Madagascar: Incapacité physique - Les appareillages sont hors de prix

Combien de personnes qui souffrent d'incapacité physique passent au centre d'appareillage ?

Le réseau malgache du Handicap dénonce la cherté de la taxe douanière sur le matériel et les équipements destinés aux personnes qui vivent avec une incapacité physique.

En fauteuil roulant. C'est ainsi que se déplace Solonirina Razanadrasoa dans l'atelier de couture où elle travaille à Behoririka. Elle circule d'une pièce à l'autre, entre les machines, sans la moindre difficulté. Vivant avec des séquelles de la poliomyélite, depuis plusieurs années, elle a perdu l'usage normal de ses jambes et ne ne peut se déplacer sans des appareillages. Lorsqu'elle quittera cet atelier, elle laissera ce moyen de déplacement.

Cet appareil, en effet, n'est pas adapté aux infrastructures routières et aux moyens de transport existants. Sans voiture particulière, la ramener chez elle, chaque jour après le travail, sera un vrai parcours de combattant. Chez elle, elle doit se contenter de ses chaussures orthopédiques qui pèsent lourd et qui ne procurent aucun confort. Un fauteuil roulant, elle n'a pas le moyen d'en acheter. Ce qu'elle utilise dans son lieu de travail est une donation. Un chariot coûte au minimum 1 000 000 d'ariary.

La taxe douanière de l'ordre de 30% sur les équipements et le matériel des personnes avec une incapacité physique, est l'origine des prix exorbitants des appareillages spécialisés. Et 1 000 000 d'ariary, est tout simplement au dessus des moyens de Solonirina Razanadrasoa, car ils viennent s'ajouter au prix réel de l'équipement.

Cela explique que la grande majorité des personnes qui vivent avec une incapacité physique, ne peut pas se permettre d'acheter un appareillage. David Rakotoarison qui vit, lui aussi, avec des séquelles de la poliomyélite, répare ses béquilles de temps en temps. Il n'a pas le moyen d'en acheter des neuves, chaque fois que ses béquilles se cassent. Une béquille coûte autour de 30 000 ariary. Tous les équipements des personnes avec une incapacité physique sont chers. Le prix d'une orthèse varie entre 60 000 et 824 000 ariary. Les prothèses des membres supérieurs coûtent entre 119 000 et 529 000 ariary et celles des membres inférieurs, de 120 000 à 630 000 ariary. Les déambulateurs valent 200 000 ariary.

Les personnes en situation de handicap, pour la plupart exclues du marché de travail, peinent à trouver un gagne-pain quotidien. Acheter un appareillage est un luxe pour eux. La plupart en disposent, grâce à des donations. Celles qui n'en jouissent pas, se déplacent en rampant ou restent cloîtrées chez elles. Les appareillages ne sont pas des caprices. Une personne avec une incapacité physique en dépend pour être active et indépendante dans la société. « L'État peut bien supprimer cette taxe douanière sur les équipements et matériel utilisés par les personnes en situation de handicap. L'idéal serait qu'il participe, en partie ou entièrement, au prix des appareillages. Les donations ne sont pas des solutions. Il faudra une politique nationale bien définie. La solidarité nationale est souhaitée », lance le réseau malgache du handicap.

Cent trente techniciens orthopédiques à Madagascar

Tous les équipements et matériel dont les personnes en situation de handicap ont besoin pour se déplacer, à l'exception des cannes blanches et des prothèses chirurgicales, peuvent être fabriqués à Madagascar. Le pays dispose de techniciens en appareillage orthopédique. Cent trente sont recensés et se répartissent dans huit régions où il y a des services d'appareillage, à savoir, Antananarivo, Mahajanga, Antsiranana, Tolagnaro, Antsirabe, Toamasina, Fianarantsoa, Toliara. « Ces cent trente techniciens sont suffisants pour les huit régions, mais ne couvrent pas les besoins des vingt-deux régions. Les personnes avec une incapacité physique dans les régions Melaky, Bongolava, Sava, Sofia, Analanjirofo, entre autres, doivent se déplacer jusqu'au chef-lieu de province pour fabriquer un équipement », explique Norbert Timon Randrianasolo, président de l'association des Techniciens orthopédiques de Madagascar.

Malgré la disponibilité de ces équipements et matériel des personnes en limitations d'activités, les appareillages fabriqués à Madagascar ne les satisfont pas. « Ils coûtent cher et ne procurent pas assez de confort. Ils sont lourds », selon des bénéficiaires. Le président de l'association des Techniciens orthopédiques estime que les appareillages fabriqués à Madagascar sont les moins chers au monde. Il indique aussi que c'est en fonction des matières premières importées par l'État, que les appareillages sont fabriqués.

Norbert Timon Randrianasolo demande l'amélioration des services d'appareillage existant, l'ouverture de services d'appareillage au niveau de toutes les régions, ainsi que l'équipement régulier de tous les services.

Question à Lovarinoro Manehosoa RAZANAKOLONA - « Beaucoup d'enfants sont exposés à l'anoxie néonatale »

Le Dr Lovarinoro Manehosoa Razanakolona, responsable de projet Association de Médecine physique et de réadaptation de Madagascar (AMPR) auprès du Centre hospitalier universitaire d'appareillage de Madagascar (CHU AM) apporte quelques précisions sur l'incapacité physique et ses causes.

* Qu'est-ce que l'incapacité physique ?

On parle d'une incapacité physique quand la capacité ou l'aptitude physique d'une personne est réduite ou limitée dans l'accomplissement et la réalisation d'une activité. La personne a des difficultés à bouger ou à se déplacer dans les conditions qui sont considérées comme étant normales ; ce qui impacte sa participation à la vie sociale. Actuellement, on parle plutôt de limitations d'activités pour avoir une vision positive de la personne qui est rarement complètement « incapable ».

* Quelles en sont les causes ?

Parlons des causes fréquentes. Dans près de 16,7% des cas, cela reste lier à des causes congénitales, 4,1% sont néonatales, 65,6% sont liées à des maladies et près de 13,6% résultent d'un accident ou d'un traumatisme. (Enquête MINSAN/OMS, 2003).

À Madagascar, beaucoup d'enfants sont grandement exposés à ce qu'on appelle l'anoxie néonatale, car la majorité des femmes, notamment dans les milieux enclavés, n'accouchent pas dans des structures de santé adaptées. Cette anoxie néonatale est souvent à l'origine des cas de paralysies cérébrales. Elle représente près de 50% des cas de déficiences motrices que nous avons pris en charge dans le cadre de notre projet « le projet MAHERY ».

Parmi les maladies chroniques, les maladies cardio-vasculaires (notamment l'hypertension artérielle, dont la prévalence est estimée à 35, 8% selon l'enquête STEPS réalisée à Madagascar en 2005) augmentent les risques d'accidents vasculaires cérébraux, qui touchent de plus en plus l'adulte jeune à Madagascar.

* En quoi les appareillages servent-ils aux personnes en situation de handicap physique ?

Tout d'abord, les personnes qui présentent des incapacités motrices/physiques doivent avoir accès à la réadaptation fonctionnelle. L'objectif est d'optimiser l'activité fonctionnelle afin de réduire le handicap et maintenir un degré d'autonomie et d'indépendance aussi élevé que possible chez cette personne. Ainsi, elle peut participer et jouer un rôle dans sa vie scolaire, socioprofessionnelle et la vie socio-économique de son pays.

L'appareillage fait partie de la réadaptation fonctionnelle et en constitue même un pilier très important. L'appareillage ou l'aide technique permet à une personne qui présente des incapacités motrices/ physiques d'être autonome autant que possible.

* L'appareillage ou l'aide technique permet-il à une personne présentant des incapacités motrices/physiques d'être autonome autant que possible ?

Il n'est pas obligatoire, que toutes les personnes en situation de handicap aient besoin d'un appareillage. Les fonctionnalités motrices sont d'abord évaluées par les médecins de Médecine physique et réadaptation. Ces derniers ne prescrivent un appareillage que si besoin est. Et les appareillages ou aides techniques peuvent être nécessaires de façon temporaire ou définitive.

* Quel est le pourcentage des personnes en situation de handicap qui jouissent d'un appareillage à Madagascar ?

Selon les normes internationales de calcul, le nombre de personnes dont l'état nécessite un appareillage orthopédique, est estimé à 0,5% de la population. Jusqu'ici, seules environ 15% ont eu accès à ce service au CHU AM (par rapport au nombre de la population d'Analamanga en 2019 par RGPH-3).

Plus de: L'Express de Madagascar

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.

X