Maroc: Interview croisée autour du théâtre national

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Rabat — A l'occasion de la journée nationale du théâtre, célébrée le 14 mai de chaque année, la MAP a mis en scène deux interlocuteurs du monde des planches pour livrer des perceptions complémentaires autour des réalités du secteur et des défis inhérents au prolongement de la crise mondiale liée à la Covid-19.

Il s'agit de Messaoud Bouhcine, président du Syndicat marocain des professionnels des arts dramatiques, et de Hassan Hammouche, président de la Fédération Marocaine des Troupes du Théâtre Professionnel. Ces deux acteurs de la scène théâtrale sont unanimes quant à la nécessité de soutenir les professionnels en ces temps d'incertitude et d'engager des réformes structurelles au niveau du secteur de la culture dans son ensemble.

1 - Le théâtre célèbre sa journée nationale pour la deuxième année consécutive dans un contexte de pandémie. Quelles sont les principales répercussions de cette situation sur le secteur ?

Bouhcine: La pandémie a aggravé les conditions sociales d'une large frange de professionnels du théâtre, qui n'ont pas pu être assimilés dans le secteur du cinéma et de la télévision. Au volet culturel, elle a gelé l'activité culturelle et artistique, privant les professionnels des arts vivants, notamment du théâtre, de leur métier.

Aussi, le théâtre national a enregistré jusqu'à 2018 une évolution considérable avec l'apparition de nouveaux artistes et de projets culturels diversifiés. L'on s'attendait à davantage de progrès mais cette dynamique s'est transformée en récession en raison de la pandémie!

Hammouche: La conjoncture sanitaire mondiale est devenue alarmante voire tragique, si bien qu'elle a mis à nu la fragilité de certains secteurs, dont le secteur culturel qui était déjà en difficulté avant le début de la pandémie. Beaucoup d'artistes ont malheureusement dû se tourner vers d'autres activités pour subvenir à leurs besoins. En dépit de quelques modestes initiatives, la situation s'aggrave de jour en jour.

Au mois de mars, les professionnels du théâtre ont célébré en demi-teinte la journée mondiale du père des arts et c'est encore le cas aujourd'hui en raison de la fermeture des salles de spectacle. En l'absence d'une vision et d'une stratégie pour traiter les problèmes du secteur, nous vivrons avec amertume la journée nationale du théâtre de cette année, voire de l'année prochaine.

2 - Que faire pour préserver le théâtre et ses professionnels des effets de la récession dictée par le gel des activités culturelles au Maroc et ailleurs ?

Bouhcine: La meilleure manière de gérer des crises est de les exploiter à bon escient. La pandémie doit être vue en tant qu'avantage plutôt qu'un obstacle et un facteur de stagnation. Le théâtre est un processus de création. Donc, l'arrêt imposé par la pandémie est une opportunité pour se focaliser sur la préparation des œuvres théâtrales dans l'expectative d'une reprise culturelle.

D'un côté, cela permettra aux professionnels de travailler de manière collective et de contribuer à l'enrichissement du répertoire national aussi bien au niveau qualitatif et quantitatif. De l'autre côté, il s'agit également d'engager une réflexion autour des lois et régulations à mettre en œuvre dans la phase post-covid pour promouvoir le secteur des arts vivants dans son ensemble.

Hammouche: Nous défendons la nécessité d'une volonté politique pour engager des réformes structurelles basées principalement sur le redressement et l'évaluation. Il faut sortir du concept étroit présentant le théâtre comme un simple acte d'animation. Il s'agit plutôt d'un acte de création participatif contribuant à l'ancrage des valeurs au sein de la société. C'est un capital réel et important qui fait tourner la roue de l'économie.

La créativité ne doit pas être contemplée de la périphérie de la politique mais plutôt de la perspective de ce qu'elle apporte à la Nation.

3 - Peut-on parler d'une jeunesse capable de porter le flambeau pour l'après-Covid?

Bouhcine : Depuis toujours, le théâtre national se caractérise par le fait que la majorité des artistes évoluent au sein de petites structures et par le fait qu'il est financé par le secteur public ou par sponsoring privé. Cette situation n'exclut pas la diversité de ses forces vives et la forte créativité qui caractérise ce secteur. Il n'y a pas d'inquiétude pour la relève, au contraire de belles choses sont en perspective.

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