Maroc: Aïd Al Fitr à Marrakech - Fort attachement aux traditions séculaires malgré les restrictions liées à la Covid-19

Marrakech — Avec l'avènement de l'Aïd Al-Fitr annonçant la fin du mois sacré du Ramadan, quartiers et ruelles de l'ancienne médina de Marrakech retrouvent, tout doucement, leur effervescence d'autan dans la liesse et la joie, compte tenu de la valeur spirituelle et de la charge symbolique de cet événement pour les familles marrakchies, très attachées à leurs traditions et us, bien que la fête se tient cette année encore, dans un contexte particulier marqué par la propagation de la pandémie de la Covid-19.

Certes, si l'ambiance n'est nullement identique à celle des années écoulées, les Marrakchis, en quête d'un équilibre entre l'impératif de préserver la santé de leurs familles et proches, et le désir de revivifier et faire durer tout un rituel lié à cette fête religieuse si chère à tous les musulmans, n'ont rien laissé au hasard pour s'offrir de beaux moments de joie et ce, malgré le mode "restrictions" imposé par cette conjoncture délicate nécessitant l'implication de tous, avec tant de rigueur et un sens élevé de responsabilité, pour vaincre la pandémie.

"Le Maroc a réussi avec brio la gestion de la pandémie de la Covid-19 en adoptant des mesures préventives afin de préserver la santé et la sécurité des citoyens. Ainsi, Aïd Al-Fitr est célébré cette année en mode restrictions, notamment l'interdiction de tous types de rassemblement qui pourraient conduire à la propagation de la pandémie", a expliqué Mme Naima El Madani, professeure de sociologie et d'anthropologie à l'Université Cadi Ayyad (UCA), dans une déclaration à la MAP.

Toutefois, malgré les restrictions imposées par la pandémie, les familles marrakchies ont "relativement" conservé les traditions ancestrales qui meublent Aïd Al-Fitr, notamment l'achat des habits neufs pour les enfants, même à crédit, pour certaines familles qui ont été fortement affectées par la crise économique induite par la pandémie de la Covid-19, a souligné la sociologue.

Déplorant le fait que la joie de l'Aïd soit "incomplète" cette année, en raison des restrictions imposées par la pandémie, notamment l'incapacité de se retrouver en famille, Mme El Madani a relevé que selon les résultats d'un sondage mené récemment à Marrakech, il a été constaté que la plupart des citoyens seront soucieux de préserver certaines coutumes sociales liées à cette fête religieuse, notamment les mets traditionnels préparés spécialement pour cette occasion.

Ainsi, à l'approche de l'Aid El Fitr, les différents souks, marchés, points de vente et grandes surfaces ont été pris d'assaut par nombre de mères de familles, le temps de remplir leurs paniers de tous les ingrédients et denrées alimentaires parmi les plus consommés durant cette heureuse circonstance, sachant que le menu de ce jour de fête doit être garni et varié en plats copieux depuis le petit déjeuner jusqu'au soir.

Malgré la Covid-19 et les mesures préventives à observer strictement, les familles marrakchies tentent de s'adapter avec ce "visiteur indésirable" et de créer une certaine ambiance au sein de chaque foyer, le temps de rompre avec l'anxiété, le stress les moult séquelles engendrées par de longs mois d'un confinement sanitaire ayant permis au Maroc d'éviter le pire et de mener, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, une gestion exemplaire de la crise pandémique.

Certes, Covid-19 oblige, la prière de l'Aïd Al-Fitr a été annulée dans les mosquées et les Messalas, les visites familiales réduites à quelques exceptions et les voyages décalés... pourtant, les restrictions d'ordre sanitaire ont poussé les Marrakchis à faire montre d'innovation et à mieux s'adapter car, in fine, la célébration de l'un des événements les plus importants et attendus du calendrier musulman doit se faire dans les règles de l'art.

Ainsi, en matière d'approvisionnement, si certains habitants préfèrent le contact direct avec les commerçants en allant s'approvisionner sur place, d'autres ont opté par les achats en ligne avec livraison à domicile pour éviter tout rassemblement ou promiscuité inutiles.

Sur le Net, plusieurs vendeurs proposent leurs produits allant des gâteaux, aux habits traditionnels que les Marrakchis ont l'habitude de préparer un peu tôt chez leurs tailleurs préférés, des produits alimentaires, des ustensiles et équipements de cuisine...etc.

Après l'acquittement de l'aumône de solidarité envers les nécessiteux, ou Zakat Al-Fitr, pour chaque membre de famille, dont le père a la charge, enfants et bébés compris, les membres de chaque famille accomplissent la prière de l'Aïd Al-Fitr en portant leurs plus beaux habits : Des gandouras (sorte de Toge traditionnelle brodée) ou des djellabas confectionnés à la main pour les hommes avec des babouches, et des caftans brodés et "Charbil" (babouches) pour les femmes, alors que les enfants ont le choix entre costumes traditionnels ou tout simplement des habits modernes.

Généralement, les festivités commencent par la présentation des vœux de l'Aïd et surtout, des cadeaux pour les enfants car, Aïd Al-Fitr est d'abord la fête des enfants, qui sortent dans les rues pour rencontrer et jouer avec leurs copains, semant la joie et la gaieté et créant une certaine ambiance particulière dans les quartiers.

Aid Al Fitr c'est aussi un rendez-vous tant attendu pour la famille, le temps précieux de se réunir autour de la même table garnie de délices succulents les uns plus que les autres, spécialement préparés pour la circonstance, à fêter dans une ambiance familiale chaleureuse. Les petits plaisirs de la table sont ainsi méticuleusement préparés par les mères de famille et souvent partagés avec les voisins.

Arrivé à la table de l'Aïd, au petit déjeuner, petits et grands s'attablent autour d'un bon "Harbal" (une soupe de blé concassé au lait), garni de beurre beldi et de miel, de quoi réveiller ses papilles, avant la dégustation des fameux "maloui", "baghrir" et "mssamen" (sortes de crêpes marocaines), ainsi qu'un plateau riche et diversifié de gâteaux traditionnels souvent servis, avec un bon thé à la menthe et aux plantes aromatiques de la région (Tkhalet).

Pour le déjeuner, le couscous ou le tajine de viande aux pruneaux, abricots secs soigneusement décorés avec des graines de sésame, des amandes ou noix, font office du plat du jour.

Il s'agit là d'une tradition millénaire que les mères de familles dans la cité ocre se transmettent de génération en génération et de mère en fille, en cette heureuse occasion. Un véritable rituel jalousement préservé.

D'habitude à Marrakech, on s'attache très fort durant les fêtes religieuses à partager avec les voisins les plats et délices "faits maison", et ce, dans le cadre des échanges de visites entre familles, sauf qu'en cette circonstance exceptionnelle et la distanciation physique imposée, on préfère donc se contenter d'un échange de mets entre voisins (livraison à domicile).

C'est dire que malgré les restrictions dictées par cette pandémie universelle, les Marrakchis n'ont pas manqué de montrer leur attachement à leurs traditions ancestrales, notamment dans les quartiers populaires, où ils ont, faute de pouvoir échanger les visites avec leurs voisins, échangé les friandises et les gâteaux, un moyen d'exprimer l'estime et le respect que ces familles ont pour leurs voisins, qu'ils soient riches ou pauvres.

Aïd Al-Fitr c'est aussi un moment d'entraide, de solidarité agissante, d'empathie, de sympathie et de respect mutuel pour les voisins et pour les personnes qui sont dans le besoin. Des valeurs séculaires qui forment l'ADN des Marocains et qui font oublier ces temps difficiles induits par la crise sanitaires et de savourer la vie, l'espace d'un long week-end bien mérité.

Plus de: MAP

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