Ile Maurice: Pêche illégale - Les requins des eaux chagossiennes très prisés

Une récente étude démontre que la zone maritime protégée autour des Chagos est un haut lieu de pêche illégale des requins. Plusieurs bateaux y opèrent impunément car cette zone est trop vaste et donc difficile à surveiller.

Ces requins sont chez eux dans les eaux turquoise entourant l'archipel des Chagos. Parmi eux, l'on retrouve des espèces en danger, dont le requin océanique à pointe blanche et le requin-marteau. Si officiellement leur habitat est à l'abri dans une Marine Protected Area, où la pêche est strictement interdite par les Britanniques depuis 2010, l'ampleur de la pêche illégale aux requins dans cette région serait beaucoup plus importante qu'on ne le pensait.

C'est ce que démontre une nouvelle étude, dont les conclusions ont été rendues publiques le lundi 10 mai. Elle a été menée conjointement par l'université d'Exeter, la Zoological Society of London, l'université de Lisbonne au Portugal, ainsi que Oceanswell, organisation du Sri Lanka, dans le domaine de la recherche et l'éducation à la conservation sous-marine.

Dans cette étude intitulée «Understanding persistent non-compliance in a remote, large-scale marine protected area», les chercheurs comparent les chiffres officiels avec les données recueillies sur le terrain. La majorité des bateaux interceptés sont sri-lankais. Les chercheurs ont interviewé deux communautés de pêcheurs du Sri Lanka «souvent associées à la pêche illégale dans la Marine Protected Zone».

Entre «2010 et 2020, 126 bateaux ont été soupçonnés de pêche illégale, 76 % d'entre eux étaient du Sri Lanka», indique l'étude. La majorité de ces bateaux - 97 % selon l'étude - ont ciblé les requins. Ils en ont attrapé «environ 14 340» entre 2010 et 2020. On apprend également que des bateaux de «13 pays» ont été vus dans la zone protégée. Mais que seuls des bateaux du «Sri Lanka, d'Inde et de Taiwan ont été trouvés dans l'illégalité». L'étude note en outre qu'à partir de 2014, «le nombre de bateaux indiens a augmenté jusqu'à devenir majoritaire entre 2014 et 2016».

En comparant ces chiffres aux témoignages de pêcheurs sri-lankais, les chercheurs se sont surtout aperçus que de nombreux bateaux de pêche ont pu pratiquer leurs activités sans être détectés. Des pêcheurs ont même raconté aux chercheurs qu'ils «connaissaient plusieurs bateaux qui étaient entrés et sortis de la zone totalement inaperçus». Ces pêcheurs, en plus, étaient mal renseignés sur les amendes encourues s'ils étaient interceptés par les autorités.

Les chercheurs y voient donc la preuve évidente que «le volume de pêche illégale est beaucoup plus élevé que l'estimation de 14 340 requins pêchés en dix ans». Avant de souligner que ces pêcheurs illégaux «ciblent surtout les zones près des récifs, là où vivent les jeunes requins. Capturer d'aussi jeunes requins peut mettre en péril la survie de l'espèce».

Zone protégée de 640 000 km2

Les chercheurs admettent que la surveillance d'une zone aussi grande et «isolée» que la Marine Protected Area autour des Chagos est «extrêmement difficile». Cette zone, décrétée Marine Protected Area en avril 2010, fait «640 000 kilomètres carrés», ce qui est énorme. Il faut aussi noter que la base de Diego Garcia n'est pas sujette aux règles de conservation en vigueur dans le reste de la Marine Protected Area.

Les chercheurs soulignent, dans la foulée, que la surveillance de cette zone ne serait assurée que par un seul bateau, vieillissant de surcroît. Ils concluent que malgré la prévalence de la pêche illégale de requins dans cette Marine Protected Area, la zone reste un refuge pour ces espèces dans l'océan Indien et que la population de requins y est plus élevée qu'ailleurs. Avant de rappeler que la Marine Protected Area du British Indian Ocean Territory des Chagos fait partie du contentieux qui oppose les Britanniques à Maurice.

Maurice revendique la souveraineté sur l'archipel et sa position a été renforcée par l'avis consultatif de la Cour internationale de Justice, qui a demandé aux Britanniques de mettre fin à l'occupation de l'archipel. Il a été suivi du vote de la résolution des Nations unies, qui, à une large majorité, demande aux Britanniques de restituer l'archipel.

Plus de: L'Express

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X