Mali: Nouveau gouvernement - Des militaires mettent leurs godasses dans le plat de la transition!

La junte malienne
analyse

Très attendu, le nouveau gouvernement malien, fort de 25 membres, est tombé hier, 24 mai 2021. Mais en dépit des critiques, les militaires se sont encore taillés la part du lion puisqu'ils conservent, contre toute attente, les portefeuilles clés, notamment ceux de la Défense, l'Administration territoriale, la Sécurité et la Réconciliation.

Avec une telle ossature, on ne peut que dire que ce sont les militaires et encore les militaires qui dictent leur loi aux Maliens. Et ce ne serait pas étonnant que des acteurs politiques et pas des moindres ruent encore dans les brancards. Et s'ils venaient à le faire, on ne saurait les taxer de trouble-fête car ce remplacement de deux putschistes par deux généraux à la tête des départements de la Défense et de la Sécurité, qui s'apparente à un jeu de chaise musicale, pourrait affecter la cohésion sociale au Mali.

Certes, l'entrée de nouvelles figures de la classe politique, notamment des membres du M5, dans ce gouvernement, est une bonne chose. Mais, elle pourrait ne pas suffire à calmer les ardeurs de certaines personnalités politiques et militaires. Ce d'autant qu'à ce qu'on dit, après l'annonce de la composition du nouveau gouvernement, des hommes armés se sont illico presto, rendus chez le Premier ministre pour le contraindre à se rendre chez le président. Les deux hommes ont été conduits au camp militaire de Kati.

Ce qui est un mauvais présage. Signe du mécontentement des membres de la junte qui ont renversé le pouvoir de Ibrahim Boubacar Kéita et dont l'éviction de deux membres, du gouvernement crée des grincements de dents? Toujours est-il que cette nouvelle équipe gouvernementale achève de convaincre sur la volonté des militaires de ne pas s'éloigner de la table du seigneur. Et cela n'augure rien de bon pour le Mali ce d'autant que le rôle de l'armée n'est pas de gérer le pouvoir d'Etat mais plutôt de défendre l'intégrité du territoire. Une mission que l'armée malienne peine à accomplir avec brio.

Moctar Ouane va devoir retrousser les manches de son boubou

C'est d'autant plus vrai que le Mali est devenu le sanctuaire des terroristes de tout poil. C'est dire si ce pays qui constitue le ventre mou de la lutte contre le terrorisme au Sahel, gagnerait à envoyer ses soldats plus aguerris et plus nombreux au front. Ce n'est pas leur rôle de s'étriper autour de portefeuilles ministériels. On se demande finalement à quoi aura servi la dissolution du précédent gouvernement si in fine, on doit aboutir presqu'au même résultat.

Certes, dans un pays où les attaques terroristes sont devenues quasi quotidiennes, on peut comprendre le souci du président de la Transition, Bah Ndaw, de disposer de spécialistes en matière de sécurité à ses côtés pour la prise de certaines décisions. Mais de là à attribuer tous les portefeuilles clés de la république aux hommes en treillis, dans un contexte où une partie du peuple est vent debout contre la forte présence de ces derniers dans l'appareil gouvernemental, c'est un pas qu'il fallait se garder de franchir.

Le colonel Assimi Goïta et ses frères d'armes qui viennent ainsi de confisquer le pouvoir, ne devraient pas en être fiers. Ce d'autant qu'ils avaient promis de balayer la maison et de s'en aller. Mais tout laisse croire qu'ils veulent s'y installer pour longtemps. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils perdent encore une fois de plus du crédit aux yeux des Maliens, s'ils ne donnent pas des verges pour se faire fouetter par certains acteurs de la société civile qui avaient mis leur crédibilité en doute.

En tout cas, à travers les postes clés qu'ils viennent de s'adjuger, les militaires donnent la preuve qu'ils sont plus mus par des intérêts personnels que par le souci d'œuvrer à sortir le Mali de sa situation actuelle. Toutefois, dans la mesure où certains acteurs ont boudé ce gouvernement, le Premier ministre n'avait certainement pas d'autre choix que de composer avec ceux qui sont prêts à l'accompagner.

N'empêche que les militaires auraient dû limiter leur boulimie pour les postes. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'éléphant annoncé est arrivé avec un pied cassé. Et dire que la nouvelle équipe de Moctar Ouane a du pain sur la planche est un euphémisme. Déjà qu'elle avait de la peine à résister à la pression sociale, avec ce handicap, comment va-t-elle faire face aux revendications des travailleurs en grève ?

Autant dire que Moctar Ouane va devoir retrousser les manches de son boubou pour que son équipe puisse conduire le Mali jusqu'au terme de la Transition, dans 8 mois. Des mois qui risquent d'être plus longs que les 10 premiers mois passés au regard de la tension en cours dans le pays. Cette situation, et c'est peu de le dire, pourrait compliquer davantage le respect des délais de la Transition.

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