Tunisie: Ftdes | Mouvements sociaux, suicides et migration irrégulière - Ces chiffres qui inquiètent !

Plus de 16 500 migrants ont traversé la mer Méditerranée pour rejoindre l'Europe au cours des quatre premiers mois de 2021.

A défaut de réponses aux revendications sociales, on revient à la case départ. Et chaque fois, on voit le gouvernement souffler le chaud et le froid, sans venir à bout du problème. Cette manière d'agir ne laisse personne indifférent. Le point de la situation.

Il ne se passe pas un jour ou presque sans que la rue ne soit investie par des sit-in et des manifestations, à n'en plus finir. Plus qu'une réaction à la non-satisfaction des revendications, ces mouvements sociaux se voient prendre une nouvelle tournure. Au point que ce phénomène, né d'une révolution inachevée, continue à donner du grain à moudre et pousser la réflexion sur ses origines et les raisons de son évolution.

Pour le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (Ftdes), c'est un cas d'école qui nécessite suivi et traitement. Certes, la question semble multiforme, mais la solution n'est guère sécuritaire. Tous les indicateurs ont montré l'échec des politiques de répression et l'incapacité de l'Etat à contenir la colère populaire. Violence, suicides ou migration irrégulière en sont un corolaire pur et simple. Fidèle à sa tradition mensuelle, le Ftdes n'a cessé d'y mettre pleins feux.

Plus de 800 mouvements en un mois

Son récent rapport du mois d'avril écoulé en est ainsi témoin : « 841 mouvements de protestation, soit une augmentation record de 230 % par rapport à la même période de l'année dernière, bien que ce chiffre ait légèrement régressé en comparaison avec les statistiques de mars 2021 (1.138 protestations)». Mais, ce recul relativement constaté ne signifie nullement une accalmie. Il révèle, selon le rapport, une ébullition sociale, aggravée par une double crise sanitaire et économique à laquelle s'ajoute un déboire politique. Résultat : 400 mille emplois sont perdus et des milliers des jeunes se trouvent livrés à eux-mêmes. Ainsi, le Tunisien s'est senti pris entre deux feux : la cherté de la vie et le danger de la pandémie. Ce sentiment de frustration qu'il éprouve est un stimulateur de mouvement, voire un déclencheur d'explosion sociale prévisible.

D'ailleurs, beaucoup de régions n'ont pas été épargnées. « En ce mois d'avril, un tiers de ces protestations ont eu lieu dans les régions du Nord- Est et Ouest dont Gafsa et Tunis ont été considérées comme celles des plus protestataires, recensant respectivement 222 et 190 manifestations ».

Le reste fut réparti comme suit : 61 protestations à Tataouine et une moyenne de 35 manifestations à Béja, Sidi-Bouzid, Gabès, Kébili, Médenine et Kairouan. Alors que le Sud- Est et Ouest, juge le même rapport, a toujours été le centre de gravité de tout mouvement de contestation. Avec des revendications essentiellement d'ordre socioéconomique (74%). D'autres ont été scandées, en protestation contre la défaillance des services administratifs et l'usure des infrastructures de base.

Face au désengagement du gouvernement, ces mouvements ont pris plusieurs formes, allant du sit-in à la grève. L'escalade de violence demeure, alors, comme un dernier ultimatum donné pour obtenir gain de cause.

A défaut de réponse, on revient à la case départ. Et chaque fois, on voit le gouvernement souffler le chaud et le froid, sans venir à bout du problème. Cette manière d'agir passivement n'a laissé personne indifférent. Chômeurs, étudiants, diplômés du supérieur, ouvriers, fonctionnaires, journalistes, commerçants, agriculteurs, personnel de sécurité, médecins et bien d'autres corporations se sont ainsi mobilisés, chacun brandissant ses propres revendications. « 51% des manifestations ont concerné le secteur public, suivi de celui de l'éducation avec 9%, l'environnemental à hauteur de 6% et l'approvisionnement en eau potable avec 3%», détaille le Ftdes. Le droit à l'emploi et au développement accapare, à lui seul, 50% de l'ensemble des revendications, puis l'amélioration des conditions professionnelles et matérielles (23%) et l'accès aux services administratifs.

Le suicide, un phénomène social

Aussi légitimes soient-elles, souligne le rapport, toutes ces revendications n'ont pas trouvé leur compte. Cette insatisfaction allait envenimer la situation, sur fond de tollé général marqué par une recrudescence de la violence. Et les incidents survenus en janvier dernier dans pas mal de quartiers populaires étaient une illustration de rébellion.

Le rapport du Ftdes a fait, ici, état d'une tendance à la criminalité et à la violence sous diverses formes : « Tunis a été classé au premier rang des gouvernorats les plus violents (24%), devançant de loin Sfax et Sidi Bouzid, avec 9,5% pour chacun, et Kasserine (7%) ». Et ce n'est pas tout. Le suicide se définit aussi comme une sorte de violence dirigée contre soi-même.

En un seul mois, recense le même rapport, 14 personnes ont recouru au suicide ou à une tentative de suicide. Ces cas furent signalés notamment à Nabeul et à Sidi Bouzid, deux régions venant en tête du classement. Plus qu'un fait divers, ce comportement, si impulsif soit-il, est devenu, sous nos cieux, un phénomène social. « Plus de 70% des victimes étaient de sexe masculin, dont la tranche d'âge 36-60 ans a été la plus touchée », a-t-il encore estimé.

Vivre ou mourir !

Aussi, la migration irrégulière n'est-elle pas une tentative de suicide caractérisée, se présentant souvent comme une réaction à un état d'insatisfaction. Ce constat, comme l'a dénoncé, à maintes fois, le Ftdes, semble être le résultat de la non-solution. « Le nombre de migrants tunisiens arrivés en Italie au cours du mois d'avril 2021 a atteint 307, tandis que les autorités tunisiennes ont contrecarré 42 traversées et intercepté 409 migrants », rapporte le Ftdes. Face à ce fléau il n'y a aucune intention de dissuasion. Et encore moins une stratégie de prévention. Sauf quelques initiatives de protection menées sans être accompagnées d'actions d'encadrement ou de réintégration.

Le rapport témoigne, ici, que tous les moyens nécessaires à la recherche et au sauvetage sont quasiment absents. Pourtant, plusieurs études ont montré que nos jeunes ont une forte tendance à migrer. «Depuis le début de l'année, les autorités tunisiennes ont également empêché 3.027 migrants d'atteindre les côtes italiennes, soit une augmentation de 170% », lit-on dans le même rapport. Vivre ou mourir, rien ne les empêche de prendre le large vers l'Eldorado, aux portes de l'Europe.

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