Madagascar: Agriculture - La filière riz marquée par nombre de changements

À Madagascar, comme dans d'autres pays africains, la filière riz voit son évolution marquée par les changements constatés au niveau du marché mondial ainsi que les impacts des nouveaux paramètres au plan local.

Les prévisions de la FAO concernant les échanges mondiaux de riz en 2021 tablent sur une progression de 6,4% par rapport à leur niveau de 2020. Nombre de pays africains prévoient pour leur part un net rebond de leurs importations de riz. Selon la dernière note de l'Observatoire des statistiques internationales sur le riz (Osiriz), les achats de la région sur le marché international sont prévus pour atteindre 17,8 millions de tonnes de riz paddy, soit environ 37 % des importations mondiales, et marquent une hausse de 2,2 millions de tonnes.

Le niveau élevé des achats des pays africains s'explique par une stagnation des récoltes en 2020 en raison notamment de la perturbation par les inondations en fin de cycle de culture. Par ailleurs, alors que les cours mondiaux sont orientés à la hausse, les pays importateurs comme Madagascar ont été appelés à regarder du côté de l'Inde pour leur approvisionnement. Mais la crise sanitaire qui frappe de plein fouet, ce pays risque de bouleverser la donne.

Selon un négociant opérant sur le marché local depuis plus de 10 ans, la filière connaît des changements notables depuis la crise sanitaire. Mais, déjà, avant la pandémie, les prix du riz variaient sensiblement d'un mois à l'autre, quel que soit le type de riz pris en compte. Au niveau national, les variations saisonnières des prix sont significatives avec une diminution pendant la période de récolte (mai - juin) et une forte hausse entre décembre et mars à l'approche de la période de soudure. La variation moyenne par rapport au prix initial à la récolte peut aller jusqu'à 40%.

Des éléments nouveaux

Pour la plupart des ménages, les critères de qualité du riz les plus prépondérants restent liés à la propreté du riz et aux défauts du grain, et au comportement du riz à la cuisson. Le « Makalioka » provenant d'Ambatondrazaka demeure de ce fait l'une des variétés les plus consommées, représentant environ 12% du marché interne. Toutefois, le facteur prix prend progressivement de l'importance.

Mais d'autres éléments nouveaux ont rebattu les cartes, à l'instar de la disparition de Phoenix Global DMCC. Avant de mettre la clé sous la porte il y a près d'un an, ce groupe de négoce était encore parmi les trois grosses pointures mondiales du négoce de riz au même titre que Louis Dreyfus, Olam ou Cargill. Créée en 2000 à Bangkok avant d'implanter son siège à Dubaï, l'entreprise n'a mis que quelques années pour intégrer le club fermé des grands de la filière en misant, entre autres, sur les pays de l'Afrique de l'Est et de l'océan Indien comme le Kenya, le Mozambique et Madagascar.

On estime le marché d'importation de riz impacté par la faillite de Phoenix entre 2 et 3 millions de tonnes par an, rien que pour l'Afrique de l'Est et le sud-ouest de l'océan Indien. Les géants de la filière se disputent toujours pour récupérer les contrats de Phoenix dans la région. Mais d'autres opérateurs de la filière, à l'instar des suisses Ameropa et Swiss AgriTrading, et de l'autrichien Voestalpine, ont aussi décidé de réagir en dépêchant des prospecteurs aguerris et en activant leurs réseaux au sein des administrations locales.

Au plan national, l'entrée en scène de la SPM (State Procurement of Madagascar) pour l'importation de riz afin de combler le gap et de stabiliser le prix, a eu aussi un impact sur la filière. Certes, la quantité mise sur le marché par cette entreprise d'État n'est pas encore suffisamment importante pour apporter de grands bouleversements. Mais son prix bas, 550 ariary le kapoaka, n'est pas resté sans conséquence.

À savoir par ailleurs que du fait de la crise et des retards dus aux contrôles entre les régions, de nombreux agriculteurs et collecteurs subissent une perte de valeur de leur riz. Ainsi, pour surmonter ces difficultés et les pertes de revenus qu'elles provoquent chez les populations, le gouvernement a décidé de mettre en œuvre le Projet d'Appui à la Commercialisation de Produits Agricoles (PACPA). Ce dernier mise, entre autres, sur la création d'un centre de collecte afin de centraliser la production agricole et assurer leur acheminement vers les marchés urbains, en accord avec les communes.

Plus de: L'Express de Madagascar

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