Sénégal: Quartier Escale - Le poumon économique de Ziguinchor

Ancien fief des colons, le quartier Escale de Ziguinchor est devenu, au fil du temps, un centre de commerce par excellence à l'image de Touba Sandaga à Dakar. Zoom sur ce poumon économique qui abrite également la quasi-totalité des services de l'État et des institutions bancaires.

De vieilles bâtisses d'une même architecture souvent rénovées. Des bâtiments témoins de l'histoire et de l'époque ancienne. Des rues qui grouillent de monde et très animées. Nous sommes à Escale, au cœur de la ville de Ziguinchor. En cette matinée d'avril, ce quartier qui, jadis, était habité par les colons, retrouve son ambiance habituelle. Ici, c'est le lieu de convergence et le point de départ de l'économie de toute la région naturelle de la verte Casamance. Aujourd'hui, cet ancien fief des « Toubabs » garde envieusement son statut de quartier huppé.

Une cité où se développe une activité commerciale sans précédent. L'un des premiers quartiers, Escale peut être considéré comme le poumon économique de Ziguinchor du fait des grands commerces qui le ceinturent. De la rue du capitaine Javelier jusqu'au port, ce sont de grands magasins d'appareils électroménagers, de dépôts de boissons et de mobilier qui accueillent le visiteur. Des installations qui changent le visage de ce quartier résidentiel qui, dit-on, était très peu fréquenté par les enfants autochtones.

Trouvé sur son espace de commerce jouxtant la rue de France, Ismaïla Aliou Danfakha, qui est né à Boucotte, non loin d'Escale, il y a plus de 45 ans, se souvient encore de ces moments où il quittait son quartier qui l'a vu naître, traversait Escale pour se rendre au port. Avec ses amis, il se rendait dans ce cœur de l'économie de Ziguinchor pour aider les pêcheurs à faire le tri de leurs poissons moyennant quelques kilogrammes ou de l'argent.

Ses camardes et lui, affirme-t-il, étaient tombés sous le charme de ce quartier « très propre » à l'époque. « Je me souviens encore de mon enfance. Je ne suis pas né à Escale. D'ailleurs, ce sont les fils à papa qui étaient nés dans ce quartier. Et moi, je n'en suis pas un. Jusqu'aujourd'hui, ce sont les plus nantis qui habitent dans ce quartier même s'il y a plus de commerces que d'habitations.

La petite bourgeoisie réside dans les autres quartiers de la commune de Ziguinchor. Escale était entouré de belles maisons. C'est le cas jusqu'à présent. « Afin de s'offrir un petit local de trois mètres carrés pour le commerce, il faut débourser au moins 60.000 FCfa. C'est trop cher ! Heureusement que les choses marchent très bien », confie-t-il.

Berceau des services de l'État

Tout comme Aliou Danfakha, Ousmane Faty, qui tient sa grande boutique à la rue Javelier, évoque la mutation qu'a connue le quartier Escale. Il y a trente à quarante ans, il n'y avait pas tous ces commerces, rappelle-t-il. En revanche, il précise qu'au fond, rien n'a changé parce que ledit quartier a toujours gardé son beau visage d'antan. « Je ne suis pas né à Escale. Mais, je l'ai fréquenté depuis le bas âge. Je venais régulièrement dans ce quartier pour regarder la télévision (noir et blanc) chez une Française.

J'ai oublié son prénom, mais elle nous accueillait très bien dans son petit salon. Elle habitait non loin de la cathédrale (Saint Antoine de Padoue). Elle était trop sympa avec nous. Escale était un quartier luxueux que tous les jeunes avaient envie de découvrir du fait de sa propreté et des jolies bâtisses. Mais, aujourd'hui, les choses ont évolué. On y trouve pratiquement que des commerces comme c'est le cas au marché Boucotte », soutient M. Faty. Aux mains des colons, Escale, « libéré » depuis le départ des Français, s'est transformé en une « école de commerce » par excellence.

Outre les services de l'État qu'il abrite à l'image de la gouvernance, de la préfecture, de l'inspection d'académie, du palais de justice, de la cour d'appel, du siège de la Senelec, de la Sen'Eau, du Tribunal de grande instance, etc., on trouve à Escale le siège de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (Bceao) implanté à la rue de Carabane, beaucoup de sièges d'institutions bancaires, mais aussi un nombre impressionnant d'hôtels et restaurants.

Les années passent et Escale, réputé quartier calme, garde jalousement cette particularité. À partir de 19 heures, les commerces commencent à baisser les rideaux. Les rues sont désertes et le public se donne rendez-vous le jour suivant dès les premières heures de la matinée dans le poumon économique.

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