Cameroun: « Entre 6 000 et 7 000 armes détenues par des personnes non habilitées »

interview

Atanga Nji Paul, ministre de l'Administration territoriale.

Monsieur le ministre, qu'est-ce qui est reproché aux responsables des armureries que vous avez rencontrés la semaine dernière ?

Il faut rappeler d'emblée, que nous avons rencontré ces personnes sur instructions du président de la République, en rapport avec la circulation des armes au Cameroun. Les différents rapports qu'il a reçus font état d'une disparité entre les autorisations délivrées par les responsables compétents de mon département ministériel et le nombre d'armes en circulation.

Depuis trois ans, moins de 700 autorisations ont été délivrées. Mais nous avons entre 6 000 et 7 000 en circulation et détenues par des personnes non habilitées. Ajouté à cela, le trafic illicite des armes, la fabrication des armes artisanales. Des activités encadrées, mais qui font parfois l'objet d'un exercice illégal. Nous avons depuis engagé une phase de sensibilisation des différents acteurs concernés. Les armuriers ont des licences pour la vente des armes. Il s'agit des armes à poing et des armes de chasse, y compris les munitions.

Lorsque l'autorité administrative délivre une autorisation pour l'achat d'une arme de chasse, il n'est pas possible d'acheter une arme de poing. Or, il y a une confusion parfois entretenue. On trouve des armes entre les mains de personnes à la moralité douteuse qui les achètent parfois chez des armuriers. Il était temps de faire un rappel à l'ordre et placer chacun devant ses respon- sabilités. Ce secteur emploie environ 30 000 Camerounais, ce qui a amené à suspendre l'interdiction de 2018.

Pourquoi décidé de l'interdiction de la vente des armes traumatiques qui sont des armes de défense ou d'auto- défense ?

Ce sont des armes extrêmement dangereuses qui ont parfois servi à des braquages. Ici, l'on n'a pas besoin d'une autorisation pour leur acquisition. A vue d'œil, elles ressemblent à des armes de guerre. Si vous avez trois ou quatre personnes qui vous surprennent dans une boutique ou un restaurant, munies de ces engins, le temps que vous réalisez qu'il s'agit d'armes traumatiques, ils auront eu le temps d'opérer leur forfait. Il y a malheureusement eu plusieurs cas de braquages avec ce type d'armes. Comme mesure conservatoire, les gouverneurs de régions et les préfets ont été instruits d'interdire leur vente. Aux armuriers, il a été demandé de faire le point des stocks disponibles. Un rapport va être adressé au président de la République et au Premier ministre, chef du gouvernement sur la conduite à tenir concernant ce type d'arme.

Qu'est-ce qu'il en est des contrôles de votre département ministériel sur ce secteur ?

Des contrôles sont faits de manière régulière sur le terrain. Ceux-ci seront plus rigoureux et plus stricts. Pendant un certain temps, les armureries ont fonctionné sans des contrôles réguliers, d'où les dysfonctionnements qui ont été observés. Les propriétaires des armureries ont désormais l'obligation de produire les fichiers de tout ce qu'ils importent et de tout ce qui est vendu, et à qui cela est vendu.

S'il arrive qu'au cours d'un contrôle, il n'y a pas de traçabilité sur la résidence d'un acheteur, ce sera un motif suffisant pour fermer une armurerie temporairement et même jusqu'à la suspension définitive de la licence donnant droit à l'exercice de cette activité. Nous sommes là pour assurer la sécurité des personnes et de leurs biens.

Que deviennent les armes acquises légalement, mais dont les propriétaires ne sont plus en vie ?

Il faut être clair : dès qu'un propriétaire d'une arme décède, celle-ci doit être remise à l'administration. Si l'un des parents du défunt a besoin de cette arme, il doit faire une demande qui va être étudiée, notamment en ce qui concerne sa moralité et sa capacité à garder celle-ci. Nous avons malheureusement des cas de personnes décédées, et dont les armes circulent d'une personne à une autre.

Ce qui est illégal. L'autorisation est intuitu personae, c'est-à-dire individuelle et non cessible. L'autorisation est délivrée sur la base d'une enquête de moralité qui commence chez le sous-préfet. En trois ans, nous avons reçu 18 000 demandes d'autorisation de port d'armes. Moins de 700 ont reçu un avis favorable. C'est pour dire que le port d'arme n'est pas un jeu. Lorsque des négligences sont constatées, la responsabilité des armuriers qui ont vendu les armes en question, et des autres acteurs est engagée.

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