Afrique: Digital Africa - Fiasco d'un projet numérique entre la France et l'Afrique

L'initiative "Digital Africa" est une communauté de partenaires (incubateurs, financiers institutionnels...) au service des entrepreneurs numériques africains. Elle a été mise en place en mai 2018 avec le soutien du président français, Emmanuel Macron.

Digital Africa vise à apporter son aide aux jeunes voulant concrétiser leurs projets. Dix organisations, africaines et françaises, ont pris part à sa création, notamment l'Agence française de développement (AFD) principal financier et 12 membres, dont 3 africains et 9 français composaient le conseil d'administration. « Les voix africaines espéraient un poids égal dans cette toute nouvelle approche des relations Afrique-France", a déclaré Rebecca Enonchong, membre du conseil d'administration, fondatrice d'AppsTech.

Une divergence d'objectifs entre Français et Africains

Digital Africa revendique une communauté de 6000 entrepreneurs africains, 130 millions d'euros mobilisés, dont 55 millions d'euros à destination des start-up africaines. Mais des divergences ont apparu au sein de l'association. Les membres africains critiquent des choix qui valorisent trop la mise en réseau et pas assez les programmes de soutien en direct, la gouvernance de la structure, notamment le rôle de l'AFD, accusée de dicter « aux Africains membres du conseil d'administration », la confiscation de l'information. « Les voix des trois membres africains du conseil d'administration qui, ensemble, représentent une communauté de plus d'un million d'entrepreneurs africains, sont ignorées », accuse Rebecca Enonchong. Cette crise de gouvernance a stoppét l'activité.

Crise profonde au sein de Digital Africa

Le 7 mai, "Les membres africains AfriLabs et JokkoLabs qui y étaient encore ont été retirés du conseil d'administration, à l'issue d'un vote des membres de l'assemblée générale ,dont la plupart ont donné procuration à l'AFD", explique le site Digital Business Africa. Dans un communiqué, l'AFD annonce l'ouverture d'une période transitoire de 3 à 5 mois par l'assemblée générale « destinée à réformer l'association et a procédé à l'élection d'un nouveau conseil d'administration [... ] présidé par l'AFD ». Durant cette période transitoire cette dernière va engager « un travail de concertation avec les membres et les partenaires de Digital Africa, en vue de proposer une feuille de route qui sera débattue lors d'une prochaine assemblée », explique l'Agence.

Cette nouvelle relation entre la France et l'Afrique, fait ressurgir les vieilles rancœurs. Les élites africaines fustigent une démarche trompeuse. Pour l'activiste d'origine camerounaise, Nathalie Yamp, « la France ne considérera jamais les Africains comme des partenaires. Jamais. Pour eux, nous ne sommes que les habitants de ses colonies », a-t-elle écrit dans son blog.

Plus de: Les Dépêches de Brazzaville

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