Afrique: La communauté internationale s'accorde de plus en plus sur la nécessité de systèmes agroalimentaires durables

communiqué de presse

Rome — À la dernière session de la Commission de la population et du développement des Nations Unies, la FAO a appelé à des actions favorisant des modes de consommation et de production durables

Signe que la sécurité alimentaire et la nutrition sont de plus en plus considérées comme des vecteurs essentiels du développement durable, la Commission de la population et du développement des Nations Unies a adopté une résolution susceptible d'enrichir et d'intensifier les débats lors du prochain Sommet sur les systèmes alimentaires

Cette résolution, ainsi que le rapport du Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies à la Commission, traitent d'enjeux très variés: la nécessité de rendre l'alimentation saine abordable pour tous, l'importance qu'il y a de permettre à chacun de gagner sa vie alors même que des transformations à forte intensité de capital dans certains secteurs risquent de rendre certains emplois moins nécessaires, le blocage des flux financiers transfrontières illicites ou encore la nécessité d'une gouvernance et d'une appropriation des mégadonnées afin que les avantages qu'elles offrent soient accessibles à tous, y compris aux petits exploitants et aux populations marginalisées.

Cette variété montre combien il sera difficile de passer à des systèmes agroalimentaires durables. «Les systèmes agroalimentaires sont au cœur du développement durable», a déclaré Qu Dongyu, Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), aux délégués à la Commission dans un message vidéo. Alors que la population mondiale devrait atteindre 10 milliards de personnes en 2050, «les systèmes alimentaires surexploitent déjà certaines ressources clés produites par la planète», a-t-il dit, appelant l'attention sur d'autres problèmes, dont les habitudes alimentaires déséquilibrés qui entraînent des maladies chroniques et infectieuses et l'ampleur des inégalités qui rendent difficile l'accès à une alimentation saine et abordable.

M. Qu a appelé la communauté internationale à «se concentrer sur des actions favorisant des modes de consommation et de production durables afin d'alléger la pression sur les écosystèmes, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d'atténuer le changement climatique», et aussi à «appliquer des politiques qui créent des perspectives d'activités rémunératrices, renforcent les capacités humaines et fournissent des compléments de revenus lorsque cela est nécessaire».

Les experts techniques de la FAO ont fourni une grande partie des contributions à la résolution et au rapport que le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a adressé à la Commission, intitulé «Population, sécurité alimentaire, nutrition et développement durable». La résolution - qui met l'accent sur le fait que la promotion de systèmes alimentaires et d'une production agricole durables, y compris les pratiques agroécologiques et d'autres approches innovantes, est essentielle pour l'élimination de la pauvreté sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions - est le premier document sur lequel la Commission s'est accordée depuis cinq ans, ce qui témoigne d'une convergence croissante entre les membres.

Quelques éléments à retenir du rapport du Secrétaire général

Selon les projections, il y aura en 2050 1,5 milliard de personnes âgées de 65 ans ou plus dans le monde, soit plus du double que le chiffre de 2020, ce qui aura une incidence sur la demande de différents types d'aliments et sur les besoins énergétiques alimentaires minimaux.

Seuls 19 pour cent des enfants âgés de 6 à 23 mois dans le monde ont un régime alimentaire qui satisfait aux critères minimaux acceptables et la moitié seulement prennent le nombre minimum de repas recommandé.

Depuis 2012, la prévalence mondiale de la dénutrition suit une trajectoire proche de celle que la FAO, dans son rapport intitulé «The future of food and agriculture - Alternative pathways to 2050», qualifiait non pas de situation habituelle - qui n'est déjà pas durable - mais bien de trajectoire la pire possible, associée au scénario des sociétés stratifiées, où les inégalités exacerbées, la surutilisation des ressources naturelles et le changement climatique rendent les systèmes agroalimentaires encore moins durables.

Dans de nombreux pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, le secteur manufacturier ne joue pas le rôle qu'on lui connaît habituellement qui est d'absorber la main-d'œuvre libérée par le développement agricole et de générer des gains de productivité. En outre, le secteur manufacturier et le secteur agroalimentaire connaissent eux-mêmes une intensification du capital - du fait de la robotique, de la numérisation et de l'intelligence artificielle - qui réduit le besoin de travailleurs. De plus, dans de nombreux pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, la taille moyenne des exploitations agricoles diminue. Tout cela remet en question les idées reçues sur les schémas plus larges de transformation de l'économie et de développement.

Le monde n'est pas en voie d'éliminer la faim d'ici à 2030, et le système alimentaire mondial actuel n'est pas durable sur le plan environnemental.

Une transformation durable des systèmes alimentaires et agricoles est nécessaire à tous les niveaux et dans tous les pays.

Rendre l'alimentation saine abordable et accessible à tous Le Directeur général de la FAO a souligné qu'il fallait s'attaquer aux compromis et les réduire autant que possible afin d'augmenter la production agricole tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, la pression sur les ressources naturelles et les pertes d'emplois.

Il est admis dans le rapport du Secrétaire général que les politiques visant à rendre le système alimentaire plus durable peuvent entraîner une hausse des prix des aliments si tous les coûts de production et de consommation, y compris la dégradation des ressources et les émissions de gaz à effet de serre, sont pris en compte. Les augmentations de prix traduisant ces externalités peuvent conduire à une utilisation plus prudente des ressources disponibles - et réduire le gaspillage alimentaire - mais elles peuvent aussi poser un problème d'accès économique à la nourriture pour les populations les plus pauvres.

«Les systèmes alimentaires ne peuvent pas être durables d'eux-mêmes», a déclaré Lorenzo Giovanni Bellù, économiste principal et coordonnateur pour la FAO du réseau de prospective stratégique des Nations Unies, lors de la réunion du groupe technique pour la présentation du rapport du Secrétaire général à la Commission.

Il a souligné que l'accès économique de chacun à une alimentation suffisante, sûre et nutritive, qui est une dimension essentielle de la durabilité des systèmes agroalimentaires, doit être assuré par tous les secteurs économiques, et pas seulement par l'agriculture. Les membres ont convenu que les gouvernements devraient prendre des mesures ciblées à l'échelle de l'économie pour améliorer les perspectives d'activités rémunératrices pour les pauvres.

Pour bien faire passer ce message, Máximo Torero, Économiste en chef de la FAO, a clairement affirmé lors de la réunion du groupe de haut niveau consacrée à la Commission qu'il était impossible de vaincre la faim et la pauvreté sans réduire fortement les inégalités à tous les niveaux.

Dans son rapport, le Secrétaire général fait également observer que la lutte contre toutes les formes de malnutrition nécessitera des actions multiformes: les secteurs de la santé, de l'éducation, de l'agriculture, de la protection sociale, de la planification et de la politique économique ont tous un rôle à jouer, tout comme les responsables politiques, afin de favoriser toutes les mesures individuelles, familiales, communautaires, nationales et mondiales nécessaires.

«La FAO aide les pays à élaborer, réviser et mettre en œuvre les recommandations nutritionnelles comme cela est recommandé dans le rapport du Secrétaire général», a expliqué Ramani Wijesinha Bettoni, spécialiste de la nutrition à la FAO et membre de l'équipe qui a formulé des avis aux fins de l'établissement du rapport. «Notre objectif est de faire en sorte que les recommandations nutritionnelles soient élaborées sous l'angle des systèmes alimentaires, donnant aux pays la possibilité de prendre en compte toutes les dimensions de la durabilité ou certaines d'entre elles: la dimension socioculturelle, environnementale, économique et sanitaire.»

La Commission a également prié instamment les États et la communauté internationale de soutenir les investissements dans les systèmes semenciers pour les fruits et légumes, et pas seulement pour les cultures de base - comme les produits de base mesurés par l'indice FAO des prix des produits alimentaires - et d'exploiter davantage la diversité végétale, en augmentant la production d'aliments d'origine végétale sous-utilisés.

Le Président de la Commission de la population et du développement, l'Ambassadeur Yemdaogo Eric Tiare (Burkina Faso) a félicité la FAO pour le soutien technique qu'elle a apporté à la cinquante-quatrième session de la Commission, soulignant qu'elle avait contribué au succès de cette session.

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