Mali: Grève générale sur fond de démission du gouvernement

L'Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) se prépare à lancer une grève à partir du lundi 17 mai 2021. (Photo d'archives)

Il faut savoir raison garder !

Alors que le Premier ministre, Moctar Ouane, est en pleines concertations pour la formation d'un nouveau gouvernement, la principale centrale syndicale, l'Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), a appelé à une grève générale de 96 heures qui a débuté hier, 17 mai 2021, entraînant au premier jour une paralysie de nombreux services.

Les grévistes réclament, entre autres, l'harmonisation des salaires et primes des travailleurs. Sans denier le droit aux travailleurs de réclamer de meilleures conditions de vie et de travail, l'on se demande où va le Mali ? On le sait, le pays de Soundjata Keïta, et c'est peu de le dire, s'enfonce davantage dans des crises interminables.

C'est d'autant plus vrai qu'en plus de la crise sécuritaire qui a mis le pays presqu'à genou, celle sociale qui aura contribué à faire tomber le régime de Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), ne semble pas prendre fin de sitôt. Autant dire que le futur gouvernement a du pain sur la planche. On est d'autant plus fondé à le penser qu'il fera face à une montagne de défis. Cela dit, l'UNTM qui menace de passer à la vitesse supérieure si elle n'obtient pas gain de cause, doit mettre de l'eau dans son vin. C'est d'autant plus nécessaire que la Nation malienne qui tangue comme un bateau ivre, est plus que jamais au bord du gouffre.

Les autorités de la Transition doivent aussi savoir raison garder. En tout cas, elles gagneraient à travailler à renforcer le dialogue social, à rassurer davantage les Maliens qu'elles ne sont pas là pour balayer la maison et s'y installer durablement. Elles doivent, et c'est un euphémisme, conduire la Transition jusqu'à son terme en se gardant de tout calcul qui pourrait porter atteinte à la bonne tenue des élections législatives et présidentielle.

Car, comme on le dit, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Si IBK n'avait pas cherché à ruser avec son peuple, on n'en serait certainement pas là. Bien que réclamée par certains acteurs maliens et pas des moindres, la démission du gouvernement est perçue par d'autres, comme une ruse qui viserait à privilégier des intérêts personnels au détriment de ceux du pays, en envisageant secrètement le report des échéances électorales et du coup, la prolongation de la période de Transition.

Le président actuel qui n'a aucune chance de rester aux affaires après le 27 février 2022 qui marquera la fin de la parenthèse politique actuelle, pourrait être très... flexible, surtout s'il s'agit de proroger son séjour au mythique palais de Koulouba. Idem pour le groupe de colonels putschistes qui sont les vrais patrons de la Transition, qui pourraient voir dans cette démission du gouvernement, une fenêtre d'opportunité pour libérer les très controversés « tabourets » qu'ils y occupaient, afin de se préparer conséquemment à une vie civile et politique probablement plus douillette, à travers des postes où ils seront plus à l'aise sans pour autant être sous le feu des projecteurs, étant entendu que la Charte de la transition leur interdit de briguer des postes électifs lors des prochaines échéances. Quant aux partis politiques et associations de la société civile qui ont passé le temps à ruer dans les brancards et à brocarder les autorités de la Transition, ils pourraient y trouver leurs comptes, quand on sait d'ores et déjà que c'est une coalition large et hétéroclite qui sera mise en place pour gouverner le pays.

Des tractations sont certainement déjà entamées en coulisses pour rallier tous ceux qui pourraient servir de soupape de sécurité pour ce régime de plus en plus impopulaire, notamment les membres du M5 - RFP qui ont déjà étonnamment annoncé leur non-participation au futur gouvernement. C'est vrai que la politique aussi a ses raisons que la raison ignore, mais on se demande si la position de Choguel Kokalla Maïga et de ses principaux lieutenants du M5-RFP, sera tenable à terme, surtout quand on sait que dans ce genre de melting-pot, on est couché sur la même natte, mais on ne fait jamais les mêmes rêves.

Il n'est pas exclu, en effet, que les intérêts égoïstes des uns et les calculs politiciens des autres aient raison du mur déjà très lézardé de cette coalition qui fut le fer de lance de la lutte qui a abouti à la démission forcée de l'ancien président Ibrahim Boubacar Kéita (IBK). Le refus de prendre part au futur gouvernement est a priori paradoxal quand on sait que le M5 a exigé et obtenu le départ du précédent, mais la position n'est pas dénuée de sens politique puisque Choguel Maïga et ses camarades veulent se présenter à leurs compatriotes comme une alternative crédible pour affronter les grands défis du Mali.

Mais dans la situation actuelle, et au regard de leurs contradictions internes, il leur sera difficile, à huit mois des élections, de convaincre l'électorat qu'ils ont véritablement les profils et les compétences nécessaires pour diriger ce navire en perdition qu'est le Mali. C'est probablement conscients de tout cela qu'ils font feu de tout bois pour faire tomber les principales institutions de la Transition qui échappent toutes actuellement à leur contrôle, et faire repousser ipso facto les échéances électorales jusqu'à ce qu'ils mettent de l'ordre dans leurs propres rangs et peaufinent des stratégies qui pourraient séduire leurs compatriotes.

L'hypothèse la plus vraisemblable est que les principales figures politiques du M5 vont bouder le futur gouvernement et tirer à boulets rouges sur ses actions afin de fragiliser et de décrédibiliser tous ses membres et ses soutiens quand ils iront à la conquête des voix, aux scrutins législatif et présidentiel à venir. Dans cette entreprise de diabolisation et de destruction politique, ils pourraient avoir comme alliée de circonstance l'Union nationale des travailleurs du Mali qui a déjà annoncé la couleur avec cette grève de quatre jours reconductible.

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