Afrique de l'Ouest: Sommet sur le Mali - Macron montre la voie à la CEDEAO

(Photo d'archives) - 53e sommet de la CEDEAO à Lomé.

Les grands médecins encore au chevet du grand malade malien, après le coup de force du colonel Assimi Goïta qui a déposé le 25 mai dernier le président Bah N'Daw et son Premier ministre, Moctar Ouane, conduits manu militari au camp de Kati et déchargés de leurs « prérogatives ». Le putschiste a ensuite pris soin de se faire adouber par la Cour constitutionnelle (pouvait-il faire autrement ?), qui l'a consacré patron de la Transition et chef de l'Etat.

Devant une situation pour le moins kafkaïenne, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a convoqué hier un sommet extraordinaire sur le dossier épineux. La question fondamentale qui se posait était de savoir quelle position commune les dirigeants de cette instance sous-régionale allaient adopter face à ce qu'il est convenu d'appeler un coup d'Etat dans un coup d'Etat. En août 2020, quand Assimi Goïta et sa bande avaient renvoyé Ibrahim Boubacar Kéita à ses chères études politiques, la CEDEAO avait fermement condamné la situation et même décrété des sanctions économiques et financières qui avaient sérieusement isolé le pays, déjà très ébranlé par les conséquences du Covid-19.

Une transition dirigée par des civils avait été finalement mise en place au grand contentement de la communauté internationale. Mais entre-temps, la mort du président tchadien Idriss Déby et l'usurpation du pouvoir par son fils Mahamat Itno sont passées par là, et bien des instances régionales et sous-régionales ont fait profil bas, encouragées en cela par le soutien de la France aux nouveaux maîtres de la patrie de Tombalbaye.

On imagine bien donc que devant le cas malien, devenu plus corsé, la CEDEAO devait être gênée aux entournures. Cette fois-ci, devait-elle opter pour la même fermeté avec les mêmes conséquences qu'on imagine pour les citoyens maliens ? Ou devait-elle prendre acte du fait accompli au risque de donner un blanc-seing à tous les apprentis-putschistes qui hésitent à oser franchir le pas de peur de l'opprobre ? Mais aujourd'hui la CEDEAO pouvait-elle faire moins que la communauté internationale, à l'image des Etats-Unis, qui ont suspendu leur coopération militaire, de l'Union africaine, des Nations unies, qui ont convoqué une réunion d'urgence et, surtout, de la France qui se trouve être le premier partenaire du pays ?

Emmanuel Macron ne s'est, en tout cas, pas encombré de circonlocutions diplomatiques pour dire ce qu'il pensait de cette affaire. Son coup de semonce semble sans appel : si Assimi Goïta ne lâche pas l'affaire, Barkhane s'en ira.

Tel est en effet, la menace qu'il a brandi dans une interview publiée hier par le Journal du dimanche sans qu'on ne sache véritablement s'il fait un clin d'œil à une partie de l'opinion française qui réclame depuis longtemps le départ des soldats tricolores des sables mouvants du Sahélistan, ou s'il s'adressait aux autres Etats voisins qui profitent du parapluie de cette force française qui compte 5 000 hommes.

En tout cas, le timing de cette interview publiée le jour même où se tenait le sommet de la CEDEAO ne semble guère l'effet de doute à l'objectif visé par Jupiter : mettre une pression maximale sur ses homologues ouest-africains pour les amener à opter pour une solution de fermeté au moment où le président Nana Akufo-Addo et ses pairs semblent divisés sur la conduite à tenir.

Pour tout dire, l'autoproclamé président de la Transition a beau avoir le soutien d'une partie des Maliens et, pourquoi pas, de la Russie, l'on se demande bien s'il aura le dos assez large pour résister aux coups de boutoir s'il campait sur sa position. C'est vrai qu'on dit que celui qui brûle un cimetière n'a pas peur des cris des fantômes, mais tout de même...

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