Afrique: L'engagement politique d'Amadou Mahtar Mbow donné en modèle pour les générations à venir

L'engagement politique du Pr Amadou Mahtar Mbow doit servir de modèle pour les générations africaines à venir. Cette conviction est de Pape Demba Sy, Pr titulaire des universités, à la retraite. Ce membre éminent des Assises nationales du Sénégal l'a fait savoir lors du wébinaire tenu le samedi 15 mai 2021 dans le cadre de la célébration du Centenaire de Amadou Mahtar Mbow.

Le président Macky Sall recevant le rapport de la Commission nationale de réformes des institutions (CNRI) des mains de Amadou Mokhtar Mbow

« L'engagement politique et citoyen (Assises Nationales et CNRI) d'Amadou Mahtar Mbow ». C'est le thème soumis à la réflexion lors du huitième wébinaire que le Comité de célébration du centenaire de Amadou Mahtar Mbow a organisé le samedi 15 mai au Centre Ouest africain de recherche (Warc) de Dakar et retransmis sur les plateformes digitales.

Une opportunité donnée à Pape Demba Sy, Pr titulaire des universités, à la retraite de louer l'exemplarité de l'engagement politique de Amadou Mahtar Mbow et pouvant servir de bréviaire pour les jeunes leaders sénégalais et africains engagés dans la chose politique.

Selon lui, à travers les multiples facettes de son engagement politique, Amadou Mahtar Mbow a appris au monde entier, surtout les leaders africains qu'il faut s'engager pour défendre des idées et non des personnes.

A son avis, l'ancien directeur général de l'UNESCO a indiqué qu'«on s'engage avec conviction pour défendre une cause et non des intérêts personnels ».

Et d'ajouter : « Il faut lutter avec désintéressement et ne pas attendre un retour symbolique ni matériel. Il faut s'engager pour servir les peuples et non pour se servir ».

Un ensemble d'indications qui lui fait dire que « Mbow est un modèle pour les générations à venir ».

Certains observateurs qui ont pris part au panel y ajoutent la « constance » dans la démarche de Amadou Mahtar Mbow durant toute sa carrière politique.

Selon le Pr Sy, M. Mbow s'est toujours battu pour la justice, la liberté, la dignité, l'égalité pour tous les peuples et tous les pays du monde parce qu'il pense que les dirigeants doivent défendre partout où ils se trouvent, les intérêts des peuples.

Dans cette même dynamique, l'ancien premier ministre du Sénégal, M. Mamadou Lamine Loum considère que les derniers chantiers du président Mbow scellent la légende notamment les péripéties de sa vie et ce que l'histoire retiendra de la Commission nationale de réforme des institutions (Cnri) ou des Assises nationales.

Pour lui, l'engagement citoyen comme l'engagement politique sont des domaines génériques d'incubation, et des préoccupations de M. Mbow.

Ce qu'il qualifie de quête obstinée qui se dérobe dans la vie d'un homme politique qui sait que tout n'est pas victoire instantanée.

Le modèle de guidance d'Amadou Mahtar déterminant lors des Assises nationales et dans la CNRI

L'ancien chef du gouvernement du Sénégal estime que loin du spectateur ou d'une présidence haut perchée, Amadou Mahtar Mbow a tenu à assurer pleinement son rôle et jouer sa qualité de citoyen actif chaque fois que les affaires de la cité ont été en jeu.

A son avis, les résultats issus de ces consultations citoyennes révèlent une remarquable identité de vue qui témoigne d'une guidance morale qui marche à l'allure de son peuple dont les aspirations sont dument tenues en compte par des majorités de consensus forts.

Et, poursuit-il, le tout est servi par une obsession de la rigueur, d'un cadre logique de référence, un choix de vérifier à chaque fois l'effectivité face à la tentation de se contenter à l'affichage et de la proclamation, préférant ainsi la démonstration, une méticulosité dans l'évaluation des risques et périls encourus dans les vides juridiques potentiellement possibles.

Le résultat donne un produit plus enclin à susciter des consensus durables bâtis autour de réformes de ruptures mieux qualifiés pour faire passer des seuils de progrès aux constitutions africaines.

Le tout centré sur le citoyen acteur majeur émancipé de la démocratie participative ou la meilleure définition c'est que la délégation du citoyen ne vaut point dessaisissement ni substitution pour de bon entre deux élèves.

Pour le Pr Mame Penda Ba, enseignante chercheuse en sciences politiques à l'Université Gaston Berger, les Assises nationales et la CNRI constituent des tournants historiques dans l'évolution du système politique sénégalais.

A son avis, l'histoire sociale, politique et institutionnelle du pays ne peut plus s'écrire, en effet, sans prendre en compte et en charge l'expérience de ce laboratoire inédit de démocratie délibérative dont Amadou Mahtar Mbow en est toujours le président.

Ce spécialiste de la sociologie politique et agrégée de Sciences Po Paris de rappeler qu'avec les Assises que présidait Amadou Mahtar Mbow, il s'est agi de l'exercice délibératif le plus innovant, le plus inclusif et le plus ouvert de l'histoire politique contemporaine du Sénégal.

Une initiative qui s'est tenue dans un contexte où le régime politique sénégalais était profondément en crise et qu'il y avait urgence à le renouveler.

Un corps délibérant appelé « peuple des assises » hétérogène, parce qu'ouvert au secteur privé, hommes politiques, société civile, personnalités influentes, experts divers, religieux, universitaires, citoyens ordinaires, voyait le jour.

Ce regroupement inédit était le fait de citoyens et citoyennes qui partagent l'urgence d'une crise multidimensionnelle et s'engagent à en situer les origines et à proposer des issues durables.

Les Assises marquaient une rupture paradigmatique avec un long passé où les décisions ou la trajectoire nationale étaient dessinées par une élite politico-burocratico-économique et ses alliés religieux et internationaux.

La personne qui devait assurer sa présidence devrait être une personnalité d'envergure nationale non partisane et au-dessus de tout soupçon. « Un certain nombre de personnalités au parcours respectable furent contactées et même approchées mais un consensus assez unique se fait autour de la figure de Mbow », se rappelle Mme Ba.

Elle cite ainsi le défunt Mansour Cama qui disait à l'époque : « l'entrée de Mbow, c'est la chance des assises. Elle marque un tournant crucial car elle estampille du saut de la probité, de l'intégrité et de la rigueur dans le processus ».

Pour elle, cette entrée du Pr Mbow montrait définitivement que les Assises n'étaient non plus un moyen de continuer la guerre contre Wade mais bien une œuvre citoyenne de refondation totale.

Mais en devenant la caution morale et la garantie statutaire de neutralité, estime-t-elle, Mbow parachève cette visée générale impersonnelle des Assises nationales et lève les dernières réticences.

Selon elle, ce qui fait de Mbow un homme au-dessus de tout soupçon et pour tout le monde c'est la coïncidence permanente et toujours vérifiée chez l'homme entre la parole et l'acte.

« S'il est dessus de tout soupçon c'est que Mbow conduit sa pratique quotidienne sous un strict régime de vérité qui ne fluctue ni au gré des circonstances politiques, ni celles des opportunités économiques ou de prestige ».

Sur le plan politique, Mme Ba pense que Mbow est un homme authentiquement libre, c'est-à-dire un homme qui ne cherche rien et ne veut rien ou du moins qui veut vivre constamment ses convictions. « Cette liberté alliée à une véritable générosité dans le travail lui donne une force et une sérénité unique ».

Le Pr Mame Penda Ba considère que Mbow a versé un patrimoine important au commun du Sénégal et de l'Afrique. « Le modèle des assises nationales est reproductible, adaptable aux niveaux locaux, au niveau national et internationale et même communautaire ».

A cet effet, elle rêve d'assises de la CEDEAO, de l'Union africaine pour savoir ce que les Africains pensent de leur quotidien.

Ce qui fait dire au Premier ministre Mamadou Lamine Loum que beaucoup de gouvernements gagneraient à s'inspirer du modèle des Assises nationales du Sénégal et de la CNRI, deux initiatives conduites par Amadou Mahtar Mbow, dans leur quête de réformes institutionnelles et de politiques publiques.

La méthode Mbow, ne laisser personne pour compte

Le Pr Abdoulaye Dièye, enseignant en droit constitutionnel et en droit public à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), pense que l'engagement de Mbow se traduit par un don de soi pour le groupe, l'altruisme, investissement au service de l'intérêt général, le bénévolat, l'engagement sans contrepartie...

Ce rapporteur général de la CNRI pense que les résultats obtenus est la résultante de la « méthode Mbow qui consiste à faire en sorte que nul n'en ignore et personne ne puisse dire que je n'étais pas au courant ».

Dans le processus, poursuit M. Dièye, Mbow a tenu à ce que tout le monde soit représenté mais avec des compétences avérées.

« La méthode Mbow était de faire que tout le monde soit au courant de ce qui se faisait mais aussi parvenir au moins à un consensus parce que pour apporter des solutions durables, il faut au moins s'entendre sur ce qui constitue le mal ».

Pour amener les jeunes à s'approprier la dynamique impulsée par Amadou Mahtar Mbow à travers les Assises nationales et la CNRI, As Mademba Ndiaye, chargé de communication du bureau de la Banque mondiale au Sénégal pense qu'il faut faire chanter la charte de bonne gouvernance par des rappeurs.

Sur cette lancée, il recommande la mise en place d'une campagne de communication pour sensibiliser les jeunes et développer leur engagement.

Ce qui, à son avis, nécessitera l'engagement des activistes qui sont des porteurs de voix pouvant faire adhérer la jeunesse.

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