Ile Maurice: Une démocratie aux abois

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De la lecture de nos classiques, nous retenons 1984 de George Orwell. Un roman d'anticipation publié en 49 et dont je recommande chaudement la lecture à tous ceux qui auraient tendance à laisser la torpeur du renoncement endormir leurs esprits ! Ou encore mieux à ceux qui se laissent abrutir par les réseaux sociaux. Ce chef-d'œuvre offre de la consistance pour les esprits. Il fait étrangement écho à la volonté de la mise sous cloche de notre pays à travers une surveillance à la Big Brother, à travers la réécriture de son Histoire (oui, oui consultez de près les manuels scolaires) et à travers l'abrogation des lois pour qu'elles servent, nous dit-on, encore mieux les intérêts du peuple ! Le Covid-19 est encore une fois une aubaine, l'alliée inespérée des gouvernements populistes à travers le monde. Maurice n'est pas une exception.

Orwell dit ceci : «Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle de l'avenir, et celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé !»

L'hypercentralisation du pouvoir que nous connaissons toujours n'a jamais été dénoncé par aucun des partis qui aujourd'hui crient aux loups et dénoncent les infamies vis-à-vis de la démocratie. Aucun de leurs membres, jeunes ou moins jeunes ne se sont élevés contre elle. Ils s'en sont toujours accommodés et cela montre aujourd'hui, sous une lumière crue, deux des faiblesses de notre Constitution.

La majorité des trois-quarts en poche permet TOUT !

Que répond la nouvelle génération à ce chèque en blanc ? Pouvons-nous aujourd'hui faire l'économie d'une introspection quand notre pays est au bord d'une crise sociale, politique et économique ? Pouvons-nous nous contenter de cet héritage qu'est la Constitution sans la questionner et exiger qu'elle évolue ?

La Constitution ne fige pas les échéances électorales.

Pouvons-nous dans une démocratie qui se veut vivante continuer à attendre le bon souhait du prince pour décider de la date des élections ! Municipales ou législatives, d'ailleurs !

Sous d'autres cieux, ces rendez-vous qui rappellent les électeurs aux urnes sont fixés dans la Constitution. C'est un impératif qui prévient les dérives des passions tristes ! Parce que quand l'échéance est fixée, la démocratie est en marche peu importe si le gouvernement est alors populaire ou pas, peu importe si le chef d'Etat est dans son bon jour ou pas ; peu importe ce que lui dirait son devin ou son poussari ! Ce ne serait enfin plus le chacun fait ce qui lui plaît qui aujourd'hui provoque la paralysie à la tête de nos villes.

Il fut un temps ou les élections municipales se faisaient chaque trois ans. Il fut un temps ou les maires de nos villes, par leurs actions et leurs décisions propulsaient ces territoires urbains en zones dynamiques et attractives. Ils apposaient alors comme une signature sur les villes. Il fut un temps ou les villes pourvoyaient à nos loisirs, offraient de l'emploi, étaient des poches d'attraction pour les touristes, étaient des hauts lieux du sport pour les jeunes, détenaient un patrimoine bâti qui nous rappelaient sans cesse que nous avons une histoire commune.

Puis, un gouvernement en exercice a un jour jugé qu'il serait mieux de donner la parole aux électeurs chaque cinq ans. Très vite, dans un élan pouvoiriste, un autre a décidé que ce serait encore mieux tous les six ans ! Et ceci en gardant sous le coude la possibilité que la majorité au Parlement change encore une fois la donne !

Visiblement, ceux qui sont à la manœuvre actuellement à l'hôtel du Gouvernement viennent d'avoir une nouvelle poussée de fièvre autocratique. Les élections municipales sont (seraient ?) ainsi reportées en attendant qu'ils se refassent une santé. Ainsi en a décidé le Conseil des ministres, ou parait-il on dit oui à l'insu de son plein gré ! Cette décision sera soumise au Parlement. Doute-t-on du 'move' de la majorité qui risque de donner sa bénédiction sans sourciller à cet amendement étant donné que les députés qui y siègent se démarquent pour certains plus par le souci qu'ils accordent à la plaque d'immatriculation de leurs berlines que par l'état de délabrement de nos trottoirs !

Quel gâchis pour nos villes.

Idéal Démocrate le dit haut et fort : nos villes sont des villes-dortoirs, des villes ou les conseillers municipaux n'ont pas compris qu'ils ont des responsabilités vis-à-vis de chaque citadin ; des villes qui fonctionnent en toute opacité allant jusqu'à investir l'argent public dans des sociétés en banqueroute ; des villes aux drains bouchés depuis des mois et des mois provoquant des inondations de plus en plus conséquentes ; des villes avec de plus en plus de zones ou l'insécurité prévaut, des villes mortes sur le plan sportif ; des villes inertes en termes de culture et de loisirs et des villes au pouls économique défaillants pour ne pas dire à l'arrêt (j'exclus ici la capitale) ; des villes incapables d'innover ; des villes loin de l'esprit d'entrepreneur des Mauriciens ; des villes ou l'urbanisme et l'aménagement du territoire ne sont que de lointains souvenirs, des villes ou la corruption va du petit marchand de nos bazars aux grands contracteurs qui obtiennent les marchés publics ; des villes sans politique pour la mobilité des handicapés ; des villes qui n'en n'ont cure du développement durable.

«Maurice c'est un plaisir», reste un slogan creux face à ce tableau effrayant.

Renvoyer les élections municipales aux calendes grecques c'est bafouer le droit aux citadins de rebattre les cartes. On aura donc tout vu, tout expérimenté depuis 2019 sur la pente qui conduit à l'étranglement de la démocratie. Notre pays est aujourd'hui victime de quelques esprits étriqués. La démocratie a les yeux bandés de l'écharpe de l'opacité. Ses membres dangereusement sclérosés par le déversement de la drogue, de la corruption, du copinage au détriment de la méritocratie et d'une culture politique «castéiste» qui a depuis longtemps semé les germes de l'inégalité dans l'État de droit !

Ce n'est pas l'idée que notre génération se fait de la politique «autrement» !

A La Une: Ile Maurice

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