Sénégal: Centre de formation professionnel et technique de Baïla - Au nom du goût, de la coupe et du bois

Construit juste à côté du lycée de la localité, le centre de formation technique et professionnelle de Baïla est l'un des meilleurs que compte le département de Bignona. L'établissement propose diverses formations à moindre coût dans les métiers de l'agro-alimentaire, du bois, de la coupe et couture notamment. Mais avec la pandémie de Covid-19, le nombre d'apprenants enrôlés a fortement baissé depuis 2020. Une situation que les responsables du centre comptent inverser sous peu.

Au milieu des plants maraîchers s'étalant sur une superficie de 625 mètres carrés et servant d'incubateur pour les élèves de la section agriculture du Centre de formation professionnelle de Baïla, Balla Moussa Bodian, bien installé sur un bidon, observe tranquillement deux jeunes dressant des planches. Cet encadreur en cuisine, dans l'ordre normal des choses, ne devrait pas être en ces lieux, à pareille heure de la journée. Seulement, il a oublié, la veille, d'ouvrir les vannes des bassins d'eau du jardin afin qu'ils se remplissent avant que ne pointent à l'horizon les rayons du soleil.

Créé depuis deux ans, le jardin du centre de Baïla fournit l'essentiel des légumes qui entrent dans la formation pratique en cuisine pour les pensionnaires de l'établissement. Ici, salade, pomme de terre, piment, aubergines, entre autres légumes, sont achetés pour les exercices pratiques.

Et les recettes sont affectées au fonctionnement des différentes sections du centre.

Le centre qui, jusque-là, proposait de la cuisine occidentale, a amélioré son contenu de formation. Conscient de la place des plats africains dans le patrimoine culinaire mondial à l'image du «Tiebou dieune», une priorité est accordée aux cuisines nationales. « Nous faisions la cuisine européenne », admet d'emblée le formateur en cuisine, Balla Moussa Bodian, «mais, aujourd'hui avec l'évolution du monde, nous formons nos apprenants en cuisine africaine».

À côté du jardin où on peut entendre le bruitage des machines à coudre dans les cases rondes coiffées par des toits coniques en zinc, des élèves sont en pleine application.

Autour d'une table, deux filles, la vingtaine dépassée, s'affairent sur un morceau de tissu. L'une d'elle, ciseau accroché au doigt, manipule un tissu sous les instructions de sa formatrice, Fatou Badji. Au fond de la pièce, le seul garçon de la promotion commence à donner forme à son tissu découpé la veille. La section «Habillement» est la plus sollicitée par les jeunes de cette partie de Bignona. «J'ai une classe mixte composée de 13 élèves dont 12 filles. Nous leurs apprenons la coupe adulte.

La différence avec les ateliers de couture, c'est qu'ici nous utilisons le papier kraft, et c'est la mesure du papier qu'on va transposer sur le tissu», explique Fatou Badji. Arrivée dans ce centre en 2007, suite à une mise à disposition accordée par le ministère de l'Enseignement technique et de de la formation professionnelle, Mme Badji a formé plusieurs générations d'élèves. Massata Goudiaby en fait partie.

Celui-ci a été même major de sa promotion. Avec des amies, Massata a formé un Groupement d'intérêt économique (Gie), pour se lancer dans la couture et l'habillement. Pour les accompagner, un bâtiment de l'établissement leur a été affecté.

Le Gie a mis en place une gestion autonome par rapport au centre. « Les membres épargnent 6.000 FCfa par mois. Cet argent issu de la vente des produits est destiné à la prise en charge des machines, à l'achat de tissu pour la couture. À la fin de l'année, nous nous partageons le bénéfice », a dit Massata. Le centre de Baïla propose au total 11 offres de formation, notamment en dessin bâtiment, électricité, mécanique, élevage, ouvrage métallique, menuiserie de bois, entre autres.

Toutefois, certaines filières sont de plus en plus délaissées par les apprenants.

La menuiserie par exemple. Ce du fait de l'interdiction de la coupe de bois en brousse. Ils estiment que ce métier ne fait plus vivre son homme en milieu rural. Le centre de Baïla est très sollicité par des jeunes du département de Bignona. Certains de ses pensionnaires viennent même de la région de Ziguinchor. Ce regain d'intérêt se justifie, selon les apprenants, par le coût assez supportable de la formation. Celui-ci tourne autour de 27.000 FCfa par an, affirme El Hadj Thierno Souleymane Mbaye, le chargé de la communication de l'établissement.

Mais à cause de la pandémie de la Covid-19, l'établissement a enregistré une baisse de ses effectifs, renseigne M. Mbaye. Il est passé d'un effectif de 600 apprenants en 2019 à 200, cette année. Une tendance que les responsables du centre comptent renverser à travers de nouvelles stratégies basées sur le renforcement de l'offre de formation et des équipements de travaux pratiques.

Plus de: Le Soleil

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