Afrique: La méfiance à l'égard des autorités compromet la vaccination des enfants

25 Mai 2021

[NAIROBI] Selon une étude, la méfiance envers les gouvernements locaux et nationaux ralentit les progrès de la vaccination des enfants en Afrique, le continent qui compte la moitié des enfants non vaccinés et sous-vaccinés dans le monde.

Selon les estimations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la vaccination prévient chaque année deux à trois millions de décès dans le monde dus à des maladies telles que le tétanos, la coqueluche, la grippe et la rougeole, mais près de 20 millions de nourrissons chaque année n'ont pas un accès adéquat aux vaccins.

L'étude, publiée le mois dernier dans BMJ Global Health, indique que les taux de vaccination des enfants dans les pays africains sont beaucoup plus faibles dans les zones où la population locale a une plus forte méfiance envers les institutions locales et nationales.

« Même si l'on compare les enfants de ménages ayant des caractéristiques socio-économiques similaires, qui vivent dans la même zone et ont un accès similaire aux établissements de santé, la méfiance à l'égard des autorités locales, du gouvernement, des tribunaux ou du système électoral est très importante lorsqu'il s'agit de la vaccination des enfants par les parents », dit Jean-François Maystadt, co-auteur de l'étude et professeur agrégé d'économie à l'université de Lancaster, dans le nord de l'Angleterre.Lorsque la méfiance à l'égard des autorités locales augmentait de dix points de pourcentage, les enfants vivant dans cette région étaient 3,4% moins susceptibles de recevoir les huit vaccins de base pour enfants, y compris la polio et la rougeole.

« Il est urgent de reconnaître l'importance de la méfiance dans les campagnes de vaccination, en particulier dans un monde post-COVID où le déploiement des vaccins est déterminant pour mettre fin à la pandémie », confie Jean-François Maystadt à SciDev.Net.

Nik Stoop, co-auteur de l'étude et chercheur postdoctoral à l'université d'Anvers, en Belgique, souligne qu'avant même la pandémie de COVID-19, l'OMS reconnaissait l'hésitation vis-à-vis de la vaccination comme l'une des dix principales menaces pour la santé mondiale.

« Cette étude est particulièrement importante pour l'Afrique... Des études de cas en Afrique, par exemple au Cameroun, en République démocratique du Congo, au Libéria, au Nigéria et au Soudan du Sud, suggèrent que la méfiance envers les autorités locales et nationales pourrait être un facteur important d'hésitation à l'égard des vaccins », dit-il.

Pour Nik Stoop, « trouver des moyens d'améliorer le recours à la vaccination peut aider les pays à atteindre les objectifs de développement durable consistant à réduire la mortalité des moins de cinq ans à au plus 25 pour 1 000 naissances vivantes d'ici 2030 ».Le manque de confiance dans les gouvernements, selon Jean-François Maystadt, peut conduire les parents à remettre en question les informations sur les vaccins qu'ils reçoivent des autorités sanitaires.

Par exemple, le boycott au Nigeria de la campagne de vaccination contre la polio au début des années 2000 reposait sur la fausse affirmation selon laquelle le vaccin antipoliomyélitique était contaminé par une substance réduisant la fertilité, dans le cadre d'un complot des puissances occidentales contre les populations musulmanes.

Les chercheurs ont analysé les informations sur le statut de vaccination de près de 167 000 enfants de 22 pays africains à l'aide d'enquêtes démographiques et sanitaires menées de 2004 à 2018.

Ils ont comparé ces données avec des informations sur le degré de confiance des habitants de leur région auprès des autorités publiques, comme indiqué dans l'enquête Afrobarometer Survey, qui mesure les attitudes du public sur les questions sociopolitiques en Afrique.

Richard Mihigo, coordinateur du programme de vaccination et de développement des vaccins à l'OMS Afrique, affirme que la vaccination des enfants est l'une des interventions de santé publique les plus rentables, ajoutant que chaque dollar américain dépensé pour la vaccination des enfants dans le monde rapporte 44 dollars américains en avantages économiques.

« Nous continuons à travailler en étroite collaboration avec les pays et les partenaires pour mieux comprendre pourquoi les gens pourraient ne pas accepter la vaccination et trouver des moyens de répondre à leurs préoccupations afin de renforcer la confiance dans les vaccins et les programmes de vaccination », dit-il.

Il ajoute que pour améliorer les taux de vaccination, les messages de santé publique et les stratégies de communication pour lutter contre l'hésitation à la vaccination devraient être adaptés grâce à un engagement communautaire conduit par des dirigeants communautaires.

« La méfiance à l'égard des vaccins peut provenir de facteurs tels que les rumeurs et la désinformation, les expériences médicales passées ou historiques avec le secteur de la santé, ou un manque de confiance dans les agences de santé publique, les gouvernements et les entreprises, entre autres », explique Richard Mihigo.

« Les gouvernements et leurs partenaires peuvent également tirer parti des médias populaires, des plates-formes de médias sociaux ou d'autres sources d'information au sein des communautés pour atteindre autant de personnes que possible avec des messages positifs, fondés sur des preuves et adaptés sur la vaccination », ajoute-t-il.

La version originale de cet article a été produite par l'édition de langue anglaise de SciDev.Net pour l'Afrique subsaharienne

Références

Nick Stoop and others Institutional mistrust and child vaccination coverage in Africa (BMJ Global Health, 30 April, 2021)

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