Sénégal: Ndiol Maure - Un village qui a réussi à fixer ses jeunes dans le terroir

Dans le village de Ndiol Maure, une localité de l'arrondissement de Ndiayes située dans la commune de Diama (département de Saint-Louis), ce que l'on constate, de prime abord, c'est le dynamisme de ces centaines de jeunes qui ne veulent pas rester oisifs. Il y a aussi l'énergie débordante des femmes qui réalisent de bons chiffres d'affaires dans le maraîchage, tout en développant des activités génératrices de revenus basées sur un système de crédit-revolving (crédit rotatif) mis en place par leur caisse d'épargne et de crédit. Le seul problème dans ce terroir est relatif à la nécessité de faire bénéficier aux 800 habitants un projet d'extension du village...

Aller à Ndiole Maure, n'est pas une villégiature. Ce matin du 12 mai 2021, il faut d'abord et difficilement affréter, à partir de Saint-Louis, un véhicule clando pour rallier le village moyennant une modique somme de 500 FCfa. Pour visiter ensuite cette localité, c'est éprouvant. Il faut avoir des nerfs solides. Fouler le pied dans les prairies parfumées qui s'étendent à l'infini, grimper sur des monticules herbeux, passer en revue des bois aux arbres géants, des cadavres d'animaux gisant par terre, entourés de charognards agressifs. Certaines concessions sont accessibles par une piste quasi impraticable, escarpée, sinueuse, ellipsoïdale. Le jeune Saloum Fall, 32 ans, et son frère Makhmout, 27 ans, ne se plaignent pas. « Ici, nous avons de l'eau potable en abondance. Notre village est connecté au réseau électrique depuis très longtemps. Presque tous les jeunes et les femmes du village travaillent dans les sociétés agro-industrielles qui exploitent des terres autour de notre terroir », expliquent-ils. Fatmètou Mborika, 29 ans, maraîchère, est fière de nous faire comprendre que dans ce village, les jeunes ne s'intéressent pas à l'émigration clandestine et à l'exode rural. Selon elle, ils ont la possibilité d'exploiter les nombreuses opportunités offertes par l'agriculture, l'élevage et la pêche continentale pour survivre et subvenir aux besoins de leurs familles. Abondant dans le même sens, sa cousine (ici, les habitants entretiennent des liens de parenté très profonds) Ndèye Meuya s'est déclarée satisfaite de la caisse d'épargne et de crédit mise en place dans ce village avec l'appui de Plan/Sénégal.

Vers 12h 30mn, des claquements de sabots annoncent l'arrivée d'une charrette bondée de monde, tractée par des ânes maigres qui braient et qui bégaient, torturés par la fatigue. Cependant, nous ne pouvons pas nous empêcher de soupirer d'aise lorsque nous constatons, à bord de cette charrette, une détente et une joie intense. Juste quelques salutations chaleureuses et le cocher se remet au travail avec frénésie, une rapidité déconcertante. C'est passionnant d'admirer ce beau paysage qui nous éloigne du stress des grandes villes. C'est réconfortant de voir ces paisibles concitoyens de cette partie du monde rural, trimer dur, travailler honnêtement pour gagner leur vie à la sueur de leur front. Nous n'avons eu aucune difficulté à accrocher le Chef du village de Ndiol Maure, Ousmane Fall, un enseignant à la retraite âgé de 66 ans. Trouvé chez lui, il nous a fait savoir que ce village a été créé par ses ancêtres maures il y a plus de 100 ans. « Nous vivons dans une belle ambiance de solidarité avec nos voisins de Ndiol Peulh et de Ndiol Keur Bira Sy. Ici, il y a des maures, des peulhs, des ouolofs et des bambaras. Nos jeunes sont en général des maraîchers, qui ont la possibilité de produire en même temps du riz, d'aller capturer des carpes dans le fleuve et d'autres espèces de poisson d'eau douce », raconte-t-il.

La belle histoire de l'homme à la grande taille

Les jeunes de Ndiol Maure, a-t-il poursuivi, ne ratent jamais la moindre occasion pour faire de l'embouche bovine et ovine, de l'aviculture, du petit commerce. Ousmane Fall a plaidé pour la mise en œuvre d'un projet d'extension du village, la mise à disposition de machines décortiqueuses de riz, de moulins à mil privés pour les femmes, l'accès de ces dernières aux financements. « Du fait de la croissance démographique, c'est la ruée vers la terre et tous les jeunes ont tendance à tout mettre en œuvre pour se fixer définitivement dans notre terroir, il nous faut donc plus de terres cultivables et de parcelles à usage d'habitation. Cependant, nous touchons du bois car notre village n'est pas enclavé », ajoute-t-il.

Ndiol est un terme wolof qui signifie tout simplement « de grande taille ». L'histoire du village de Ndiol charrie plusieurs versions. Le vieux Ousmane Fall a retenu de ses grands-parents la version selon laquelle celui qui a fondé ce village depuis plus d'un siècle s'appelait Hamdane Fall. Il était de grande taille. C'est un maure qui venait de la Mauritanie. « Hamdane Fall était un éleveur très riche et, du fait de sa taille impressionnante, ne passait pas inaperçu dans ce village. Les gens avaient tendance à dire à quelqu'un qui avait un problème, va voir Ndiol-Mi, l'homme à la grande taille. Au fil du temps, on finira par donner à ce village le nom de Ndiol », narre le chef de village. Selon lui, le problème aujourd'hui est que les habitants de Ndiol Maure ne parlent plus le Hasania, leur langue, même s'ils ont toujours la possibilité d'organiser, à l'occasion de la Korité et de la Tabaski, des cérémonies familiales (mariages et baptêmes), la danse Havleu appelée Jaguar. « Nous devons renouer avec notre culture tout en restant citoyen sénégalais à part entière et non entièrement à part », conseille Ousmane Fall.

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PROMOTION DE LA CULTURE HASANIA

Ndiol Maure veut entretenir la flamme

Selon le Chef de village de Ndiol Maure, Ousmane Fall, dans ces villages de la commune de Diama, les différentes troupes folkloriques maures de Darou Salam, de Taba Tach, de Taba Ahmétou, de Treich, de Ndiol Maure, de Keur Samba Hamady et de Chabab rivalisent d'ardeur et de talent à l'occasion des cérémonies de baptêmes et de mariages en mettant en exergue la culture Hasania à travers une chorégraphie majestueuse. Des rencontres qui leur offrent l'opportunité d'esquisser des pas de danse Havleu ou Jaguar soutenus par une musique maure bien particulier du désert, conçu avec le tidinit, petit luth à quatre cordes sans archet.

Ces instruments populaires sont nombreux en Mauritanie. Avec une dextérité remarquable, ces musiciens maures font vibrer le « tbel » (grand tam-tam) et une sorte de kora, apparentée à la guitare et à la harpe, composée de différentes cordes reliées à une caisse de résonance en forme de demi-sphère et à un axe en bois.

Selon le jeune professeur de lettres Ahmeth Ould Babana, originaire de Diadiem, il n'existe pas une musique mauritanienne car, comme pour le reste de la culture en Mauritanie, celle-ci est spécifique à chacune des communautés qui composent la société.

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