Sénégal: Covid-19 - La levée des brevets sur les vaccins est "salutaire, mais insuffisante" (spécialiste)

Dakar — La levée des brevets sur les vaccins contre la Covid-19 est "salutaire" au vu de l'urgence du contexte, mais "insuffisante" pour rendre le vaccin plus accessible dans le court terme, a estimé, Dr Abdoulaye Kébé Dia, chercheur, spécialiste en épidémiologie et Santé publique, basé aux Etats-Unis

"L'annonce du président américain Joe Biden sur la levée temporaire des brevets sur les vaccins anti-Covid est salutaire parce qu'il y a une urgence mondiale (...), mais, je ne pense pas que cette mesure soit suffisante pour rendre le vaccin plus accessible dans le court terme", a soutenu le chercheur, titulaire d'un PHD, en Sciences de la Santé de Trident University aux Etats Unis.

Dans un entretien avec l'APS, Dr Dia estime que la levée des brevets "sera inéluctablement un long processus qui soulèvera des obstacles d'ordre juridiques, commerciaux et techniques". Selon lui, les firmes pharmaceutiques et les autres pays producteurs de vaccin devront être associés au processus, en vue d'éviter d'éventuels conflits de lois.

"Sur la question, la fédération internationale de l'industrie pharmaceutique (IFPMA) a déjà exprimé son opposition. Alors, il faut s'attendre à ce qu'elle ait recours aux tribunaux compétents en vue de garder la propriété intellectuelle de ses produits", a avancé le chercheur.

Selon lui, l'Union européenne est ouverte à la négociation, et en ce sens, la France est favorable alors que l'Allemagne est contre.

"Le débat s'annonce houleux", a dit le chercheur, soulignant qu'il faudra "trouver un consensus avec à l'Organisation mondiale du commerce (OMC)".

Dr Dia pense même que "le principal obstacle est d'ordre technique".

"En réalité, la levée du brevet n'est pas suffisante, parce que la connaissance des ingrédients qui composent les vaccins ne permet pas à elle seule de produire les vaccins", a expliqué Abdoulaye Kébé Dia.

Il pense qu'il faut connaître les différentes étapes de fabrication des vaccins, se procurer les différents ingrédients (des centaines de composants) et surtout avoir les moyens industriels de production à disposition.

Selon lui, "en vérité, la pénurie des vaccins ne vient pas des brevets, mais des capacités de productions auxquelles sont confrontés un bon nombre d'Etats".

"C'est pourquoi, je pense que la production sous licence serait plus efficace, en renforçant la collaboration internationale pour le transfert de technologie avec la mise en place de nouveaux sites de productions dans les pays en développement", a avancé le spécialiste en épidémiologie et Santé publique.

"Encore mieux, il faut que la production sous licence commence avec les pays développés comme la France ou l'Allemagne qui ont des capacités industrielles de production. Ce qui va permettre de renforcer la stratégie Covax. En d'autres termes, le monde a plus besoin de doses de vaccins que de brevets à l'heure actuelle", a ajouté le scientifique.

Le spécialiste en épidémiologie et Santé publique. a, par ailleurs, estimé que les pays africains doivent prendre leur destin en main en matière de santé publique dans ce contexte de lutte contre la pandémie et d'autres fléaux.

"D'après l'OMS, moins de 2% des vaccins anti-COVID sont administrés en Afrique. Il ne faut en vouloir aux pays développés qui veulent d'abord vacciner leurs populations avant des penser aux autres", dit-il.

Selon lui, "l'Afrique peut bien avoir une politique efficace continentale et sous régionale de recherche et de production de vaccins et autres médicaments. C'est à la limite une question de souveraineté. Même Cuba, un pays sous embargo (américain depuis plusieurs décennies), produit ses vaccins anti-Covid".

Dr Dia a aussi rappelé que l'Union africaine a annoncé le 13 avril dernier, un partenariat pour la fabrication de vaccins africains (PAVM) dans 5 pôles de recherche et de fabrications de vaccins sur le continent.

Selon lui, l'objectif de ce programme est de produire 60% de vaccins dans les 20 prochaines années contre actuellement 1%.

"J'espère que ce projet très ambitieux sera concrétisé parce qu'on n'en a pas fini avec les maladies infectieuses et il faut s'attendre à d'autres épidémies ou pandémies de type Covid dans le future", a dit Abdoulaye Kébé Dia.

Plus de: APS

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