Afrique: Irène Mingasson, Ambassadrice de l'UE - « Le Sénégal est un allié sûr, avec une démocratie exemplaire »

interview

Pour l'Ambassadrice de l'Union européenne (Ue) à Dakar, Irène Mingasson, « le Sénégal est un allié très sûr, très fort et qui a une démocratie exemplaire dans le continent et même dans le monde », même s'il faut rester vigilant pour préserver cette image. La diplomate est, entre autres, revenue, dans cet entretien accordé au « Soleil », sur la Journée de l'Europe (9 mai) dont le thème de cette année est : « l'Europe s'engage avec la jeunesse sénégalaise ».

Mme l'Ambassadrice, la Journée de l'Europe est célébrée, chaque année, le 9 mai. Quel est le sens de cette commémoration ?

Le 9 mai, c'est un peu notre anniversaire ou notre fête nationale. Il y a 71 ans exactement, les Pères fondateurs ont posé les pierres fondatrices du projet européen, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, pour faire en sorte que la guerre soit impossible à l'avenir en mettant en place des ressources essentielles qui allaient permettre de lancer l'unité européenne (Déclaration Schuman). Depuis lors, l'Europe s'est étoffée au niveau économique, social et politique. Le nombre de ses États membres a augmenté même si, récemment, il s'est réduit d'un avec le Brexit. Tous les ans, précisément le 9 mai, nous célébrons cet anniversaire comme un moment de rappel des principes fondateurs sur lesquels notre travail de tous les jours est basé et qui inspirent notre partenariat avec tous les pays du monde avec lesquels nous sommes en relation, particulièrement le Sénégal.

Au Sénégal, pourquoi avez-vous choisi le thème : « l'Europe s'engage avec la jeunesse sénégalaise » dans le cadre de cette journée et de la quinzaine de l'Europe ?

Nous avons choisi ce thème parce qu'il nous paraissait incontournable. La jeunesse est à la fois centrale à notre projet et à notre coopération. Mais, nous avons pensé qu'aujourd'hui, suite à ce cri que nous avons entendu de la jeunesse sénégalaise, il y a quelques semaines, ces voix si fortes qui se sont exprimées pour faire passer un message d'attente et que les autorités ont entendu, nous devions réfléchir sur ce thème. Nous nous félicitons aussi que les autorités aient entendu ce cri et que très rapidement, ce Conseil présidentiel pour la jeunesse ait eu lieu avec des pistes de travail très intéressantes, mais qui nous interpellent également en tant que partenaires qui travaillons avec le Sénégal, mais aussi avec les autres facettes de la société comme le secteur privé, le mouvement associatif... De plus, il me semble que c'est un appel à nous de revoir comment nous coopérons, pour que ce que nous essayons de faire, qui est fondamental pour créer davantage d'opportunités pour les jeunes, soit de plus en plus efficace. Et pour cela, je reprends une phrase qui est souvent dite avec les jeunes eux même : « Il ne s'agit pas de travailler pour les jeunes, mais il s'agit de travailler avec la jeunesse » qui n'est pas un groupe minoritaire vulnérable qu'il faut protéger et qui a des besoins. Elle a des voix à faire entendre et des propositions qu'il faut écouter. C'est un groupe majoritaire, notamment au Sénégal où l'âge moyen est de 18 ans.

Est-ce que, sur ce point particulièrement, vous avez des projets pour les jeunes ?

Cela ne date pas d'hier, mais le rythme a été augmenté au cours des dernières années. Nous travaillons depuis longtemps dans le domaine de la formation professionnelle, de l'éducation, de l'insertion professionnelle... Au cours des dernières années, nous avons développé des programmes qui font partie des priorités du Gouvernement sénégalais pour promouvoir l'entrepreneuriat avec toute une série de facilités et de financements pour permettre aux jeunes de démarrer une activité. Cela se fait en ciblant des secteurs, tels que celui de l'agriculture avec, par exemple, les fermes « Natangué » dont nous avons inauguré quelques-unes récemment et qui présentent toute cette palette pour fournir une infrastructure, une formation et un outillage sur le long cours.

L'Europe est le principal partenaire du Sénégal. Quel est l'état du portefeuille de projets financés par l'Union européenne au Sénégal ?

Nous avons actuellement en cours un portefeuille dont le montant est peut-être difficile à chiffrer. Mais, nous disposons- sur ce qu'on appelle le Fonds européen de développement (Fed)- d'un budget principal dédié à la coopération avec le Sénégal. Ce portefeuille est de l'ordre de 347 millions d'euros. À cela s'ajoutent des projets qui ont démarré et ont été décidés vers 2016, au moment de la crise migratoire, pour un portefeuille de l'ordre de 198 millions d'euros. Ce sont des programmes déroulés principalement à travers le canal des autorités. Une partie va au financement des activités du Gouvernement et l'autre pour des projets alignés avec le Pse. Nous avons aussi un vaste portefeuille de programmes que nous menons avec des organisations de la Société civile sur des questions de promotion des droits des enfants et des femmes mais aussi pour des activités avec la Société civile, les autorités locales, comme nous le faisons sur la Petite côte pour nos projets d'environnement et de lutte contre la pollution.

Pour la riposte contre la Covid-19, l'Ue a certes apporté une contribution, mais est-ce qu'elle ne pourrait pas faire plus au regard de l'impact de la pandémie sur l'économie sénégalaise ?

L'Ue et toute la Team Europe ont répondu présent depuis le début de la crise. Nous avons salué d'abord la prise de décisions par le Gouvernement, au tout début, pour contenir la pandémie. On voyait que l'impact de ces mesures de prévention allait être important en termes économiques. Et tous les pays de la Team Europe se sont mobilisés pour faire un effort supplémentaire. Vous vous rappelez que l'Ue avait promis et a donné, sur les 1000 milliards de FCfa du Plan de relance de l'économie sénégalaise (Pres), 100 milliards de FCfa déboursés avant la fin de l'année dernière. Nous savons qu'il faut aller plus loin et c'est ce que l'Europe a fait. Nous sommes dans une phase où le bout du tunnel est en vue grâce à une campagne de vaccination et l'Europe est un des partenaires principaux de l'initiative Covax dont bénéficie le Sénégal. Sur un autre sujet, nous sommes très intéressés à soutenir cette politique volontariste sur les initiatives de voix fortes exprimées par le Sénégal, via la personne du Président Macky Sall, de travailler pour une autonomie sanitaire et vaccinale du continent africain. C'est une très bonne nouvelle sur laquelle l'Europe devrait compter. Nous sommes intéressés à soutenir ces initiatives afin d'accélérer les campagnes de vaccination et préparer potentiellement les crises sanitaires futures.

Le Président Emmanuel Macron a plaidé pour un plan Marshall pour l'Afrique afin de l'aider à surmonter la crise. Est-ce que l'Europe est prête à s'engager dans ce sens ?

Sans rentrer dans les détails de ce plan Marshall, ce à quoi nous nous accordons tout à fait, c'est que le financement du développement, de l'émergence doit trouver de nouvelles voies, de nouveaux moyens. Nous savons tous que les besoins sont considérables ; ils ont aussi été accrus par la crise sanitaire et c'est un impact qui va nous accompagner, nous en Europe et vous en Afrique, encore pendant un certain temps. Donc, il faut agir très fortement. Pour cela, l'argent public ne suffit pas. L'Ue et la Team Europe continueront à être un partenaire de confiance, notamment pour le Sénégal, et nous devons trouver le moyen de faire plus. C'est pour cela que nous devons amener à bord le secteur privé, et c'est l'un des objectifs importants du Pres que nous appuyons fortement. Pour cela, nous pensons qu'il est important de mener à bout le train de réformes engagées par le Gouvernement pour faciliter l'investissement et le travail d'un secteur privé en confiance dans ce pays. C'est aussi important comme message en direction des potentiels investisseurs européens au Sénégal. Nous avons beaucoup de travail à faire dans ce sens et on verra cela le 18 mai avec la Grande conférence sur le financement du développement. Nous verrons quelles sont les nouvelles lignes pour faciliter l'accès au financement des pays africains et qui seront proposées par le Président Macky Sall, un grand leader continental sur ces questions.

Quand on parle de la zone Europe, on pense aussi à la migration. Beaucoup de demandes de visas de Sénégalais sont rejetées par des pays européens. Qu'est-ce qui est prévu pour améliorer ce domaine de coopération entre l'Ue et le Sénégal ?

Sur les rejets, c'est une question à adresser aux Ambassades des pays membres parce que les questions de visas sont traitées au niveau bilatéral entre le Sénégal et ces États. Cela ne m'étonne pas de savoir, comme vous le dites, que de nombreuses demandes de visas sont présentées puisqu'on sait l'appétit de voyage et de mobilité qui existe. Ce que je peux dire, c'est que dans notre objectif partagé avec le Sénégal, encore une fois, il en a été question lors de la récente visite du Président Macky Sall à Bruxelles. Dans un objectif de meilleure gestion de la migration en général, nous devons travailler de concert sur deux voies : l'une consiste à faciliter la migration légale en ouvrant de nouvelles voies, par exemple, à travers la migration circulaire. Et l'autre voie, c'est de gérer ensemble la problématique de la migration irrégulière. Sur ces deux aspects, l'Ue est très mobilisée avec les États membres parce que la migration nous a construits, la migration est un phénomène positif gagnant-gagnant à condition d'être bien gérée.

En tant que diplomate présente au Sénégal depuis un certain temps, comment jugez-vous le niveau de démocratie et de développement du pays ?

C'est une vaste question. Le Sénégal est un partenaire de très longue date de l'Ue. Depuis plus de 50 ans, nous travaillons très étroitement sur des questions aussi diverses que la démocratie, le développement politique, social, économique... qui font partie de notre partenariat. Le Sénégal est un allié très sûr, très fort, avec une démocratie exemplaire dans la région, dans le continent et dans le monde. À cet égard, la coopération est évidemment exemplaire et très fluide entre nous. Mais, il est évident que pour continuer d'exercer ce leadership et d'endosser ce rôle de modèle et d'exemplarité, la vigilance s'impose. Nous savons que le Sénégal est très attentif à ces questions. Sur celles de développement, nous avons tous été frappés par l'impact de la crise de la Covid-19 qui rebat un peu plus les cartes. Il est évident que nous devons essayer d'aller plus loin avec les moyens qui sont les nôtres, pour davantage de résultats, et écouter plus, la jeunesse en particulier. La qualité de la relation avec le Sénégal fait en sorte que nous sommes très ambitieux et comptons sur ce partenaire exemplaire. Le Sénégal aussi peut compter à 200 % sur nous.

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