Soudan: Ali Kushayb devant la CPI - L'accusation tente de rendre le procès inévitable

À La Haye s'est déroulé ce lundi 24 mai la première journée de l'audience de confirmation des charges du Soudanais Ali Muhammad Ali Abd-Al-Rahman, connu aussi sous le nom d'Ali Kushayb. Il est suspecté d'avoir commis des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Au cours de cette première audience, c'était surtout à l'accusation de tenter de convaincre la Cour d'aller jusqu'au procès.

Ali Kushayb, chef de guerre janjawid qui a travaillé au service du gouvernement soudanais, a été transféré à la CPI le 9 juin 2020, après s'être rendu volontairement en République centrafricaine. Abd-Al-Rahman est suspecté de 31 chefs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, qui auraient été commis entre août 2003 et au moins avril 2004 au Darfour (Soudan). il se présentait se lundi 24 mai

La défense a débuté par des observations rapides concernant la régularité des procédures préliminaires. Puis c'est l'accusation qui a pris la parole. Elle a entamé sa présentation au fond et débuté par le contexte de l'époque, la position des différentes parties du conflit et le rôle d'Ali Kushayb dans ce contexte.

« respecté et craint »

L'accusation conduite par Fatou Bensouda - qui a rappelé qu'il s'agissait sans doute de sa dernière apparition à la Cour en tant que procureur de la CPI -, s'est employée à présenter ses éléments contre Ali Kushayb, à démontrer qu'il était à l'époque un haut dirigeant des janjawids, « respecté et craint ». La démonstration a été faite du lien important entre celui-ci et les membres du gouvernement de l'époque, son rôle d'intermédiaire, de lien qu'il avait entre les autorités et les groupes janjawids sur le terrain.

Surtout, les présentations ont tenté de prouver l'implication du chef de guerre, son pouvoir de décision et sa participation à différentes attaques au Darfour qui ont fait des centaines de victimes civiles. L'accusation a présenté, par localités et par type de crimes, les faits reprochés à Ali Kushayb. De nombreux cas ont été détaillés, documents et témoignages à l'appui. Le caractère systématique et le choix des victimes guidé par le genre, l'ethnie et l'appartenance politique.

Les preuves montrent que monsieur Abd-Al-Rahman était un auteur conscient, volontaire et entreprenant de ces crimes, a affirmé la procureure Bensouda. Il a joué un rôle crucial en menant des attaques, en commettant des meurtres, et en ordonnant d'autres meurtres.

« Une petite hache dans sa main droite »

L'objectif de l'accusation : convaincre que les éléments sont suffisants pour conduire la procédure jusqu'au procès.

Dans le cas d'aujourd'hui, nous cherchons la justice pour les victimes de viol, de meurtre, de torture et d'autres crimes commis au Darfour, poursuit la procureure. Les preuves que nous soumettons, démontrent les faits, les crimes et en fin de compte la culpabilité dans ce cas.

Des témoignages ont également été mis en avant, comme ce récit d'un témoin concernant les mauvais traitements subis par ce le leader communautaire Umdah Yaya à Mukjar. Il est lu par Pubudu Sachithanandan, subtitut du procureur.

Umdah Yaya a été mis à genoux devant Kushayb. Kushayb avait une petite hache dans sa main droite. Il l'a pointée vers Yaya. Et il a dit quelque chose du genre : "voilà l'un des grands rebelles". Puis Kushayb a donné un coup de hâche sur le haut de sa tête. Il a dû remuer légèrement la hache pour la déloger de la tête de Yaya. Umdah Yaya est tombé par terre mais il n'était pas mort.

Durant tout ce temps, Abd Al Rahman cheveux grisonnants, lunettes et petite moustache a écouté avec attention. Il est resté toute la journée silencieux lors de ces longues heures de lectures glaçantes, la plupart du temps les bras croisés sur la poitrine, dodelinant parfois sur son fauteuil. Lorsque l'accusation passe à la présentation des preuves, Ali Kushayb cheveux grisonnants, lunettes et petite moustache a dénoué légèrement le nœud de sa cravate rayée, aux couleurs violettes.

Les audiences reprennent ce mardi matin, avec la fin des présentations de l'accusation, suivront les représentants des victimes.

Plus de: RFI

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