Cameroun: Une gestion opaque des fonds anti-Covid-19

Les autorités du Cameroun lancent un audit pour plus de transparence dans la gestion des fonds destinés à la lutte anti-Covid, suite à des allégations de détournements.

Le gouvernement camerounais est accusé de manquer de transparence dans l'utilisation des fonds délivrés par le FMI pour lutter contre la Covid-19.

Les soupçons de détournement d'argent public concernent aussi un Fonds de solidarité nationale, une collecte de dons lancée en 2020. Face à cela, le gouvernement a lancé un audit des dépenses mais certaines ONG s'inquiètent du manque d'objectivité de cette enquête.

Deux pots de gel pour 300 élèves

Janvier Nymi est surveillant général dans un établissement scolaire à Yaoundé. Comme de nombreux autres responsables, l'enseignant trouve insignifiante l'aide apportée à son établissement par le gouvernement dans le cadre de la lutte contre la Covid-19. Il témoigne :

"Nous avons reçu deux pots de gel de 500 millilitres, deux seaux de 10 à 20 litres pour se laver les mains, un carton de savon et un thermo flash pour une école d'environ 300 élèves. Voilà tout ce que nous avons reçu de la délégation régionale des enseignements secondaires."

Aucun comptes publiés

Cette pénurie prend une dimension particulière face aux accusations qui visent le gouvernement camerounais dans sa gestion des fonds contre la Covid-19. Le bilan de la collecte nationale de 2020 est "passé aux calendes bantoues", sans aucune publication officielle des comptes.

Par ailleurs, selon un document qui a fuité sur les réseaux sociaux et qui n'a pas été démenti par le gouvernement, 180 milliards de francs CFA destinés à la lutte contre la Covid-19, soit environ 275 millions d'euros, auraient été répartis entre 22 ministères, la Direction générale à la sûreté nationale, la Cour suprême et la dette intérieure publique.

Ces budgets proviendraient des deux prêts consentis par le Fonds monétaire international (FMI) : c'est leur utilisation qui est aujourd'hui mise en cause.

Eaux troubles

Le ministère des Arts et de la culture n'apparait ainsi pas parmi les bénéficiaires de ces fonds alors que le monde la culture est sinistré au Cameroun depuis l'apparition de la pandémie.

Cyrille Rolande Bechon, directrice de l'ONG Nouveaux droits de l'homme Cameroun, ne comprend pas pourquoi ce secteur est ignoré.

"Ça fait partie des éléments d'opacité qu'il faut questionner autour de la gestion de la pandémie. La question des artistes, ça m'a choquée parce qu'en période de pandémie, en période de crise économique, l'Etat met en place des politiques pour encourager le secteur local et les entrepreneurs locaux. Mais malheureusement, on est face à de la discrimination, à une gestion opaque."

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a demandé fin avril aux autorités camerounaises une enquête "crédible" sur des soupçons de détournements dans la gestion des fonds alloués par le FMI.

Un audit... par des autorités juges et parties

Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a chargé, en juillet 2020, la Cour des comptes d'enquêter sur les dépenses liées à la pandémie. Mais pour Human Rights Watch, "le manque de transparence et d'indépendance des agences gouvernementales pose un problème important de crédibilité de ces processus".

Cyrille Rolande Bechon, la directrice de NDH Cameroun, est du même avis. Elle doute du résultat de cet audit qui sera dirigé par les ministères bénéficiaires de ces fonds.

"Nous espérons que ce processus, cet audit ne sera pas juste une formalité et qu'effectivement, les conditions d'un audit indépendant et crédible seront mises en place pour que nous puissions savoir ce qu'il s'est passé avec les premiers fonds et quelles sont les responsabilités qui sont établies. Je rappelle que jusqu'à présent, on ne sait rien de ce qui se passe par rapport à cet audit. Et c'est assez dommage. Du point de vue des citoyens camerounais, ce sont des informations qui doivent être ouvertes, qui doivent être publiques parce que c'est de l'argent qui nous concerne."

Contactés, les ministères camerounais de la Santé et de la Communication, ainsi que les services du FMI à Yaoundé n'ont pas donné suite à nos demandes d'interviews.

Plus de: DW

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