Soudan: 2 ans après le massacre du 3 juin, des disparus introuvables et une justice à l'arrêt

Des soldats se tiennent devant des manifestants à Khartoum le 8 avril 2019.

Il y a 2 ans, le 3 juin 2019, les forces arméees soudanaise dispersaient violemment un sit-in de manifestants devant le quartier général de l'armée à Khartoum. Cela faisait des semaines que des milliers de manifestants occupaient ces lieux pour exiger le départ d'Omar el-Béchir et de son régime. La dispersion sanglante de ce rassemblement a fait plus d'une centaine de morts. Deux ans après, les familles de ces victimes attendent toujours que justice soit rendue.

Depuis plusieurs semaines, ils sont nombreux à se rassembler devant une morgue de la capitale où des corps non identifiés ont été découverts. Ils pourraient être ceux des nombreux disparus lors du massacre. Devant la porte, l'air est irrespirable. Une odeur de cadavres en putréfaction s'échappe d'un grand container où 200 corps empilés les uns sur les autres ont été découverts. Des autopsies sont en cours.

Musaab Kamal est membre de l'initiative pour les disparus du 3 juin : « Je suis sûr qu'on va trouver des corps de disparus là-dedans. Quand vous découvrez autant de cadavres, sans aucun registre ou information véridique, sans autopsie, entreposés d'une telle manière, j'en déduis qu'on nous a caché des choses. Ce n'est pas clair ».

A l'extérieur, des militants se relayent nuit et jour sur des barricades. Ils exigent que la lumière soit faite. Mohammed Osman a été gravement blessé lors de l'évacuation du sit-in, il est encore sous le choc. « On s'est réfugiés près du pont de l'université de Khartoum. Les soldats des forces de soutien rapide étaient dessus. Elles ont tué un de mes amis. Moi j'ai été blessé d'une balle dans la poitrine. Elle y est toujours, les médecins n'ont pas pu l'enlever. Ce n'est pas ça le pays dont nous rêvions. »

Un comité d'enquête a été formé. Mais pour les familles des victimes, comme le père d'Abdelsalam Kisha, cette initiative n'est qu'un écran de fumée. « Ce comité d'enquête est paralysé. Nous n'en attendons rien. Il n'aura aucune conséquence légale. Nous demandions dans nos slogans un gouvernement civil. Le partenariat avec les militaires est inacceptable. Ce gouvernement qui ne rend pas justice à ses martyrs ne mérite pas notre respect et notre confiance. »

Ce jeudi après-midi, des manifestations sont attendues dans les rues de la capitale. La tension est vive alors qu'il y a trois semaines, l'armée a tiré à balles réelles sur la foule, tuant deux personnes.

A ce jour, on ne connait toujours pas le nombre exact de victimes de cette journée sanglante. 87 manifestants sont décédés selon les chiffres officiels. Plus de 130, selon des médecins liés au mouvement de protestation. Un chiffre auquel s'ajoute les disparus; de nombreux témoins affirmant que des 10e de corps ont été jetés dans le Nil.

Les autorités de transition dirigées par le Premier ministre civil Abdallah Hamdok ont aussitot mis sur pied une commission d'enquête. A ce jour plus de 3000 témoignages ont été entendus et 150 vidéos visionnées. Mais la commission n'a toujours pas rendu ses conclusions.

Les familles des victimes craignent que l'affaire ne soit enterré au nom de la stabilité du pays. Car les responsables de cette répression sont les membre des Forces de soutien rapide, ce groupe paramilitaire du général Hemetti, devenu n°2 du Conseil militaire de transition.

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