Maroc: Visionnage boulimique des séries - Une bataille ouverte contre le sommeil

Rabat — "C'était une série tellement passionnante qu'après la fin de chaque épisode, je m'empressais de regarder le suivant", confesse sans détour le jeune Abdellah, en parlant de sa consommation frénétique de la série à succès "La Casa de Papel" dont il a suivi plus de 7 épisodes en une seule nuit sur une plateforme de streaming.

Ce visionnage marathonien a provoqué des céphalées au jeune licencié en études anglaises, à cause de son manque de sommeil, signe devenu très courant chez les fans des films et séries plus que jamais à la portée sur une panoplie de plateformes en ligne tels que Netflix, Hulu et Disney, sur lesquels le spectateur peut regarder des programmes audiovisuels à la demande et en illimité.

Outre ces plateformes, d'innombrables sites web et applications gratuites, facilement accessibles sur internet, proposent à leur tour des séries de longue haleine qui peuvent atteindre des fois les 7 saisons.

A cet effet, le jeune Abdellah justifie, dans une déclaration à la MAP, sa "bataille" contre le sommeil par son son désir d'apprendre la langue espagnole via la série à succès "La Casa de Papel".

Il révèle que son "addiction" à ce thriller l'empêchait d'éteindre sa tablette, "visionnant avidement les épisodes jusqu'au petit matin et entraînant ainsi des conséquences qui finissent par peser" sur sa santé.

La même histoire se répète avec Younès, qui a indiqué dans une déclaration similaire qu'il dispose d'un compte Netflix sur sa smart-TV ainsi que sur son smartphone. Ceci lui a ouvert grandement la voie à une consommation excessive des productions propres à la plateforme, avouant qu'il est "conscient de sa difficulté à gérer ses émotions face à une bonne série".

Ce jeune qui travaille dans le secteur médiatique raconte qu'à l'instant où la plateforme a mis en ligne une nouvelle saison de "La Casa de Papel", "je me suis mis à dévorer toute la série, jusqu'à l'aurore".

Du point de vue psychologique, cette pratique de "visionnage boulimique" (binge-watching en anglais), est considérée comme une forme d'addiction qui n'est pas sans effet sur la santé, menant à des problèmes d'ordre social et professionnel et affectant le lien social en raison de l'isolement provoqué par les longues périodes passées devant une télé ou un ordinateur.

"Je me suis rendu compte de la dangerosité de la chose à l'instant ou j'ai commencé à en ressentir les conséquences sur ma santé, notamment la fatigue oculaire (altération temporaire du fonctionnement de l'œil) et la nécessité de rester de longue heures assis les yeux rivés sur un écran", a souligné Younes.

Il a en outre relevé que malgré sa détermination à réduire la surconsommation des séries en ligne pour atteindre une heure par jour comme durée maximale, ces plateformes sont en cours de devenir une nouvelle forme d'addiction à l'instar des jeux vidéo. "Je crois que ce genre d'addiction est plus difficile à gérer", s'est-il désolé.

De son côté, Anouar, enseignant d'anglais et doctorant a estimé que les groupes Facebook créés au seul effet de "spoiler" les séries à succès l'ont conduit à se lancer dans le marathon du visionnage continu des programmes tels que "Breaking Bad", "Doctor House" ou encore "Game of Thrones".

Il explique que ce genre de publications "gâchaient" ses séries préférées parce qu'elles dévoilent des informations juste avant ou après la diffusion d'un épisode, alors qu'il était au tout début. "C'est pour ça que j'ai décidé de me lancer dans le "marathon-viewing" pour assouvir l'envie oppressante de terminer la série", a-t-il lancé d'un air enjoué.

En ce qui concerne le côté suspens auquel recourent la plupart des séries en guise d'"hameçon" dans le but d'attiser l'envie chez le spectateur, Anouar relève qu'une des solutions pour maîtriser cette envie et de "se lâcher pour regarder les premières minutes de l'épisode suivant, dans le but d'en connaître la fin et ainsi dépasser la curiosité sans s'engager dans une bataille ouverte contre le sommeil dont l'issue sera une défaite écrasante".

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