Tchad: Le pragmatisme de l'Union africaine

Après plusieurs reports, les 15 membres du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'Union africaine se sont finalement penchés, le vendredi 14 mai 2021, sur la situation qui prévaut au Tchad depuis la mort soudaine du président Idriss Déby Itno.

En attendant « plus de précisions », ce lundi 17 mai, l'instance panafricaine a fait prévaloir sa clémence en décidant d'accompagner le processus de transition au lieu de prendre des sanctions contre le Comité militaire de transition qui a pris le pouvoir à Ndjamena avec à sa tête, Mahamat Déby itno, fils du défunt président.

Si les partisans de la junte peuvent déjà se réjouir, ils doivent en revanche s'attendre, de la part de l'Union africaine, à une imposition de conditions particulières, notamment le respect du calendrier de l'organisation de l'élection présidentielle dans 18 mois comme promis par les militaires et leur engagement ferme à céder le pouvoir au terme de la transition.

Cette décision constitue une douche froide pour nombre de Tchadiens réprimés, alors qu'ils réclamaient un pouvoir civil et inclusif, mais aussi et surtout pour des chefs d'Etat de l'instance, qui souhaitent une application stricte du principe sacré de l'Union africaine, qui veut qu'en cas de coup d'Etat, un pays doit être suspendu automatiquement comme ce fut le cas au Burkina Faso, au Niger, au Mali ...

Après le soutien dont la junte militaire a bénéficié de la part de la France et le silence quasi généralisé des organisations sous régionales et internationales qui n'hésitent pas habituellement à condamner ces passages en force des armées, le Tchad vient donc de bénéficier de l'onction africaine. Il ne sera donc pas suspendu des instances de l'UA et cette indulgence de l'organisation envers les nouvelles autorités tchadiennes vaut son pesant d'or.

A voir de près, l'exception tchadienne pourrait se justifier amplement, au regard de la position centrale de ce pays dans le dispositif de lutte contre le terrorisme au Sahel et contre Boko Haram dans la zone du Lac Tchad. En effet, l'armée tchadienne qui a fait ses preuves sur ces deux théâtres d'opérations aurait pu faire volte-face avec pour conséquence immédiate, le retrait de ses troupes dans la zone dite des « trois frontières » (1 200 soldats) et de la MINUSMA (1 379 militaires et 17 policiers).

De plus, suspendre le Tchad des instances de l'UA pourrait fragiliser le pays qui constitue, depuis plusieurs années, une digue contre l'extension des groupes armés qui écument la bande sahélo sahélienne depuis la crise libyenne. Ce pragmatisme, qui explique que parmi les 15 pays africains membres du CPS, la plupart des Etats de la CEDEAO ne voulaient pas sanctionner les autorités de Ndjamena, pas plus que le Cameroun et ils ont visiblement réussi à convaincre l'Algérie, le Ghana et les pays d'Afrique australe à aller dans leur sens.

La loi c'est la loi, mais c'est aussi l'exception qui confirme la règle. Il reste donc à accompagner la transition tchadienne pour lui permettre de sécuriser le territoire national contre la rébellion, de poursuivre sa contribution à la lutte contre le terrorisme dans la sous-région et d'organiser des élections inclusives et impartiales dans les délais, afin de remettre le pays sur les rails de la démocratie et du développement.

Plus de: Sidwaya

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