Afrique Centrale: Crimes à l'est de la RDC - Le Dr Denis Mukwege recadre Paul Kagame

S'exprimant dernièrement sur deux médias français en marge du sommet sur le financement des économiques africaines tenu à Paris, le président rwandais Paul Kagame avait complètement nié les faits criminels imputés à son armée à l'est de la RDC, rejetant ainsi en bloc le contenu du rapport Mapping publié par l'ONU en 2010.

Le président rwandais avait poussé le bouchon un peu plus loin en tenant des propos discourtois envers le Prix Nobel de la Paix dont il a minimisé presque le combat mené pour l'institution d'un Tribunal pénal international sur les crimes commis dans l'est du pays. Pour Paul Kagame, le rapport Mapping était politisé, qualifiant au passage le gynécologue congolais d'être un outil des forces non visibles qui lui dictaient quoi dire.

Comme il fallait s'y entendre, ces propos jugés outranciers envers le Prix Nobel de la paix avaient entraîné une levée de boucliers dans la classe politique congolaise où des voix se sont élevées pour fustiger l'attitude de Paul Kagame considérée comme méprisante à l'endroit des victimes des violences de l'est de la RDC. Après un mutisme longtemps entretenu, le Dr Denis Mukwege est enfin sorti de sa réserve pour répliquer au président rwandais. Alors qu'il intervenait comme orateur le 2 juin devant l'Assemblée provinciale du sud-Kivu au cours d'une plénière axée sur le thème «« Violence sexuelle utilisée comme arme de guerre et le niveau de plaidoyer du Rapport Mapping », le gynécologue congolais avait trouvé l'occasion propice pour recadrer le chef de l'Etat rwandais.

Pour le Prix Nobel de la Paix, Paul Kagame ne pouvait que tenir des propos négationnistes. Toutefois, le plus important d'après lui, c'est « ce que nous, nous disons ». Et d'asséner devant les élus provinciaux du Sud-Kivu : « Mon plaidoyer cherche la vérité, on se bat pour la vérité et la justice. Et je crois que quelqu'un qui pense qu'il est dans la vérité et la justice ne peut qu'accepter une justice impartiale. Mais si vous refusez la vérité et la justice, c'est que quelque part vous avez des choses que vous cachez ou que vous vous reprochez et ça, ce n'est pas de ma responsabilité. Je pense que, dans mon plaidoyer, il faut que la vérité éclate. Qu'on sache qui a fait quoi, ce qui s'est passé et qu'il puisse se justifier, pas devant le Dr Mukwege, mais devant une juridiction compétente ».

Et pour clore ce qui a pris les contours d'une vraie polémique, Dr Denis Mukwege a cru bon de faire la morale à ceux qui pensent qu'on se passe gratuitement des crimes commis à l'Est sans conséquence : « Allez dans tous ces pays, osez avoir une expression négationniste par rapport à ce qui s'est passé chez eux, on ne va pas vous retrouver vivants. Mais lorsqu'on fait du négationnisme chez nous, ça apparaît comme si c'était normal. En politique, il n'y a pas d'amis, il n'y a que des intérêts ». De Paul Kagame, il a déclaré qu'il ne servait à rien pour lui de s'étendre « sur quelqu'un qui dénie les évidences ».

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