Kenya: Les pêcheurs du lac Naivasha à la merci des gangs

Nairobi — La pêche dans le lac Naivasha, au nord-ouest de la capitale kényane, Nairobi, devient de plus en plus une tâche dangereuse et pleine de risques, les pauvres pêcheurs étant confrontés aux attaques meurtrières et extorsions constantes de gangs qui ont pris domicile aux abords de ce lac riche en ressources.

Le président de l'Association des propriétaires de bateaux du lac Naivasha, David Kilo, a déploré, dans des déclarations relayées par les médias locaux, le mutisme des autorités face à des gangs qui menacent depuis plus d'un an la vie des pêcheurs et aussi l'ensemble de cette activité économique qui constitue l'unique source de revenus pour des milliers de foyers de la région.

Selon la police, quatre corps ont été retrouvés, certains avec de profondes entailles, flottant dans le lac, ce qui laisse supposer que de violents affrontements avaient opposé gangs et pêcheurs.

Selon les témoignages des habitants de la région, les gangs armés de matraques, de machettes et d'autres armes extorquent quotidiennement les pêcheurs en les privant de leurs engins de pêche, de leurs bateaux à moteur et parfois de leurs pêcheries. Les gangs volent également du poisson dans les filets installés par les pêcheurs pendant la nuit.

La sécurité au bord du lac est aussi menacée par un autre gang. Connu sous le nom de "ngoja" et formé de jeunes hommes, ce gang utilise des filets et des hameçons sous-dimensionnés pour pêcher dans le lac. "D'autres utilisent des filets monofilaments, où ils se déplacent d'un bout à l'autre de la plage, balayant littéralement tout, des poissons matures aux alevins", déplore un pêcheur.

Depuis le début de l'année, des dizaines de pêcheurs ont été grièvement blessés, leurs filets volés et leurs prises quotidiennes subtilisées par les gangs impitoyables.

Face à cette situation, des pêcheurs et des commerçants de la plage ont bloqué la route très fréquentée du lac Moi South pendant des heures pour protester contre la montée de la criminalité.

La manifestation a suivi un autre incident au cours duquel des dizaines de jeunes impliqués dans le commerce illégal autour du domaine de Kihoto ont engagé la police dans des affrontements pendant plus de six heures pour protester contre la saisie de leurs filets et de leurs bateaux.

Phillip Mbala, un pêcheur de Kamere Landing Beach, a déclaré à la presse locale que les activités illégales ont influé sur son revenu.

"Avant, je gagnais au moins 2.000 shillings par jour (environ 17 dollars), mais maintenant je me sens incapable de gagner 500 shillings (environ 4,2 dollars) par jour", a affirmé Mbala, pour qui le lac Naivasha est devenu l'un des endroits les plus dangereux où s'aventurer.

Il a, par ailleurs, dénoncé l'augmentation de la pêche illégale, qui pourrait contraindre les autorités à décréter l'arrêt de l'activité comme ce fut le cas en 2020.

"En 2000, le secteur de la pêche s'est effondré en raison d'incidents similaires, et si cela se produit, cela entraînera des pertes d'emplois massives", a-t-il mis en garde.

Le nom du lac Naivasha est dérivé du nom Massaï "Nai'posha", qui signifie "eaux agitées" à cause des tempêtes soudaines qui peuvent s'y déclencher.

Plus de: MAP

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