est parfois impossible de bénéficier de quelques services dans ces établissements administratifs; au mieux, on est servi que plusieurs heures plus tard. Tout y tourne au ralenti.

Hormis ces faits, les familles sont directement impactées dans leurs maisons par les interruptions fréquentes d'électricité. « Ces coupures paralysent énormément la ville. Elles agissent négativement sur nos provisions. On n'arrive pas à faire beaucoup d'achat d'aliments de peur de les voir se décomposer. Elles endommagent les appareils de la maison », déplore une mère de famille qui a requis l'anonymat.

Le barrage se vide...La situation est inquiétante au barrage de Kossou.

Le niveau de l'eau est très bas au point qu'il laisse découvrir une «presqu'île» au milieu du lac. Six longues règles positionnées dans le creux du barrage permettent de mesurer le niveau de l'eau chaque jour. Lorsque le lac est plein, on ne peut apercevoir qu'une seule règle, la plus longue. Les autres étant immergées.

Ce jeudi 6 mai, les six règles sont bien visibles. Selon l'adjoint au directeur d'usine du barrage, Comoé Yao Gilbert, le fait que les 6 règles émergent, signifie que le niveau de l'eau a fortement baissé.

Pour lui, cela explique en partie les coupures fréquentes d'électricité en Côte d'Ivoire. « Présentement, le barrage n'est pas dans les conditions optimales pour produire l'électricité. C'est quand il pleut abondamment que le barrage peut produire de l'électricité en quantité suffisante », soutient-il.

A en croire Comoé Yao Gilbert, le fait qu'il pleuve dans la partie Sud du pays ne suffit pas pour régler le problème. Il faut qu'il pleuve abondamment aussi dans le Nord du pays. Quand il pleut abondamment au Nord, l'eau se déverse vers le Sud. « C'est à ce moment que nous la bloquons à l'aide d'un mécanisme pour produire de l'énergie », explique-t-il.

Au dire du directeur d'usine du barrage de Kossou, le lac a perdu environ 6 m3 d'eau de 2020 à 2021. « En 2018, on était à 191 m3. Bien que les apports de 2019 n'ont pas été assez conséquents en 2020, on était à 187 m3 à cette même période. Cette année, on enregistre, à la même période, 181 m3. On est sur la dernière règle. C'est la côte minimale. Si l'on descend en dessous de cette règle, on ne pourra plus lire la côte et ce sera la catastrophe », s'inquiète l'adjoint au directeur d'usine du barrage qui espère que les pluies du mois de juillet seront abondantes pour sauver le pays.

A ce jour, affirme-t-il, un seul groupe (appareils) sur les trois dont dispose le barrage est en fonction. Il produit seulement 15 mégawatts sur les 58 attendus. Aussi, prévient-il, en dessous de cette côte, la production électrique devient difficile voire presqu'impossible. « Si le niveau de l'eau continue de descendre, on ne pourra plus faire tourner l'usine. L'eau sera mélangée aux gravats et cette boue va rendre l'exploitation plus coûteuse. Cela va nécessiter beaucoup plus d'énergie au niveau de la maintenance et le coût va encore augmenter », a insisté Comoé Yao Gilbert.

Cette situation affecte conséquemment le barrage de Taabo. Car, explique-t-il, le barrage de Taabo situé en aval, non loin de la ville de Toumodi, est alimenté par le fleuve Marahoué et le surplus du barrage de Kossou.

En effet, « c'est quand le barrage de Kossou finit de turbiner l'eau que celle-ci poursuit son chemin vers le barrage de Taabo », révèle-t-il.

L'appel du sous-préfet aux populations

Le sous-préfet de Kossou, Boty Bi Yao Hervé, a appelé sa population à rester calme face à ces problèmes de coupures d'électricité. « Cette situation n'est pas occasionnée par une personne, c'est la nature. La pluviométrie n'est plus assez abondante comme par le passé », explique-t-il.

C'est pourquoi il a invité les populations à ne pas s'en prendre aux agents de la Compagnie ivoirienne d'électricité (Cie). « Cette situation, nous la vivons tous. Nous n'avons pas à nous plaindre contre un individu. C'est un constat fait par tout le monde », affirme-t-il.

De notre envoyée spéciale à Kossou

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