Sénégal: Loïc Fauchon, président du conseil mondial de l'eau - « Le Forum de Dakar sera un tournant»

Du 21 au 26 mars 2022, Dakar va abriter le 9ème Forum mondial de l'eau co-organisé par le Gouvernement du Sénégal et le Conseil mondial de l'eau. Le président de cet organisme, Loïc Fauchon, en séjour à Dakar, fait le point sur les préparatifs et revient sur les enjeux de cette édition qui, selon lui, va marquer un tournant dans l'histoire de l'eau car cette « ressource est en souffrance partout dans le monde ».

Dans la deuxième quinzaine du mois de mars 2022, Dakar sera la capitale mondiale de l'eau, avec la tenue du 9ème Forum mondial de l'eau qui devait se tenir en 2021, mais il est repoussé d'une année à cause de la Covid-19. Ce report est finalement considéré comme un mal pour un bien, si l'on en croit Loïc Fauchon, président du Conseil mondial de l'eau, organisme fondateur et co-organisateur de cet événement planétaire en collaboration avec le Sénégal. « Au départ, nous avons vécu le report comme une contrainte mais finalement, cela s'est révélé comme une opportunité car cela nous a donné plus de temps en nous permettant d'élargir le champ de nos réflexions, d'inviter plus de participants, de travailler plus en profondeur », a-t-il fait savoir, hier, le 4 juin 2021, lors d'une rencontre avec une partie de la presse sénégalaise.

Première rencontre du genre à se tenir en Afrique subsaharienne, le Forum de Dakar cherchera à identifier, promouvoir et mettre en œuvre des solutions et des actions concrètes pour l'eau et l'assainissement de manière intégrée. Et à entendre Loïc Fauchon, il y a urgence à vite trouver ces solutions. « Partout dans le monde, l'eau est en danger, en souffrance par la faute de l'homme. Nous devons être conscients de notre responsabilité. Il y a des crises de l'eau partout dans le monde », alerte-t-il. Et le phénomène ne touche pas que les pays à faibles revenus ; des puissances économiques comme les États-Unis, singulièrement la Californie, (l'État le plus riche des Usa), vivent une crise aiguë de l'eau, à en croire le président du Cme. « Cet État n'a plus d'eau. Il est en déshérence hydrique parce que depuis un siècle, l'homme a abusé de l'eau, de son pouvoir sur l'eau, en multipliant les usages concurrentiels sans se soucier de voir que les nappes phréatiques s'enfonçaient, que les fleuves s'asséchaient non pas à cause du dérèglement climatique mais à cause de la démographie, de l'urbanisation sauvage, des pollutions que cela crée, à cause de l'élévation du niveau de vie. L'exemple de la Californie doit nous faire prendre conscience que les problèmes ne sont pas que chez-soi », rappelle Loïc Fauchon.

Face à cette situation, les organisateurs veulent faire en sorte que le Forum de Dakar marque un tournant dans l'histoire de l'eau. « Nous voudrions qu'on dise qu'il y avait un avant-Dakar et un après-Dakar. C'est pourquoi nous l'avons appelé le Forum des réponses. Notre ambition, c'est donc d'apporter aux populations du monde les réponses et solutions qu'elles attendent », soutient-il. Depuis que la candidature du Sénégal a été approuvée, plus de 800 organisations internationales et sénégalaises de 180 pays travaillent à la préparation de ce Forum qui va accueillir pas moins de 15.000 participants directs et un grand nombre de visiteurs ainsi que plusieurs leaders politiques. Ce « gigantesque barnum » comme le qualifie Loïc Fauchon, sera notamment marqué par un Sommet des Chefs d'État et d'intenses réflexions autour de quatre thématiques : Sécurité de l'eau et sécurité sanitaire ; coopération internationale ; l'eau pour le développement rural ; innovations pour l'eau dans les années à venir.

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« L'Omvs et l'Omvg sont des références mondiales en matière de gestion de bassins »

L'eau est, aujourd'hui, un élément géostratégique aussi bien sur le plan national qu'international. Se gérant quasiment systématiquement par bassins locaux ou internationaux transfrontaliers, elle nourrit, cependant, de vives tensions autour de quelques fleuves internationaux. Les conflits entre l'Égypte et l'Éthiopie à propos du Barrage de la renaissance sur le Nil, entre la Turquie et la Syrie concernant les eaux du Tigre et de l'Euphrate, entre le Pakistan et l'Inde autour du Mékong... en sont quelques illustrations. Par contre, il y a deux modèles de gestion que Loïc Fauchon a tenu à magnifier : l'Omvs et l'Omvg. « Le Sénégal a, en la matière, une expérience qui est connue et intéresse le monde à travers ces deux organisations. C'est une référence, aujourd'hui, dans le monde. Quand on voit ce qui se passe dans le bassin du Nil et ailleurs, les résultats du Sénégal et des pays transfrontaliers sont un exemple de capacité à dialoguer et à gérer l'eau de manière collégiale », se félicite le président du Conseil mondial de l'eau.

Elh. I. THIAM

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« Le Sénégal a bien fait de diversifier ses sources d'eau »

« On ne met pas tous ses œufs dans le même panier ». C'est la réponse imagée que Loïc Fauchon à apporter à la question sur la pertinence du projet de dessalement de l'eau de mer dans lequel le Sénégal s'est engagé. « Le Sénégal a bien fait de se lancer dans cette technologie. C'est une sage décision », pense-t-il. Rappelant que tous les pays du monde ont à faire face à la croissance démographique, à l'urbanisation, à l'exode rural et à la création de pollution, ne pas anticiper serait un manque de vision, semble-t-il dire. « Étant donné que gouverner, c'est prévaloir, la gestion de l'eau se regarde 30 à 50 ans à l'avance. Plus on peut diversifier les ressources en eau, mieux c'est », indique-t-il. Loïc Fauchon précise que le dessalement est une technologie relativement nouvelle qui s'est « incroyablement démocratisée » pour la bonne et simple raison que la méthode de fabrication a changé. « On est passé à l'osmose inverse et cela a fait dégringoler les prix. Du coup, le m3 est passé de 10 dollars à moins de 1 dollar le m3. Ce qui fait que nous recensons plus de 70 pays qui ont : soit des unités de dessalement en marche, soit en cours de construction. Il y a aussi la révolution de la transformation des eaux usées en eau potable qui, un jour ou l'autre, touchera le Sénégal », prédit-il.

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