Afrique de l'Ouest: Un café "redécouvert" pourrait améliorer le quotidien des agriculteurs

Graines de café
27 Mai 2021

Freetown — Une étude a redécouvert en Afrique de l'Ouest des variétés rares de café sauvage ayant une tolérance aux températures élevées et un goût fin, mettant potentiellement la région sur la bonne voie pour faire un retour dans l'industrie mondiale du café.

La redécouverte en Sierra Leone de "Coffea stenophylla" après des années de recherche, selon les scientifiques, pourrait changer la donne dans une industrie actuellement dominée par le café arabica qui fait face aux menaces du changement climatique.

Le café arabica est populaire en raison de son goût supérieur. Mais non seulement "C. stenophylla" a un goût équivalent, mais il peut également pousser à des températures plus élevées.

Après avoir redécouvert des plants sauvages de "C. stenophylla" dans deux parcelles forestières du centre et de l'est de la Sierra Leone à la fin de 2018, les chercheurs ont testé des échantillons en mai 2020 afin d'évaluer des qualités telles que ses fruits, ses fleurs et son goût.

Cette variété était autrefois largement cultivée en Afrique de l'Ouest jusqu'à ce qu'elle soit oubliée et remplacée par des variétés à plus fort rendement. Avant la redécouverte de 2018, elle n'avait plus été vue dans la nature depuis 1954, selon Kew Gardens, basé au Royaume-Uni.

« Les principales conclusions sont de deux ordres. Premièrement, ce café stenophylla a une très bonne qualité, équivalente à un café de spécialité arabica », déclare Jeremy Haggar, co-auteur de l'étude et professeur d'écologie au Natural Resources Institute de l'université de Greenwich au Royaume-Uni.

« Deuxièmement, le café stenophylla pousse naturellement dans un climat beaucoup plus chaud que le café arabica, [et par conséquent] si la production de café arabica est affectée par le changement climatique, il se peut que le café stenophylla puisse la remplacer. »Des chercheurs de France, de Sierra Leone et du Royaume-Uni affirment que la récolte de ce café redécouvert a « une combinaison unique de tolérance aux températures élevées et d'une saveur supérieure », qui pourrait servir de bouée de sauvetage pour l'industrie.

Celle-ci qui pèse plusieurs milliards de dollars a été vulnérable au changement climatique, selon l'étude publiée le mois dernier dans Nature Plants.

Sur environ 124 espèces de café dans le monde, le café arabica et le café robusta représentent 99% de la consommation, selon les chercheurs.

Le café arabica est cultivé principalement en Afrique de l'Est et en Arabie du Sud, des zones qui connaissent des conditions climatiques de plus en plus chaudes et cela, à long terme, pourrait « considérablement » affecter la production et la qualité, indique l'étude.

Selon Jeremy Haggar, l'objectif de l'étude était de déterminer la capacité du café redécouvert à constituer une alternative pour les agriculteurs locaux et pour le remplacement possible du café arabica, car celui-ci fait face à la menace du changement climatique.

Jeremy Haggar explique que le café est l'une des principales cultures commerciales de la Sierra Leone. Entre les années 1800 et le début des années 1900, le pays a joué un rôle majeur dans l'industrie mondiale du café grâce à la production à grande échelle du café stenophylla.L'introduction dans la région du café robusta a conduit au déplacement du café stenophylla dont la dernière culture à l'état sauvage remonte à 1954 uniquement en Côte d'Ivoire, au Liberia et en Sierra Leone. La déforestation à grande échelle dans ces pays constitue une menace supplémentaire d'extinction de la plante, ajoute l'étude.

Aaron Davis, des jardins botaniques royaux du Royaume-Uni (Kew) qui a dirigé l'équipe de recherche, a déclaré que leur découverte pourrait contribuer à la «pérennité» de l'industrie, notant que le café redécouvert fournit une ressource importante pour la sélection d'une nouvelle génération de cultures résilientes au climat.

Fayia Kassoh, spécialiste des cultures sierra léonaises, explique à SciDev.Net que cette découverte offre une opportunité pour une production de café durable dans le pays. Mais il prévient qu'une étude plus approfondie est nécessaire pour examiner de manière critique le potentiel de rendement du café redécouvert, le gouvernement devant jouer un rôle de premier plan dans cette évaluation.

« [Une] politique visant à garantir que les petits agriculteurs obtiennent le soutien du gouvernement est également importante s'ils veulent prendre la culture du café au sérieux », ajoute ce dernier qui est professeur à l'université de Njala en Sierra Leone.

Plus de: SciDev.Net

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