Tunisie: Adoption de mesures sanitaires pour freiner la pandémie - Confinement général ou congé forcé ?

Les mouvements de protestation collective qui ont émaillé les premiers jours de confinement montrent à quel point la décision prise par le gouvernement a été hâtive.

Confiner tout un pays, ne fût-ce que pour une semaine, ne se prend pas à la légère. Les moindres détails de ce scénario, somme toute prévisibles au regard de l'évolution exponentielle du nombre de contaminations et de décès, et en dépit du refus jusqu'à la dernière minute du gouvernement d'envisager cette option, auraient dû être prévus des mois à l'avance.

Ces détails concernent les secteurs économiques concernés ou non par le confinement, le fonctionnement des services vitaux, l'ouverture ou la fermeture des établissements éducatifs publics et privés, le fonctionnement des administrations, l'organisation de la vie courante des citoyens (faut-il une autorisation pour se déplacer ? Les déplacements sont-ils limités dans le temps ? Dans quels périmètres ? Quels sont les motifs pour lesquels il est possible de sortir et se déplacer ? Faut-il des autorisations ? Où se les procurer ?... )

La décision de confinement général est intimement liée à deux aspects fondamentaux auxquels le gouvernement n'a pas accordé l'importance qu'ils requièrent : les répercussions économiques sur les secteurs et les catégories socio-professionnelles déjà lourdement touchés depuis le début de la pandémie et la communication autour de l'application de cette mesure qui fait cruellement défaut au niveau des institutions officielles.

Alors que d'autres pays ont bien su gérer leur communication depuis le début de la pandémie en multipliant les spots de sensibilisation, en mettant à la disposition des citoyens des numéros verts et en diffusant en continu des informations sur l'évolution de la pandémie, et ses conséquences ainsi qu'en distillant des explications sur les raisons liées aux mesures de restriction adoptées par le gouvernement et qui doivent être strictement respectées par les citoyens, ne laissant ainsi aucune place aux malentendus et aux mauvaises interprétations.

La communication sur les décisions gouvernementales relatives à l'adoption de nouvelles mesures visant à freiner l'évolution de la pandémie est loin d'avoir été aussi bien gérée en Tunisie. Celle portant sur la dernière décision en date prise par le gouvernement se prête à tous les paradoxes.

Au début, il a été question de fermer les souks et les marchés hebdomadaires et de ne laisser ouverts que les grands espaces commerciaux alors qu'il aurait été plus logique de fermer ces derniers vu que ce sont des espaces clos et fermés où le risque de contamination est élevé, contrairement aux marchés et aux souks qui sont des espaces ouverts et aérés.

Il a été question également d'interdire la circulation des moyens de transport individuel et collectif alors que les malades ont besoin de se déplacer et que la campagne de vaccination se poursuit.

Finalement, les taxis seront autorisés à circuler mais sous certaines conditions qui sont similaires à celles du premier confinement.

Une autre faille est à relever au niveau de la communication. Même si le confinement a été prévu pour une période de courte durée qui ne dépasse pas une semaine, rien n'a été dit pour rassurer les catégories socio-professionnelles les plus vulnérables, déjà lourdement impactées par la crise, qui n'ont pas de revenu fixe et qui vivent le jour au jour au gré de ce que leur rapporte leur modeste activité journalière.

Les conséquences de cette communication boiteuse et non convaincante autour des mesures relatives au confinement général ont eu pour effet de provoquer dès les premiers jours de leur application, le vent de désobéissance civique perceptible en de nombreux endroits.

Soutenus par leurs chambres syndicales, des petits commerçants et des cafés ont décidé de ne pas obtempérer et de tenir tête aux forces de l'ordre. C'est la crédibilité du gouvernement qui en a pris un sérieux coup, rendant plus difficile l'application de la loi.

Trois jours après l'annonce du confinement, la situation est pour le moins que l'on puisse dire chaotique. Des marchés ont ouvert leurs portes, d'autres sont restés fermés par peur des sanctions ; des cafés accueillent leurs clients après la rupture du jeun, des vendeurs de prêt-à-porter dont l'activité est sinistrée ont manifesté devant le siège de leur délégation respective et des producteurs de lait en colère ont décidé de faire grève cette semaine.

Au vu de la tournure que sont en train de prendre les choses, ce confinement ressemblerait finalement plus à un congé forcé qu'à autre chose...

Crédit Photo : Salma GUIZANI. La Presse de Tunisie

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