Afrique: «Le 20ème anniversaire du Fonds mondial est l'occasion de nous rappeler que nous avons fait du très bon travail, mais que nous n'avons pas encore terminé », déclare Peter Sands, le Directeur exécutif du Fonds mondial

analyse

En pleine pandémie de COVID-19, la 45ème réunion du Conseil, qui s'est tenue à distance, a donné l'occasion de revenir sur les six derniers mois et de définir les prochaines étapes jusqu'en novembre 2021.

Le Directeur exécutif, Peter Sands, a résumé les avancées obtenues et les défis relevés par l'organisation, tout en mettant en évidence les six priorités principales du Secrétariat du Fonds mondial pour 2021, à savoir : atténuer l'impact de la COVID-19, lancer le nouveau cycle de subventions, stimuler l'efficience et l'efficacité, investir dans les personnes, finaliser la prochaine stratégie, et se préparer pour la septième reconstitution des ressources. Un e session séparée a eu lieu au sujet de la continuité des activités pendant la pandémie de COVID-19 et une autre session a été consacrée à la nouvelle stratégie. Quatre des priorités de 2021 ont donc été abordées.

Lancement du nouveau cycle de subventions

Peter Sands a salué des avancées plus rapides que jamais pour le lancement du nouveau cycle (2020-2022) de subventions, en dépit des contraintes liées à la COVID-19. À la fin du mois d'avril 2021, le Comité d'examen technique (TRP) avait approuvé $11,7 milliards de dollars en demandes de financement - l'équivalent d'un total de $12,7 milliards de dollars en allocations pays, sachant que $1 milliard de dollars doit encore être approuvé en 2021. $10,9 milliards de dollars ont déjà été passés en revue et recommandés par le Comité d'approbation des subventions (GAC) et $10,1 milliards ont été approuvés par le Conseil, bien plus que les subventions et le montant des allocations à la même période lors du cycle précédent. En dépit du travail à distance, la qualité du travail n'a pas été sacrifiée ; le TRP considère que 89 % des propositions évaluées sont bonnes ou très bonnes et a mis en avant l'importance accrue accordée aux droits humains et à la question du genre, ou encore à la prévention du VIH.

Le Directeur exécutif a reconnu que l'approbation des subventions est certes une chose, mais que leur lancement en est une autre. Là encore, le Directeur exécutif a salué les progrès accomplis, puisque les subventions démarrent en dépit des circonstances : $1,1 milliard de dollars ont déjà été décaissés à la fin du mois d'avril 2021, par rapport à $0,6 milliard en avril 2018. Cette année, des produits de santé pour le VIH, la tuberculose et le paludisme ont déjà été commandés sur la plateforme d'achats groupés Wambo pour un montant de $1,1 milliard de dollars (ce qui représente une augmentation de 30% par rapport à la même période l'année dernière).

Peter Sands a également souligné la remarquable amélioration concernant les interventions liées aux communautés, aux droits et à la question du genre et a donné plusieurs exemples pour illustrer cette évolution positive : dans les subventions signées à la fin de 2020, le budget pour les investissements en faveur du renforcement des systèmes communautaires avait augmenté d'environ 145% dans les subventions pour des systèmes résistants et pérennes pour la santé (SRPS), tandis que dans les subventions pour le VIH, les investissements en faveur des droits humains ont augmenté de 66%. L'augmentation des investissements, y compris des programmes robustes pour les adolescentes et les jeunes femmes (AJF) est également remarquable (25%), et s'appuie sur le succès du partenariat "Her Voice" et de son équivalent francophone, Voix EssentiELLES, lancé en mars 2021 avec le soutien de la Fondation CHANEL. Au niveau du Secrétariat, les ressources humaines dédiées aux AJF ont doublé pour appuyer cet engagement.

En réponse à l'appel pour un engagement plus fort du Fonds mondial pour plaider en faveur des personnes les plus vulnérables, Peter Sands a souligné sa participation à la récente Commission de l'ONUDC, qui s'est tenue à Vienne au mois de mars. Pour la toute première fois, un Directeur exécutif du Fonds mondial participait à cette importante réunion sur les drogues et la justice pénale. Le Directeur exécutif a saisi cette occasion pour souligner l'urgence de décriminaliser la consommation et la possession de drogues et de fournir un traitement, en particulier dans le contexte de la COVID-19.

Peter Sands a fait référence aux conclusions de la session consacrée à l'objectif spécifique 3 de la stratégie actuelle du Fonds mondial, lié aux communautés, aux droits et au genre, et a reconnu qu'il fallait en faire plus pour fournir des services aux personnes les plus difficiles à atteindre qui en ont besoin.

Stimuler l'efficience et l'efficacité

Peter Sands a analysé les progrès et les défis liés à l'amélioration de l'efficience et de l'efficacité. À ses yeux, la COVID-19 a été à la fois un catalyseur et un défi : le Secrétariat a amélioré son efficacité en voyageant moins, mais il est devenu très difficile de mener certaines tâches à distance. La continuité des activités dans le contexte de la COVID-19 a été pour l'organisation un véritable test de sa capacité à collaborer et à coordonner des interventions pour répondre à la pandémie, tout en continuant ses activités habituelles. Cela nous a « fortement incités à rationaliser et à affiner nos processus et nos priorités ». Peter Sands a admis que le Comité de direction a été en permanence mis au défi (par le personnel du Secrétariat) de trouver les moyens de simplifier et de rationaliser les processus, dans le but d'alléger la charge de travail du personnel et d'améliorer son bien-être.

Malgré la crise, le modèle de l'organisation a continué à se transformer, avec la création du département du Financement de la santé et la fusion et la refonte du département des Relations extérieures et de la communication, et la réorganisation du département des Finances. Le rythme des investissements dans la technologie s'est même accéléré.

Sur la question de l'efficacité, Peter Sands a insisté sur le travail de renforcement du suivi de la mise en œuvre des subventions, y compris la révision de l'approche de notation des subventions. L'objectif du Secrétariat est d'être transparent et d'aider à répondre à la question si fréquente du lien qui existe entre la performance programmatique et la performance financière, et de la distinction entre la performance au niveau du pays et celle au niveau des subventions du Fonds mondial. Par conséquent, le Fonds mondial est passé d'une seule note à une note en trois parties, qui distingue la performance programmatique, la performance financière et la performance du Bénéficiaire Principal. Ce modèle sera testé en 2021 dans une quinzaine de pays environ, et sera mis en œuvre plus largement en 2022.

Enfin, Peter Sands s'est félicité de la performance remarquable du Secrétariat dans ses efforts pour atteindre à la fois plus d'efficience et d'efficacité. Il a indiqué que la qualité du contrôle et du reporting est bonne, par rapport à une augmentation de moins de 5% des coûts opérationnels au cours des dix dernières années. La session du Conseil dédiée aux risques abordera ce sujet, ainsi que la session sur les coûts opérationnels.

Investir dans les personnes

Le bien-être du personnel et sa charge de travail sont des questions qui sont prises au sérieux par le Secrétariat, en particulier à la lumière de la COVID-19. Le dernier sondage, qui date de février cette année, montre une amélioration marginale par rapport au trimestre dernier: 47% des personnes consultées conviennent que les effectifs sont suffisants dans leur équipe pour gérer la charge de travail, contre 45% le trimestre dernier. Peter Sands a reconnu que ce chiffre est encore trop faible et a mentionné le recrutement de personnel supplémentaire sur les coûts opérationnels et sur les fonds C19RM. Le Fonds mondial a avancé à grand pas dans le recrutement du personnel du C19RM : Peter Sands a approuvé 97 postes à durée déterminée et un tiers des postes est déjà pourvu, six semaines après le début du processus.

Le Directeur exécutif a mentionné une autre priorité pour le Secrétariat: la diversité, l'équité, l'inclusion (DEI): grâce au recrutement de Hui C.Yang en tant que nouvelle Directrice du département des Achats, le Comité exécutif de direction est désormais plus divers que jamais en matière de genre, de race et de nationalité. En 2020, le nombre de femmes cadres au Secrétariat est passé de 3% à 42%. Et le Fonds mondial vient d'être très bien classé dans le rapport sur le genre 50/50. Sous la houlette du groupe de travail DEI, le Secrétariat célèbre chaque mois différents aspects de la diversité: tables rondes, activités religieuses, de communication et autres, avec la PRIDE qui arrive en juin.

Peter Sands a indiqué qu'il venait tout juste de recevoir les résultats de l'évaluation indépendante menée par PriceWaterhouseCoopers (PWC) sur le degré de maturité de l'organisation concernant les questions de diversité, d'équité et d'inclusion, sur la base d'un examen des politiques, de l'analyse de trois années de données, de multiples groupes de discussion, d'entretiens individuels et d'un exercice de benchmarking avec 12 organisations externes. Le groupe de travail DEI travaille toujours sur les résultats et prévoit de les publier en même temps qu'une feuille de route pour la mise en œuvre des recommandations.

Se préparer pour la septième reconstitution des ressources

En collaboration avec ses partenaires, le Secrétariat finalise actuellement la Stratégie, à laquelle une session extraordinaire a été dédiée. Cela a des grandes répercussions sur la préparation de la 7ème reconstitution des ressources. Selon Peter Sands, un travail considérable a déjà été abattu pour poser les jalons de la prochaine reconstitution.

Tout d'abord, le Secrétariat a lancé le processus d'élaboration de la Stratégie avec les partenaires sur la base du dossier d'investissement. Le Directeur exécutif a reconnu que l'on a perdu du terrain dans la lutte contre les trois maladies à cause de la COVID-19, en 2020, et qu'il est possible que cela soit à nouveau le cas en 2021. Les objectifs pour mettre fin aux épidémies restent ceux de 2030, mais la trajectoire à réaliser pour les atteindre devra être encore plus nette en termes de réduction du nombre d'infections et de décès, et cela coûtera probablement beaucoup plus cher et nécessitera beaucoup plus d'innovation. Peter Sands a ouvertement souligné les doutes concernant les ressources supplémentaires nécessaires pour soutenir les objectifs de l'organisation. En ce qui concerne les bailleurs de financement, il y voit plus de risques que d'opportunités, car rien ne prouve que les bailleurs seront prêts à dépenser plus de ressources pour le VIH, la tuberculose et le paludisme. En ce sens, il semble déjà difficile de maintenir le niveau actuel de contribution. Il a remercié tous les bailleurs pour leurs efforts soutenus pour transformer leurs promesses de don en soutien financier effectif. Il a également mis le Conseil en garde sur le fait que, du côté de la mise en œuvre, la situation est particulièrement frappante : l'on a déjà observé une pression importante pour financer la lutte contre la COVID-19 grâce aux financements pour le VIH, la tuberculose et le paludisme, et l'on voit bien l'énorme fardeau qui pèse sur la capacité globale des gouvernements à mettre en place une riposte. Cela signifie qu'il n'y aura pas d'augmentation importante des dépenses domestiques comme ce fut le cas par le passé, ce qui a grandement contribué aux avancées obtenues. En conséquence, il y aura un écart financier important, ce qui doit être abordé dans la Stratégie à venir et nécessitera le soutien du département sur le Financement de la Santé, qui travaille actuellement sur les financements innovants et la mobilisation des ressources nationales.

Ensuite, le logo et la marque du Fonds mondial ont été modifiés ; en effet, lors de la 6ème reconstitution des ressources, il est devenu évident que ceux-ci étaient devenus obsolètes, peu marquants visuellement, et témoignaient d'un manque de flexibilité. À cette occasion, le Secrétariat a créé la campagne « Accélérons le mouvement » avec une palette de couleurs tout à fait différente. Pour la 7ème reconstitution des ressources, le Secrétariat a décidé de travailler sur l'identité visuelle, en conservant les couleurs existantes (le rouge, le bleu et le jaune) et le logo en trois parties, mais en le rendant plus moderne, plus puissant et plus flexible.

Enfin, Peter Sands a annoncé que, au cours de l'été, il travaillera avec l'Italie et le Royaume-Uni, les pays qui accueillent les réunions du G20 et du G7, pour attirer leur attention sur le 20ème anniversaire du Fonds mondial : un moment privilégié pour rappeler au monde que nous sommes déjà passés par là ; qu'avant le coronavirus, le VIH/sida était la dernière véritable pandémie qui a affecté le monde. À cette époque, la communauté mondiale était bien trop lente à réagir mais elle s'est finalement engagée dans la lutte: nous avons obtenu de grandes avancées, cependant, a ajouté Peter Sands, « nous n'avons pas encore terminé le travail ». Beaucoup trop de gens sont infectés et meurent à cause du VIH, ainsi que des pandémies plus anciennes encore de la tuberculose et du paludisme. Ce 20ème anniversaire est l'occasion de rappeler au monde et à nous-mêmes que le Fonds mondial a été créé pour lutter contre les pandémies, pour soutenir « les personnes menacées, pauvres et vulnérables ». Il a ajouté: « En répondant à la COVID-19 et à la menace de pandémies futures, nous ne combattons pas seulement cet agent pathogène spécifique, nous honorons notre engagement à protéger toutes les personnes des maladies infectieuses les plus mortelles, y compris les trois pandémies, la COVID-19 et ce qui nous attend à l'avenir ».

Discussions

Tous les membres du Conseil ont reconnu le travail acharné et impressionnant qu'a accompli le Secrétariat dans ces moments difficiles, et ont félicité Peter Sands pour son leadership à un moment critique.

Plusieurs membres ont insisté sur l'importance du travail lié au communautés, aux droits et à la question du genre, tout en saluant la décision du Fonds mondial de plaider en faveur de la dépénalisation de la consommation de drogues et de l'augmentation des ressources consacrées à la réduction des risques comme outil de prévention du VIH. Tout en appréciant l'échange enrichissant autour des questions des communautés, des droits et du genre, les membres du Conseil ont souligné ce qu'il fallait faire et la façon dont il était encore possible d'améliorer ces thématiques. Certaines circonscriptions réclament l'instauration d'une session autonome sur les questions CRG pour toutes les futures réunions du Conseil du Fonds mondial.

Les membres du Conseil ont également salué la puissante influence du Secrétariat sur les pays où l'environnement juridique est hostile et où le financement national est encore trop faible. Ils ont exhorté le Fonds mondial à être plus proactif à l'occasion des réunions régionales où les droits humains et les cadres juridiques sont en jeu. Les circonscriptions ont rappelé que ce n'est pas la COVID-19 qui éloigne le Fonds mondial de ses objectifs : l'obstacle le plus important et la cause fondamentale restent la marginalisation des populations ciblées. Les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes, les personnes usagères de drogues injectables, les travailleur·euses du sexe, les personnes transgenres, les personnes sans-abri, les prisonnier·ères et ancien·nes prisonnier·ères sont exclu·es des services et ne reçoivent pas les ressources dont il·elles ont besoin pour vivre. Si la COVID-19 a rendu tout cela plus évident encore, il est cependant nécessaire d'investir davantage dans les populations clés pour avoir un impact. Les circonscriptions ont reconnu qu'il peut être plus difficile et plus coûteux d'atteindre les personnes les plus éloignées et les plus mal desservies, mais il n'en demeure pas moins que c'est le mandat principal du Fonds mondial. Et pour ce faire, l'Initiative CRG doit être mieux mise en valeur au niveau du Secrétariat, et doit également être plus visible dans l'ordre du jour des réunions du Conseil d'administration et lors des réunions du Comité exécutif de direction.

Enfin, la mobilisation des ressources a également été ardemment discutée : les circonscriptions ont félicité l'équipe pour les efforts fructueux de conversion des promesses de dons faites à l'occasion de la 6ème reconstitution des ressources. Elles ont offert leur soutien dans la mobilisation des partenaires et ont demandé un suivi étroit de la part du Secrétariat. Elles ont néanmoins exprimé leur inquiétude quant à « l'agenda inachevé » qui pourrait se produire si un effort important pour accélérer la lutte et améliorer l'impact n'est pas mis en place et largement financé. Il faudra trouver des stratégies pour réaliser des gains d'efficacité et pour optimiser l'utilisation des ressources afin d'appuyer l'argumentaire d'investissement, puisque nous avons besoin « d'argent pour la santé, et de santé pour notre argent». Pour que le partenariat puisse atteindre ses objectifs, l'élimination des trois maladies d'ici 2030, il faudra prendre des décisions fondées sur des preuves, ainsi que des arbitrages techniques sur la répartition entre les maladies, et nous devons nous souvenir du passé: les trois pandémies font peu à peu partie du paysage parce que d'autres priorités ont émergé et exigent un financement et une attention soutenus. Il ne reste plus que neuf ans pour terminer le combat et éliminer les maladies, un laps de temps particulièrement court, compte tenu du recul provoqué par la COVID-19.

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