Centrafrique: France /Centrafrique - Emmanuel Macron dénonce la présence russe, le sentiment anti-français et suspend l'aide budgétaire

A la faveur d'une interview sur l'Afrique, accordée au Journal du Dimanche (JDD), le président français accuse son homologue centrafricain d'être l'otage « du groupe Wagner », dénonce le sentiment anti-français et annonce la suspension de l'aide budgétaire française en Centrafrique.

Le chef de l'Etat français évoque un certain sentiment anti-français en Centrafrique, « instrumentalisé » par un groupe privé lié à la Russie, Wangler, dont des éléments lutteraient aux côtés des forces armées centrafricaines (Faca). « Ce discours anti-français permet de légitimer une présence de mercenaires prédateurs russes au sommet de l'État avec un président qui est aujourd'hui l'otage du groupe Wagner », a-t-il déclaré. Et d'ajouter : « Ce groupe s'empare des mines et, par là même, du système politique ». La présidence centrafricaine s'est réservée de tout commentaire. « Mais notre ligne n'a pas bougé. Nous ne traitons pas avec le groupe Wagner, mais avec le ministère russe de la Défense dans le cadre d'un accord bilatéral appliqué en toute transparence et sous contrôle du Conseil de sécurité », a souligné une source proche de la présidence centrafricaine.

Quelques jours avant l'Interview, les deux chefs d'État ont échangé par téléphone. Emmanuel Macron aurait annoncé à son homologue centrafricain que « l'aide budgétaire 2020 ne sera pas décaissée et celle de 2021 suspendue ». Pour Joseph Bendouga, député du Mouvement démocratique pour la renaissance et l'évolution de la Centrafrique, « le président [Touadéra] se raccroche à la Russie comme un naufragé qui s'accroche à un crocodile ». Bangui affirme ne pas traiter avec le groupe Wagner, une société militaire privée russe, installée en Centrafrique.

Au printemps 2019, le président français avait mis en garde ses homologues africains contre Pékin et le surendettement. Depuis, d'autres acteurs-rivaux se sont ajoutés. C'est le cas de la Russie et la Turquie. Faisant allusion à ces deux puissances, Emmanuel Macron avait déclaré : « Les réseaux russes et turcs en Afrique jouent à merveille [un jeu l'anti-français]. Leur système de désinformation est très bien fait. Il alimente le recours des mercenaires russes en Afrique ». Si Emmanuel Macron n'a « aucun problème avec ça », en revanche, il ne peut « pas laisser tuer des soldats français sur un théâtre d'opérations où ils se font insulter ».Ce fut le cas au Mali et en Centrafrique. Au fur et à mesure que se sont installés ces nouveaux acteurs des relations internationales en Afrique, l'influence de la France a décliné.

La présence des militaires russes est de plus en plus visible dans ce traditionnel pré-carré français délaissé au cœur de l'Afrique. Paris intervenait, en effet, régulièrement dans cet Etat instable. La dernière fois, c'était en 2013 pour empêcher des massacres intercommunautaires. Une mission de l'ONU a ensuite pris le relais. Mais, malgré la présence de 12 000 Casques bleus, l'Etat centrafricain n'a jamais réussi à regagner le contrôle d'un territoire grand comme la France et très riche en ressources minières. Le président Faustin-Archange Touadéra, réélu pour un second mandat en décembre 2020, a réussi à gérer le pays sans que les dérapages ne s'accentuent, avec l'appui des Casques bleus de l'ONU, des militaires rwandais et russes. La France voit d'un très mauvais œil cette omniprésence russe.

Depuis l'indépendance de l'ex-Oubangui-Chari en 1960, la litanie des noms d'opération (Barracuda, Almandin, Boali, Sangaris) témoigne de l'engagement, sans discontinuer de la France en Centrafrique, où elle a une base militaire à M'poko, forme, entraîne les Faca, et où elle intervient soit pour rétablir l'ordre, soit protéger ses ressortissants, soit pour apporter une assistance humanitaire, soit simplement pour payer les fonctionnaires.

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