Sénégal: Artiste et ASP au « Soleil » - Aguibou, un passionné de hip-hop

Agent d'assistance à la sécurité de proximité (Asp), Baidy Diop, alias Aguibou, ne vit que pour sa passion : le rap. L'artiste a déjà fait ses preuves dans sa ville natale de Matam avant de rallier Dakar où tout a commencé. Avec un flow qui accroche, il veut continuer de nourrir son rêve de mettre un album sur le marché national.

Ce matin encore, il scrute minutieusement les voitures qui entrent et sortent des locaux du quotidien national «Le Soleil». Dans son uniforme d'Agent d'assistance à la sécurité de proximité (Asp) qu'il semble arborer fièrement, Baidy Diop fait des allées et venues entre son poste de garde et la grande porte mauve de la Société sénégalaise de presse et de publications (Sspp) «Le Soleil». À première vue, rien n'indique que ce natif de Matam ne vit que pour le hip-hop. Plus connu sous le nom d'artiste d'Aguibou, il a commencé très tôt à faire du rap à Diamaguène, dans la banlieue dakaroise. «J'ai fait beaucoup de groupes de underground dans la banlieue, mais puisque nous n'avions pas les mêmes convictions, notre cheminement était toujours éphémère», explique Aguibou, selon qui chaque artiste voulait être le leader. Le choc des ambitions constituait ainsi un frein à la longévité de ces groupes. Peinant à percer dans la banlieue, le rappeur fait ses valises pour sa ville natale. À Matam, il va continuer à pratiquer sa passion. C'est le début d'une carrière solo, malgré les difficultés liées à l'absence de moyens et d'infrastructures. «C'était difficile d'enregistrer mes chansons à cause d'un déficit de moyens. Malgré tout, j'avais déjà un public, des gens qui me suivaient», se souvient-il.

En 2003, après une émission intitulée «Hip hop style Djolof», dans une radio à Matam, Aguibou est vite repéré par le directeur de la station Fm qui l'invite à partager l'émission avec Dj Belifa. C'est le tournant. Il gagne de la notoriété et enregistre un succès éclatant. «Cette émission m'a permis de montrer mes talents, ma musique et de toucher une couche sensible», avance-t-il.

Une pause de sept ans

Dans la ville et les contrées environnantes, tout le monde connaît ce jeune rappeur au flow original. En 2004, lors d'une manifestation culturelle dénommée «Diléré Fouta», regroupant des artistes de la région, Aguibou décroche le grand Prix et est élu meilleur rappeur de cette compétition. Motivé, il revient encore à Dakar pour poursuive sa carrière dans le hip-hop. «J'avais besoin de revenir auprès de mes parents, mais aussi de me rapprocher des studios de production pour éventuellement mettre quelque chose sur le marché national», souligne-t-il. Seulement, il va vite déchanter. Les choses ne se passent pas finalement comme prévu. C'est le début d'un temps de galère durant lequel l'artiste va chercher d'autres métiers pour gagner sa vie. Il observe une longue pause de sept ans avant de revenir dans le hip-hop. Mais, pendant toutes ces années, le rappeur a continué à écrire des textes. En 2013, il tente et réussit à intégrer l'Agence d'assistance à la sécurité de proximité. Baidy Diop devient un agent de l'Asp et va servir d'abord à la sous-préfecture de Thiaroye pendant des années avant d'être affecté plus tard au Stade Léopold Sédar Senghor et au quotidien national Le Soleil, il y a moins de trois mois.

Papa d'un petit garçon, le rappeur perd, en 2019, son épouse. L'envie de vivre lui coule entre les doigts. La musique lui échappe. L'inspiration tarit. «La disparition de ma femme fut une onde de choc», se rappelle-t-il avec un brin d'émotion. Quand Aguibou perdit son «doux rayon de soleil», il perdit également, un moment, sa muse, mais aussi son art. Il a fallu plusieurs mois pour se remettre de la blessure que constitue la perte d'un être cher. Un destin pourtant auquel aucune vie ne peut échapper. Si l'Agent d'assistance de sécurité de proximité a sorti un clip, «Thierno Mouhamadou Samassa», il y a quatre ans, en hommage à son guide spirituel, aujourd'hui, son objectif est «de mettre quelque chose sur le marché national». En attendant d'avoir les moyens, il travaille déjà sur un futur album. À défaut d'avoir le soleil, Aguibou vise les étoiles. Pour les âmes ambitieuses, l'impossible est bien possible.

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