Afrique: LGBT en Afrique - Témoignages de deux personnes aux antipodes l'une de l'autre

À l'occasion de la Journée mondiale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie, le 17 mai, deux Africains témoignent sur leur vie, aux antipodes l'une de l'autre : l'un, homosexuel au Sénégal, doit se cacher pour éviter la prison, tandis que l'autre, lesbienne en Afrique du Sud, s'affirme au grand jour.

Habibou, 25 ans, est un jeune Dakarois comme un autre - ou presque. Cet étudiant en anglais fait tout pour se protéger de l'homophobie ambiante et s'efforce de cacher son identité de « goorjigeen » (« garçon-fille » en wolof). « Le simple fait que le mot existe montre bien que l'homosexualité fait partie de notre culture. On l'oublie souvent, mais elle était tolérée dans notre société traditionnelle, avant que les imams ne se mettent cette sorte d'idée fixe en tête dans les années 1990, en ne visant d'ailleurs que les gays et pas les lesbiennes. »

Habibou maudit son époque, qui l'empêche de mettre les vêtements qui lui plaisent, de sortir la tête haute et d'être dans la joie de vivre. « J'évite les couleurs vives et les motifs à fleurs, je mets des jeans et des chemises à carreaux passe-partout. Je suis sur mes gardes tout le temps pour ne pas paraître efféminé. »

Des peines de prison au Sénégal

Sa mère a deviné, dit-il, mais les non-dits prévalent. « Elle n'en a parlé à personne dans la famille, mais je sens le mépris dans son regard. » Le jeune homme se trouve d'autant plus sous pression qu'il est l'aîné de sa fratrie, et donc censé donner l'exemple. Il fréquente discrètement ses amis, dans les lieux secrets où ils se retrouvent. « C'est risqué : en dehors du scandale que ça provoquerait de me faire démasquer, je risque la prison sur de simples dénonciations. » L'article 319 du Code pénal au Sénégal est sans ambiguïté : « Sera puni d'un emprisonnement de un à cinq ans et d'une amende quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe. »

Habibou avait 17 ans lorsque Barack Obama a fait une visite officielle à Dakar. Il s'en souvient comme si c'était hier : interrogé par une journaliste américaine sur la dépénalisation de l'homosexualité, le président Macky Sall avait déclaré que « le Sénégal est un pays tolérant qui ne fait pas de discrimination en termes de traitement sur les droits [... ]. Mais on n'est pas prêts à dépénaliser l'homosexualité. C'est l'option du Sénégal pour le moment. Cela ne veut pas dire que nous sommes homophobes. Mais il faut que la société absorbe, prenne le temps de traiter ces questions sans qu'il y ait pression. »

Pour Habibou, le message est clair : « Les choses ne changeront jamais. Il n'est pas question que je me marie avec une femme, comme certains le font. Se conformer au point de faire semblant d'être hétéro, c'est du malheur pour tout le monde. Il faudra bien que je parte si je veux vivre en paix. » D'où son choix de l'anglais, dans l'optique d'un départ éventuel aux États-Unis, qu'il repousse chaque année. La raison ? « Mon copain n'est pas prêt à partir, et je ne suis pas prêt à le laisser. »

La liberté au cœur de la lutte contre l'apartheid

À l'autre bout du continent, au Cap, Khetiwe, à 32 ans, mène une vie aux antipodes de celle de Habibou. Cheveux courts teints en blond, cette créative dans une agence de publicité ne se cache pas. Au contraire : elle s'est mariée avec sa partenaire, une jeune femme, elle aussi, Xhosa et originaire du Cap. Elles ont leur maison dans le quartier bohème de Woodstock, non loin de l'Université, et pensent à fonder une famille. Khetiwe se dit « heureuse » de vivre dans le seul pays d'Afrique où le mariage homosexuel est reconnu et les droits LGBT inscrits dans la Constitution.

« J'ai annoncé à 14 ans à mes parents, des enseignants à Khayelitsha, que j'étais lesbienne. Avec eux, ça s'est bien passé. Mon père m'a soutenue, il a expliqué qu'il ne s'était pas battu contre l'apartheid toute sa vie pour que les libertés de ses enfants soient bafouées. Mais ça a été plus long et difficile avec mon frère aîné, qui était sous la pression de son groupe de copains, des machos finis. » Il a fallu des années avant qu'il accepte que « son honneur à lui n'était pas en question, mais bien mon bonheur ».

Khetiwe évoque les viols « correctifs » et meurtres de lesbiennes, plus spécifiquement pointées du doigt dans les townships que les gays, non soumis aux mêmes violences. « Bien sûr, nous avons toutes en tête le meurtre atroce d'Eudy Simelane en 2008 à Kwa-Thema, un township de Johannesburg », concède-t-elle. Membre des Banyana Banyana (« Les filles », le nom de l'équipe nationale de football féminine), cette sportive et militante lesbienne a été violée et poignardée au visage par quatre agresseurs, dont deux ont ensuite été condamnés à 32 et 35 ans de prison.

« Ces faits divers horribles sont devenus un de ces sujets qu'aime la presse, mais les journaux ne voient pas que notre société produit aussi des stars comme Zanele Muholi, une photographe lesbienne qui expose partout dans le monde et traite de ces sujets dans son art. Mamela Nyamza, danseuse et chorégraphe, le fait aussi de manière ouverte. Avant elle, Brenda Fassie, chanteuse noire ultra-populaire, était sortie du placard avec panache dans les années 1980. »

Khetiwe, « comme aucune femme en Afrique du Sud », ne se trouve à l'abri du fléau que reste le viol. Mais dans sa vie de tous les jours, au travail, à son club de gym et les lieux de sortie, elle se dit « acceptée et respectée ».

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