Afrique du Sud: Les factions rivales au sein de l'ANC à couteaux tirés

Johannesburg — Ce qui devait arriver arriva. Le Secrétaire général du Congrès National Africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud, Ace Magashule, a finalement été suspendu, pour cause de son implication présumée dans des affaires de corruption.

La guerre des factions au sein du parti de Nelson Mandela prend donc du coup une nouvelle dimension, car de l'avis de nombreux analystes, Magashule et ses sympathisants au sein du parti ne vont pas rester les bras croisés.

En effet, au lieu de se soumettre à la discipline et à la décision du Conseil exécutif national (NEC) et du Comité de travail national du parti, Magashule a riposté. Peu de temps après l'annonce de sa suspension, il a envoyé une lettre au président du parti et chef de l'Etat, Cyril Ramaphosa, l'informant qu'il est de son côté suspendu de l'ANC en raison des allégations concernant les fonds qu'il avait collectés pour sa campagne électorale pour la Présidentielle.

Sauf que les textes de l'ANC stipulent que seul le Comité exécutif national, une structure de gouvernance de 84 membres qui est l'organe décisionnel suprême du parti entre les conférences nationales, peut suspendre le président du parti.

D'aucuns estiment que Magashule, qui se déclare toujours Secrétaire général en fonction de l'ANC, peut faire appel de sa suspension, en recourant directement au tribunal pour faire valoir son droit d'être présumé innocent jusqu'à ce que la justice se prononce sur son cas.

Dans ce bras de fer entre partisans et détracteurs de cette suspension, certaines sections du Congrès national africain ont appelé à la réintégration de Magashule en tant que Secrétaire général du parti, arguant que «cette décision avait été injustement appliquée à son encontre».

Idem pour un groupe interne de transformation radicale de l'ANC qui a, quant à lui, appelé à une réunion urgente du Conseil général national du parti pour examiner cette question épineuse.

«Le Conseil exécutif national n'a pas le pouvoir de modifier une décision de la conférence nationale sans une consultation appropriée avec les membres, les branches et les structures de l'ANC», soutient le groupe.

L'aile réformiste du parti n'est pas de cet avis et fait valoir que Magashule devrait faire face à des accusations disciplinaires supplémentaires pour insubordination et pour avoir discrédité l'ANC. Naledi Pandor, membre du NEC et ministre des Affaires étrangères, estime à ce propos que «tous les membres du parti accusés de corruption doivent démissionner et être traduits devant la justice».

Pour sa part, l'analyste politique Steven Friedman soutient que «la suspension de Magashule est «une bonne décision prise par Ramaphosa», arguant que la purge au sein du parti au pouvoir est salvatrice pour tout le pays.

Magashule a été suspendu par son parti la semaine dernière pour ne pas avoir respecté la décision du NEC exigeant aux membres poursuivis en justice pour corruption de démissionner volontairement.

Mis en cause pour 21 chefs d'inculpation allant de la corruption à la fraude, en passant par le vol et le blanchiment d'argent, il a été libéré contre une caution de près de 11.000 euros, selon le Parquet.

En réaction à la «guerre des tranchées» au sein du parti au pouvoir, plusieurs voix se sont élevées exprimant des craintes que le pays d'arc en ciel ne devienne victime de la «guerre civile» au sein de l'ANC.

Le chef du parti d'opposition «Action Démocratique» (DA), John Steenhuisen, dira à ce propos que le manège ridicule de suspensions et de contre-suspensions par les dirigeants de l'ANC maintiendra en otage tout un pays, car ce parti continue à dominer toutes les institutions de l'Etat.

«Ils se battent tous pour le contrôle de la machine de favoritisme qu'est devenue l'ANC. Et parce que ce parti est actuellement toujours majoritaire en Afrique du Sud, les dégâts se répercuteront inévitablement sur notre société qui souffre déjà de la plus grande crise sanitaire et économique de notre histoire contemporaine», a-t-il déploré.

L'ancien président Thabo Mbeki a, lui aussi, exprimé son inquiétude sur l'état de l'ANC après que plusieurs membres du Comité exécutif national ont déclaré que le parti est sur le point de s'effondrer. «Le parti de Nelson Mandela est au bord de l'effondrement et des actions devraient être prises de toute urgence», a déclaré Mbeki.

D'autres soutiennent qu'il est clair qu'Ace Magashule et ses camarades «n'hésiteront pas à incendier notre pays pour s'accrocher à leurs gains mal acquis et rester en dehors de la prison».

Force est de souligner que si les lettres de suspension de l'ANC ont laissé pantois les Sud-africains, il reste à voir comment cette saga se déroulera devant les tribunaux.

Plus de: MAP

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