Cameroun: Une initiative à généraliser

L'irruption et l'intégration des engins à deux roues appelés motos-taxis ou Bend skins dans le transport public a métamorphosé le système de mobilité des personnes aussi bien en zone urbaine que rurale.

Ces moyens de locomotion qui n'ont pas tardé à s'imposer dans le vécu quotidien des populations ont pris leur essor à la faveur de la crise économique des années 90. Sous la pression des institutions financières internationales, l'État s'est désengagé de certains secteurs dont celui du transport urbain. L'avènement des motos-taxis apparaît donc comme la réponse à un besoin de mobilité dans les villes.

L'émergence de l'activité s'apparente aussi comme un exutoire pour la masse de chômeurs que les programmes d'austérité économique ont contribué à grossir. Au fil du temps, ce mode de transport public a réussi à satisfaire une partie importante des attentes des populations en matière de transport. Aujourd'hui, le transport public par moto-taxis s'est profondément incrusté dans le développement des villes et villages au point d'y être quasi incontournable.

L'absence d'un système de transport de masse dans certaines villes, la forte sollicitation des moyens de transport en commun, l'étroitesse et le mauvais état des routes, le coût élevé du carburant sont présentés comme les facteurs qui justifient le « sucess story » des motos-taxis. Mais ce n'est pas tout. La clientèle de plus en plus nombreuse excipe comme arguments le fait que ces engins à deux roues permettent de se jouer des embouteillages de plus en plus fréquents dans les villes, de réduire le coût et le temps du transport et d'offrir la possibilité de se faire déposer partout dans les coins et recoins de quartiers où le besoin se fait sentir.

Seulement, ce moyen de locomotion suscite de nombreuses critiques de la part des usagers, des autres opérateurs de transport public et des autorités. Les accidents liés à cette activité sont légion. De même, l'implication des motos-taxis dans la gêne de la circulation et dans de nombreux cas d'agression relèvent des faits quotidiens.

On note aussi que la plupart des motos sont le fruit des rapts et les conducteurs de ces engins dont la majorité vient de l'arrière-pays sont dépourvus de permis de conduire. La signalisation routière n'a aucun sens pour eux, ils violent allègrement les feux, font des dépassements dangereux, mettant ainsi en danger leur vie et celles des personnes qu'ils transportent.

L'initiative prise par un promoteur d'auto-école à Yaoundé de préfinancer la formation des conducteurs de moto-taxi est à encourager. D'autres actions similaires ont été enregistrées dans certaines localités du pays. Mais ces actions de « normalisation » méritent d'être généralisées et étendues à l'ensemble du pays, au regard de nombreuses méconduites dont se rendent coupables les conducteurs des moto-taxis et compte tenu de la dimension intégrée de ce mode de transport dans la vie des populations.

Il s'agit pour ces acteurs qui œuvrent dans ce secteur, non seulement de s'imprégner des règles du code de la route mais surtout d'internaliser des bonnes pratiques du savoir-faire, du savoir-être et du savoir-vivre dans l'espace public. Cette approche pragmatique et pédagogique parait plus porteuse par rapport aux nombreuses initiatives d'assainissement de ce secteur dont l'application se trouve écartelée entre deux logiques qui s'affrontent: la logique socio-économique et la logique sécuritaire.

L'Etat, soucieux de protéger une filière qui est venue s'offrir comme une alternative au problème de mobilité et une niche d'emplois pour les jeunes, a fini par pratiquer la tolérance administrative. Mais entre utilité sociale et sécurité des citoyens, il va falloir réorganiser ce secteur d'activité.

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