Burkina Faso: Assimi Kouanda - Blaisiste jusqu'à la tombe

Assimi Kouanda est donc mort, emporté par un malaise cardiaque dans une clinique d'Abidjan hier mardi 1er juin 2021.

Celui qui vient de s'éteindre à 65 ans était d'abord et avant tout un universitaire, enseignant au département Histoire et Archéologie, spécialiste en islamologie.

Il fit ses premières armes en politique dans les années 80 sous la révolution comme cadre de l'inter-CDR. Puis viendront les premières responsabilités sous la Rectification où il occupa la fonction de maire de Nongr-Maasom de 89 à 91. Mais le grand public ne fera la connaissance de cet homme, dont le physique imposant contraste avec son côté courtois et affable, qu'à la faveur de la présidentielle de 2010 lorsqu'il sera désigné directeur de campagne de Blaise Compaoré dont il sera plus tard le directeur de cabinet.

A la faveur du 5e congrès ordinaire du CDP en mars 2012, il sera propulsé à la tête du parti au pouvoir au moment où on suspectait son mentor de velléités de modification de l'article 37 de la Constitution dans le but de prolonger son bail au palais de Kosyam.

Assimi Kouanda sera naturellement en première ligne de ce combat pour la levée du verrou constitutionnel. Et plus la polémique entrait dans sa phase éruptive, plus celui que l'on présentait comme un modéré, une colombe, devenait un enragé aux accents comminatoires. On se rappelle encore cette consigne qu'il donnait à ses militants du CDP quand les partisans de la limitation du nombre de mandats présidentiels menaçaient d'incendier les domiciles des cadres du parti : «S'ils brûlent vos maisons, brûler les leurs», avait-il en effet rétorqué.

De fait, Assimi Kouanda sera l'un des grands brûlés des journées insurrectionnelles des 30 et 31 octobre 2014. Sa résidence fera l'objet d'un autodafé de la part des croquants qui visiteront également le domicile paternel où la sépulture de son géniteur sera littéralement profanée.

Véritable déchirure, s'il en fut, pour lui comme pour tant d'autres qui choisiront le chemin de l'exil à l'instar de leur chef.

Depuis, il faisait partie du dernier carré des fidèles du temple blaisiste et n'a plus jamais pris le chemin du retour à son Faso natal. Pas même pour enterrer sa pauvre mère décédée en 2019. Il sera donc parti sans revenir. En tout cas vivant. Sans qu'on sache trop si c'est par solidarité indéfectible envers Blaise Compaoré ou par crainte des poursuites judiciaires qui l'attendaient comme tous les membres du dernier gouvernement de «l'enfant terrible» où il occupait le poste de ministre d'Etat, ministre chargé de missions auprès de la présidence du Faso.

Mais comme on ne le sait que trop : «l'action publique s'éteint avec la mort du prévenu». La dépouille de celui qui n'envisageait guère la réconciliation sans Blaise Compaoré» sera-t-elle rapatriée ?

En réalité, au-delà du défunt, s'il y a quelqu'un qu'il faut plaindre dans cette situation, c'est bien l'ancien locataire du palais de Kosyam qui perd ainsi un homme de confiance, rendu encore plus indispensable avec les affres de l'exil. C'est un soutien moral de premier plan qui vient de lui être arraché au moment où lui-même ne respire pas une forme olympique.

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