Afrique: 2020, année la plus chaude dans le monde - La Terre tire la sonnette d'alarme

Rabat — Outre une crise sanitaire imprévue, qui continue de faire des ravages, et les nombreuses catastrophes naturelles enregistrées en 2020, la situation a été exacerbée en annonçant que l'année dernière a été la plus chaude au monde.

L'année 2020 figure en tête des années les plus chaudes du monde, puisqu'elle a égalé le record de 2016 avec une température moyenne supérieure de 1,25° C par rapport à la température moyenne de la fin du 19è siècle.

Au niveau national, Lhoussine Youabed, chef de service communication à la Direction générale de météorologie (DGM), a indiqué que la température moyenne annuelle de 2020 est la plus élevée depuis 1981, représentant ainsi une hausse d'environ 1,4°C par rapport à la normale climatologique 1981-2010.

Le mois de juillet 2020 était exceptionnellement chaud concernant la température maximale et minimale, a précisé M. Youabed dans une déclaration à la MAP, notant que la température maximale mensuelle a atteint une valeur record de 40,4°C au niveau de la ville de Fès, soit une hausse d'environ 2,15°C par rapport à la normale.

Cette hausse de température que connaît le Maroc et l'ensemble de la planète est tributaire à des émissions de gaz à effet de serre (GES) issus de plusieurs sources, notamment l'activité industrielle, les moyens de transport "non durables" et les incendies de forêts, a-t-il relevé.

Au niveau international, cette problématique de réchauffement a des répercussions diverses, à savoir la hausse du niveau de la mer, la diminution de l'étendue glaciale, ainsi que l'accentuation des phénomènes extrêmes comme les inondations, les incendies de forêt et la sécheresse.

Au niveau national, "même si le Maroc n'est pas un pays pollueur par rapport aux pays industrialisés, il est vulnérable au réchauffement causé par les émissions de GES dans l'air", a-t-il affirmé, ajoutant qu'au Maroc, on constate une aridification du climat qui pourra avoir des répercussions sur la ressource hydrique ainsi que sur certaines activités agricoles.

De son côté, l'expert et consultant en environnement et changements climatiques, Said Chakri, ne semble pas étonné que 2020 ait été l'année la plus chaude jamais enregistrée, estimant qu'il ne s'agit "pas d'un événement soudain ou inattendu", au vu des prédictions formulées il y a une dizaine d'années par des experts.

Cette hausse est "le résultat des changements climatiques dont la planète Terre a été témoin au cours des vingt dernières années et de la forte augmentation des GES".

À cet égard, il a expliqué que les gaz qui causent des températures élevées, principalement le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane, sont des "gaz stables", ce qui signifie qu'ils restent pendant des années dans l'atmosphère.

"Par conséquent, l'année 2020 n'est pas considérée la plus chaude à cause de l'augmentation d'émissions de GES. Cela est plutôt dû aux accumulations des dernières années", a précisé l'expert, relevant que l'année écoulée a été marquée par la crise de Covid-19, qui a provoqué un ralentissement de l'activité économique et humaine, qui a, à son tour, conduit à une diminution significative des émissions de CO2.

L'année 2020 était la plus chaude parce que "cette baisse ne peut pas avoir un résultat immédiat", a poursuivi le consultant en environnement et changements climatiques.

Mais si les émissions continuent de diminuer dans les années à venir, on peut enregistrer une amélioration relative des températures mondiales, à l'horizon des dix ou quinze prochaines années, a-t-il prédit, avertissant que dans le cas où des mesures "pratiques, décisives et immédiates" ne sont pas prises, le monde pourrait connaître des années plus chaudes.

Le changement climatique n'a pas de frontières géographiques spécifiques, a-t-il souligné, faisant savoir que certains pays, comme le Maroc, ne font pas partie des grands émetteurs des GES, mais ils en sont grandement affectés.

Le Royaume du Maroc, un pays africain situé dans le bassin méditerranéen qui est considéré comme l'un des "points chauds", et caractérisé par sa diversité biologique et ses multiples ressources naturelles, fait face en revanche à de très grandes contraintes environnementales et climatiques, a fait savoir l'expert.

M. Chakri a en outre mis en garde contre les répercussions de la hausse des températures à des niveaux records, ce qui serait "désastreux", d'autant plus que la température est un facteur déterminant pour la stabilité de l'atmosphère et pour de nombreuses espèces de la faune et la flore.

La principale solution réside désormais, selon le consultant environnemental, à s'engager dans l'Accord de Paris sur le climat, qui oblige les pays, en particulier ceux qui émettent une grande partie des émissions de GES, à œuvrer pour réduire ces émissions d'ici 2030, afin d'atteindre la neutralité carbone à l'horizon 2050.

Le plus grand défi, selon les experts mondiaux du cliamt, est de maintenir la température en dessous de 2°C et de la réduire à 1,5°C d'ici 2100, a-t-il précisé.

Par ailleurs, l'expert a salué l'engagement effectif et continu du Royaume dans le cadre des efforts climatiques mondiaux, notamment son adhésion à l'Accord de Paris sur le climat, le choix d'une approche de développement basée sur des investissements dans les domaines économiques zéro carbone et le lancement de grands projets d'énergies renouvelables.

Dans ce contexte, le Maroc est sur la bonne voie, puisque la technologie future réside dans les "espaces verts", a-t-il observé, mettant l'accent sur la nécessité de développer une stratégie médiatique qui a pour but d'encourager l'implication des citoyens dans cette dynamique.

Cet engagement devrait accompagner les grands projets et encourager la création de micro-projets locaux, à l'horizon de la "décentralisation des énergies renouvelables", où les citoyens sont davantage impliqués dans la production et la consommation de l'énergie qu'ils produisent, selon M. Chakri.

La situation climatique mondiale requiert davantage d'intérêt et d'engagement de la part des gouvernements, des organisations internationales et de la société civile. Une action collective est aussi nécessaire pour faire face aux impacts du changement climatique et réaliser les objectifs de l'Accord de Paris sur le climat.

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